‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 70 sur 177 · ISLY ET MOGADOR. 14Î · texte numérisé non relu

ISLY ET MOGADOR. 14Î

Nous avons délié l'émir traître et cruel , Les fléaux de ce sol, les flammes de ce ciel; Notre courage augmente avec notre souffrance. Hier, quand le canon chanta : Vive la France ! Vingt mille cavaliers de colère embrasés, Ont volé contre nous. . . Us s'y sont écrasés. Ici ta royauté quatorze ans exécrée Est, pour tout l'Univers, à jamais consacrée. Le passé s'est noyé sous les flots de l'Isly, Et , dans son propre sang l'Arabe enseveli , A vu , le même jour, et sa haine et son glaive Tous deux brisés , devant l'avenir qui se lève î

Un cri d'enthousiasme éclata sur ces bords. Le canon s'ébranla dans l'ombre des sabords , Le drapeau du combat ondoya sous l'antenne , Et soudain les boulets du royal capitaine Sur les murs de Souérah gravèrent le cartel Que naguère ils avaient inscrit sur le Spartel.

Forts comme le lion , prompts comme la gazelle ,

Nos robustes marins rivalisant de zèle,

Veulent qu'avant le soir leurs frères de l'Isly

Sachent que de Souérah le port est aboli,

Et que, du haut des mâts, dans les monts, sous la tente.

Tout célèbre à la fois leur victoire éclatante.

Nos canonniers font tous des miracles de tir

Et n'ajustent jamais un but sans l'engloutir.

L'Arabe , que sert mal son œil d'effroi livide

Lance un boulet anglais qui se perd dans le vide;

Le peuple crie et fuit; les échos du désert

Répètent du canon le foudroyant concert;

Et la mort se promène, implacable et fatale, Sur ces riches débris qu'au loin la guerre étale. A midi, de ces forts aux créneaux dentelés Les feux étaient éteints , les murs démantelés ; Le sable immaculé , les promontoires sombres Etaient souillés partout de sang et de décombres, Et le soleil couvait , sous sa prunelle d'or, Le pavillon français flottant sur Mogador !

Et maintenant. Monsieur, que la paix est conclue Et que le monde entier de ses chants la salue , Ne vous semble-t-il pas que la France devrait Couronner dignement cette grande épopée Que ses canons et son cpéc Semblent n'entamer qu'à regret?

11 est de grands devoirs que la victoire impose. Lorsqu'après le combat le soldat se repose , Et que dans le fourreau dort le glaive d'acier, La prévoyante main du laboureur austère ,

Dans les flancs féconds de la terre

Doit semer le grain nourricier.

Après que les canons, volcans des batteries, Ont broyé les cités de vétusté pourries, L'ouvrier créateur sans retard doit venir S'inspirer des besoins des siècles qui vont luire,

Et sur les noirs débris, construire

L'édifice de l'avenir.

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