SINISTRE
Voyez comme elle lutte, et comme elle chancelle; Et comme son fanal dans la nue étincelle , Puis revient éclairer Tabîme qu'elle fend.
Tel qu'un petit navire , au sein de ces batailles Dont le bruit va troubler la paix des océans Et remuer des mers les sonores entrailles , Lutte entre deux vaisseaux et brave leurs mitrailles , Ainsi lutte l'esquif entre deux flots géants.
Mais les cris déchirants du pêcheur qui succombe Vibrent dans l'air. Le ciel a dicté son arrêt. Deux flots, en se joignant, vont lui sceller sa tombe. La nacelle , sans mât , s'élance , vole , tombe , Se relève soudain, retombe, . . . disparaît.
Tout se tait. Seulement le cri du noir orage Glace les cœurs d'effroi. La vague, au casque blanc. Dans les rides des rocs amortissant sa rage , Déferle sur leurs fronts , y signe le naufrage , Et la nacelle vide y fracasse son flanc.