CHANT DE DESIREE
M Que j'aime à voir l'écliarpe blanche Dont la mer ceint notre bateau , Et l'onde qui sous lui se penche Comme la branche sous l'oiseau !
Que j'aime entendre le murmure Qu'exhale sa poitrine obscure, Comme on entend , sous la verdure , Couler l'harmonieux ruisseau !
<( Le flot , comme un amant fidèle Qui suit l'objet de ses amours , S'attache aux pas de la nacelle.
Il lui dit : (( Ralentis ton cours!
Laisse-moi, coquette inhumaine, Arrondir, sur ton sein d'ébène , L'écume qu'à tes pieds je traîne . . . » Et la nacelle fuit toujours !
« Voici qu'une brise plaintive Vient bercer les flots assoupis :
Chacun d'eux brille sur la rive Comme un oiseau de paradis ; Car l'astre de la nuit se lève Joyeux , comme après un doux rêve , Et sa lumière , sur la grève , Blanchit les cailloux arrondis.
« Je chéris ta clarté modeste , Douce lune au front virginal , Qui pends , sous le plafond céleste , Comme une lampe de cristal.
Sur la mer belle, mais perfide, La nuit, ta lumière nous guide, Et tu ne fuis, vierge timide, Qu'au premier rayon matinal.
« Etoiles d'or qui dans nos glyphes Mirez vos radieux essaims, Etes-vous des hiérogh^hes Dessinés par les doigts divins?
Et sous cette voûte éternelle , Où votre regard étincelle, Votre troupe garderait-elle Le grand secret de nos deslins?
NriT EN MEH. 157
« Et toi, falaise colossale, Combien de fois, rompant leur frein, Les flots, chassés par la rafale.
Sillonnèrent ton front d'airain?
Maintenant la mer te caresse Comme une amoureuse maîtresse , Et dans son sein elle te presse Comme un trésor dans un écrin.
« Poissons aux lèvres purpurines , Que je vois doucement nager A travers les algues marines , Fuyez, vos jours sont en danger :
L'ombre d'un pêcheur se projette Sur votre limpide retraite ; Autour du filet qu'il y jette, Gardez-vous bien de voltiger ! . . .
« Berçons-nous ! la vague est si douce Qu'elle ne peut même pencher Les cheveux de la verte mousse Qui couronne chaque rocher.
Laissons notre rame légère S'endormir dans sa couche amère ; Avant le jour, près de la terre, Le flot saura nous rapprocher.
— Ta tendresse m'emparadise ,
Ma Vierare! et tes chansons d'amour
Sont suaves comme la brise Qui caresse ce doux séjour.
Puisque le ciel est sans nuage , Que la mer luit comme un mirage, Sur l'onde cabue de la plage Je veux te bercer jusqu'au jour.