‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 8 sur 177 · SUR PONCY. XXI · texte numérisé non relu

SUR PONCY. XXI

Le soleil , qui réserve pour la mer tous ses feux, tous ses diamants, tousses ruisseaux d'or, de perles, d'émeraudes et de pierres aux mille couleurs, qui les lui verse en longs reflets, qui la poursuit dans chacune de ses vagues , et , sous le brûlant de ses baisers , l'attiédit, l'attire cà lui, l'élève, l'entraîne en vapeur; puis , qui , dans un jour de caprice , se retirant d'elle derrière d'épais nuages , la laisse froide et noire , elle naguère si tiède et si resplendissante.

Ces trois choses ont fait Poney poëte.

Quel monde de pensées, de sentiments, d'images , de sy;iiboles , quel monde d'événements ne récèle pas , pour une âme rêveuse , la moindre parcelle de tout ce qui se rattache à ces grandes choses : un débris de liège dans la mer , une feuille dans le vent , une traînée d'atomes dans un rayon de soleil ?

Qu'avez-vous vu, Poney, dans ces parcelles intimes , quand vous vous êtes laissé prendre à elles , et que vous êtes resté debout , sur le port , une heure entière à les considérer?

Ce liège que la même vague porte et remporte dans une oscillation incessante, et qui a tant de mal à prendre terre : est-ce un vaisseau de haut bord luttant contre l'orage près de la côte? Est-ce la dernière missive, le dernier signal d'existence que le naufragé, en sombrant , a confié à la mer , et que la mer , en messager fidèle, veut rendre au monde habité? Est-ce le désir humain , sans cesse attiré et sans cesse repoussé ? Cette feuille que pousse et ballotte le vent : est-ce l'es-

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