AUX OUVRIERS MAÇONS
La tuile, frêle égide où s'abritent les nids. Nous guettons les beautés dont l'âme et la fenêtre Semblent s'épanouir au jour qui vient de naître; Et, de l'aube à la nuit, l'aile de nos refrains Emporte, dans son vol, nos maux et nos chagrins.
Célébrons, bénissons le Jour qui nous éclaire. Car le Christ le choisit pour s'enfuir de la terre. Pour aller, dans le ciel, offrir au Tout-Puissant Le cœur du genre humain, qu'il lava de son sang. Nous, nous l'avons choisi parce que nos échelles Nous rapprochent aussi des voûtes éternelles , Parce que , sur nos ponts aux façades pendus , Nous semblons des oiseaux dans l'espace perdus *.
Notre divin patron, frères, veut des apôtres
Qui sachent, comme lui, vouer leur vie aux autres.
Qui sachent flageller les tyrans , les ingrats
Que l'or de nos sueurs rendit riches et gras.
Aimons le Christ , afin que de ses faux ministres
Son bras fasse avorter tous les desseins sinistres ;
Prions , pour ne plus voir le soir, sur les pavés ,
L'ivresse et la misère aux regards dépravés;
Prions, pour que son souffle éteigne, dans nos villes,
* Parmi les divers systèmes d'échafaudage dans le Midi , il en est un dont les maçons se servent, qui consiste à suspendre par les deux bouts, avec des palans fixés sous les toits, de longues échelles qui reçoivent le nom de pon/s. [Note de l'auteur.)
L'incendiaire feu des discordes civiles; Prions, prions le Christ! demandons-lui qu'un jour Nos femmes n'aillent plus prostituer l'amour; Que de saintes vertus il dote nos compagnes, Et qu'il rende déserts nos prisons et nos bagnes; Et , pour consolider cet avenir naissant , N'épargnons ni nos bras, frères, ni notre sang. Instruisons-nous : les maux sont fils de l'ignorance. Travaillons : le travail donne l'indépendance. Amis, je ne suis pas un de ces insensés Qui prêchent le labeur avec les bras croisés; Mon travail me nourrit, et mon plus noble éloge, C'est le bruit sourd que fait ma truelle dans l'auge.
Le soir, quand vous voyez s'envoler tour à tour, Sur les flots du tabac, les fatigues du jour. Que des livres choisis de science et d'histoire De leurs trésors féconds ornent votre mémoire , Puisez-y le secret de vos droits : les tyrans Ne foulèrent jamais que des fronts ignorants; L'ignorance enraya le char de l'industrie. Oh! cultivons l'étude, aimons bien la patrie. Songeons que, sur la mer des mondes en travail. Du vaisseau des progrès Dieu tient le gouvernail.