‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 99 sur 177 · A BÉRANGER · texte numérisé non relu

A BÉRANGER

Maître, quand Fàme , lyre humaine, Au poétique ciel devenu ton domaine , Vole, ardente, pareille au soleil, dieu du jour, Afin d'y conquérir ton paternel amour; Quand le génie enfant , l'aile à peine étendue , La harpe en main, s'abat à tes genoux, tu dois Diriger son essor à travers l'étendue ; Tu dois, [)our l'inspirer, sur sa harpe tendue.

Guider ses inhabiles doifïts.

Car plus d'un poëte s'égare , Plus d'un glorieux harde, hélas! nouvel Icare, Après avoir nagé dans le ciel irisé ,

Sans ailes, sur le sol tomba chauve et brisé. Car de divines voix, par les vices tuées, Ont ici-bas laissé leur hymne inachevé ; Et bien d'autres , après s'être constituées Les Memnon du Seigneur , se sont prostituées Aux richesses du réprouvé.

Maître, je t'ai pris pour modèle.

Les orages humains peuvent à tire-d'aile S'étendre dans mes cieux et tourner sur mon front; Ils peuvent m'abreuver d'ironie et d'affront , Ces hommes qui voudraient terrasser dans l'arène Tout cœur de barde libre , au sein du peuple éclos : Je suis sourd, comme Ulysse, à leur voix de sirène; Et ma douce nacelle , à la frêle carène ,

Vogue bien loin de leurs brûlots.

Toutes les douleurs de la vie , L'enfance aux songes d'or d'un orage suivie , L'esclavage , l'exil , les forfaits , les remords , Les peuples pressurés, des rois rongeant le mors; L'enfant qui meurt avant de vivre, l'espérance Dont le but fuit, pareil au murage trompeur; Les vertus dont on rit, les tyrans qu'on encense, La sainte illusion qui laisse un vide immense

Lorsqu'elle déserte le cœur,

Rien ne glacera mon délire ; Car mon enthousiasme est saint, car Dieu m'inspire; Car je chante le j)euple, et je trouve dans lui Le phare du bonheur qui sur mon aul)c a lui. Car le peuple , ô mon maître ! est le berceau sublinu'

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