CHANSON
EN vain d'une cruelle absence, J'espérois charmer la rigueur; Je ne trouve, éloigné d'Hortense, Que les soucis, que la langueur.
En vain de la plus belle aurore Le doux éclat brille à mes yeux ; Loin de la beauté qu'on adore.
On ne voit point de jours heureux.
Aux fleurs que le zéphir caresse Si je trouve quelques appas, Bientôt je dis, avec tristesse, Hortense ne les verra pas :
De Flore, alors, les plus doux charmes N'excitent plus que mes regrets.
Et les soucis, et les alarmes Changent les roses en cyprès.
Souvent, dans un sombre bocage, J'évite la chaleur du jour ; Mais bientôt je quitte un ombrage Qui n'est plus utile à l'amour.
Ce n'est plus ce bois solitaire, Lieu charmant, temple des plaisirs, Où mon Hortense, moins sévère, Yenoit écouler mes soupirs.
Ramené par l'indifTérence, Je retrouve un monde brillant; Mais je n'y revois point Hortense, Je soupire, et sors à l'instant.
Cependant l'absence cruelle M'afflige et n'éteint pas mes feux ; Qu'Hortense soit toujours fidèle, Je me croirai toujours heureux.