‹ Poésies de Daniel LesueurChapitre 20 sur 85 · LA LÉGENDE DE S ATX I -K H A M OÏS · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE DE S ATX I -K H A M OÏS

Elle, dont le beau corps cache une âme très vile,

Sait qu'enfin le moment décisif est venu

De dompter tout à fait l'amant lâche et servile.

Elle ouvre sa tunique et montre son sein nu, Puis son bras merveilleux sort de la mousseline; Tout son vêtement glisse, à peine retenu.

Ce qu'il recouvre encor, le prince le devine... Alors l'infortuné, muet, tombe à genoux, Ne pouvant qu'adorer cette forme divine.

Et Taïa, se penchant, lui dit d'un ton très doux : « Fais mourir tous tes fils, les miens auront ton trône. Puis ôte, si tu veux, tous ces voiles jaloux. »

Il crie, et tend les mains comme pour une aumône.

Sur le grand lit d'ébène et d'ivoire ajourés,

Parmi les draps soyeux que son corps souple froisse.

Taïa met la splendeur de ses membres nacrés.

6o VISIONS ANTIQUES

Satni, n'espérant plus que son amour décroisse, Pour l'assouvir enfin n'a prononcé qu'un mot... A présent du jardin montent des cris d'angoisse.

Blême, le prince laisse échapper un sanglot; Mais Taïa le regarde, impérieuse et tendre... Sous sa prunelle aiguë il s'apaise aussitôt.

Tout se tait... Aucun bruit ne se fait plus entendre.

C'est ainsi que Satni fit mourir ses enfants, Qui portaient comme lui la tresse sur la tempe, Pour la femme qu'il vit, sous les cieux triomphants, Du grand temple de Phtah gravir la large rampe.

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