UNE AVENTURE DE L AMOUR
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Amour s'est égaré. L'enfant cruel et beau
Est entré dans un cimetière.
Ses pieds nus ont heurté la dalle d'un tombeau;
Il grelotte, assis sur la pierre.
Il a peur, il appelle... Et le vent de la nuit Éteint sa voix tremblante et douce.
Dans l'ombre, tout est blanc et muet... Et, sans bruit, Des ombres glissent sur la mousse.
Devant lui, s'accoudant au bloc brisé d'un fût,
Dans des colonnes ruinées, Une d'elles s'arrête... une d'elles qui fut
Une vierge de seize années.
Elle n'a vu jamais cet enfant rose et nu,
Dont l'œil mutin de pleurs se mouille;
Jamais, non... même pas dans un rêve ingénu Que l'aurore joyeuse embrouille.
Elle ne connaît pas tous les savants baisers Qu'ont inventés les lèvres souples;
Elle ne frémit pas, alors qu'inapaisés
Sanglotent les spectres, par couples.
Donc elle ouvre tout grands ses yeux creux et pensifs
Devant ce petit être étrange, Et s'étonne qu'il ait des airs aussi plaintifs
Puisque sans doute c'est un ange.
Lui, saisi de respect pour ce fantôme pur,
Immaculé comme les marbres, N'ose lui demander un chemin court et sûr
Pour fuir parmi les mornes arbres.
Pourtant, dompté soudain par de poignants effrois, Il prend sa main si pâle et frêle...
Puis, tous deux, ils s'en vont sur les noirs gazons froids, Où le grillon jette un cri grêle.
Or l'âme qu'habitaient les neigeuses candeurs
Et les ignorances sublimes, Croit, en touchant l'enfant, glisser aux profondeurs
De très vertigineux abîmes.
Car elle a reconnu l'invincible pouvoir
Auquel fut soustraite sa vie; Tous les amers plaisirs qu'elle vient d'entrevoir,
Ce sont eux, eux seuls qu'elle envie.