‹ Poésies de Daniel LesueurChapitre 40 sur 85 · A CELUI OU CELLE QUI VIENDRA I · texte numérisé non relu

A CELUI OU CELLE QUI VIENDRA I

Elles n'ont pas surtout, dans leur vain bruit qui charme, L'émoi délicieux de ta première larme,

Ni l'accent de ton premier cri.

Comparant à ta voix, qu'elle brûle d'entendre, Leurs longs rythmes pesants, ta mère heureuse et tendre

De pitié sans doute a souri.

Qu'elles aillent pourtant chanter ta bienvenue ! Qu'elles prennent leur vol sur la route inconnue

Où descendront tes pas tremblants!

Elles seront pour toi d'un bienfaisant présage, Et leur souffle, la nuit, baisera ton visage,

Sous tes rideaux légers et blancs.

Elles diront, enfant, par leur grâce éphémère, A cette enfant tout près de devenir ta mère,

Que les amis des. premiers ans, Quand on sut les aimer fidèlement, comme elle, Pour les grouper ensuite autour d'un berceau frêle,

Sont les plus riches des présents.

Elle est la fée, enfant : c'est elle qui te donne Les vieilles amitiés, rayonnante couronne

De son joli front confiant.

Dans ce monde où tu viens, rien ne vaut la tendresse. Tes veux purs s'ouvriront sous la chaude caresse

De notre amour vivifiant.

Viens, tout est prêt pour toi, petit hôte candide Nos cœurs et nos baisers, et ta couchette vide,

Qui rit dans l'appartement clair; Les mignons vêtements de batiste et de soie, Et les larges rubans dont le tissu chatoie,

Bleu d'azur ou rose de chair.

Devant ces doux objets, l'œil se trouble et se mouille, Mon vers ému se tait. L'oiselet qui gazouille

Encor manque au nid triomphant.

Les vœux montent du cœur à la lèvre qui tremble... Sois fort, sois bon, sois simple et sois fier tout ensemble,

Et sois heureux, petit enfant!

Octobre 1884.

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