UNE GOUTTE D EAU
VK.E GOUTTE T) 'E^U
Elément merveilleux, source, miroir ou flamme, Flot d'azur qu'un rayon du ciel peut embraser, Dans ton sein palpitant tu dois cacher une âme, Vive, douce pourtant, et prompte à s'apaiser.
Ne dit-on pas : « Changeant comme l'onde et la femme » Contre le roc ému la mer vient se briser; L'écume que, farouche, élève chaque lame, Sur les fleurs, dans la nuit, descend comme un baiser.
Roulant au flanc des monts, la cascade légère Semble glisser gaiment sur les lits de fougère ; Le ruisseau chante ou pleure à travers les forêts.
Rien n'a tant de pouvoir et rien n'a tant de charme.
O pure goutte d'eau, qui dira tes attraits?
X' es-tu pas l'Océan?... N'es-tu pas une larme?
SOKGE T>'ETE
Jous les arbres verts, sous les arbres noirs, Dans l'éclat du jour ou l'ombre des soirs,
J'aime errer sans trêve.
Parmi les rameaux emplis de chansons Le vent passe et meurt en vagues frissons :
Je poursuis mon rêve.
Sous les taillis clairs où midi s'endort Le soleil, jetant ses paillettes d'or,
Se brise en fusées; Et les moucherons dans ce flamboiement, Ivres de chaleur, font un tournoiement
D'ailes irisées.
songe d'été 135
Mille insectes fins se cachent, tapis Parmi les plis roux des anciens tapis
De frondaisons sèches; Car les étés morts, sous de bruns linceuls, Dorment à jamais, oubliés et seuls,
Dans les sentes fraîches.
Sur le pied rugueux des chênes touffus La mousse répand un reflet diffus
De pâle émeraude ; Et sur quelques fleurs, par vols lents et lourds, L'incertain bourdon au corps de velours
Étincelle et rôde.
Dans les flots mouvants des sommets houleux Glissent par lambeaux les firmaments bleus,
Comme des prunelles; Et, lorsque tout bruit parait s'endormir, Même en ce silence on entend gémir
Des voix solennelles.
Dans les bras tordus des ronciers fleuris La vive araignée au bout d'un fil gris
Voltige et circule; Mon esprit, lassé par de longs combats, S'attendrit à suivre en ses vains ébats
L'être minuscule.
Alors, sans regret, sans peur, sans dessein, J'écoute frémir, paisible en mon sein,
L'éternelle vie; L'immense Nature, au fond des forêts, Laisse pénétrer en ses doux secrets
Mon âme ravie.
Atome pensif, j'entends l'Infini Murmurer en moi son hymne béni
Par la voix des choses.
Mon cœur n'a qu'un jour, mais dans son néant Vient se refléter l'univers géant,
Des soleils aux roses.
Sous les arbres verts, sous les arbres noirs, Dans l'éclat du jour ou l'ombre des soirs,
J'aime errer sans trêve.
Parmi les rameaux emplis de chansons Le vent passe et meurt en vagues frissons :
Je poursuis mon rêve.