L AME ET L UNIVERS
L'iAME ET L'U-TUFETLS
V^l' importe le passé qui dans la nuit s'écroule? Qu'importe l'avenir? Vivrai-je encor demain? Pour mon cœur isolé que peut l'humaine foule? Et qu'importe l'espace à mon étroit chemin?
Multitude des jours, multitude des nombres,
O cieux illimités! ô race des mortels!
Je tends vers vous les mains vainement, pales ombres...
Les songes de mes nuits plus que vous sont réels.
Vous n'êtes, pour mes yeux que vous trompez sans trêve, Pour mon âme impuissante à vous jamais saisir, Que le fuyant reflet d'un impossible rêve Et que l'âpre aiguillon d'un éternel désir.
Devant le flot mouvant des heures et des choses, Près du fleuve infini que sondent nos regards Et qui roule la vie en ses métamorphoses, Tantales altérés, nous nous penchons hagards.
Nous ne possédons rien de ces biens sans mesure, Pas même un jour certain dans l'abime des jours; Tout nous est étranger dans l'immense Nature, Tout, jusqu'au cœur chéri qui s'ouvre à nos amours.
Murés dans le présent, prisonniers dans notre être, Ce que nous possédons des trésors poursuivis C'est le mirage seul que nous fait apparaître La seconde éphémère où nous disons : « Je vis. »
La vision d'hier est à jamais éteinte; Qui sait sur quoi, demain, nos yeux seront ouverts?.. Notre âme, renaissante à chaque heure qui tinte, N'est qu'un frisson furtif où frémit l'univers.
JIVEX2
A m i , vous si profond, vous dont l'oreille écoute Les solennelles voix de l'immense univers, Vous m'avez demandé, pour vous railler sans doute, De vous parler en vers.
Vous connaissez pourtant les paroles de femme, Léger souffle effleurant votre lèvre tout bas : Votre cœur s'y enivre un instant, mais votre âme Les juge, et n'y croit pas.
Vous aimez le doux rythme et la lente harmonie; Vous trouverez peut-être un plaisir tout nouveau A voir ainsi monter la tendresse infinie Du cœur jusqu'au cerveau.
Tous ces balbutiements de bouches frémissantes, Tous ces aveux d'amour que vous avez comptés, Ils vous lasseront moins lorsqu'en rimes puissantes Ils seront racontés.
Eh bien, écoute-les... Ils sont toujours les mêmes. Qu'importe que je sache un art qui peut charmer, Puisque vous demandez en vos doutes suprêmes Si je sais mieux aimer?
Qu'importe que j'emprunte une langue divine, Si vous ne voyez pas sous les mots précieux Ces choses que, sans voix, on lit et l'on devine Dans un éclair des yeux?
Ainsi vous connaîtrez, en parcourant le monde, Tous les obscurs chemins par où l'homme a marché, Et mon cœur qui se montre, ô misère profonde 1 Vous restera caché.
Vous irez retrouver dans son ombre farouche, Avec son sens perdu, l'hiéroglyphe sacré; Mais en vous rappelant quelque mot de ma bouche Vous direz : « Est-ce vrai? »
Vous interrogerez les colonnes, les dômes, Les piliers de granit du temple au vaste front, Et vous les croirez, eux, ces muets, ces fantômes, Lorsqu'ils vous répondront.
Mais si, malgré les dieux à la morne attitude, Qui de leurs peuples morts nous gardent chaque trait, Devant vos yeux lassés, dans votre solitude, Mon visage apparaît,
Vous aurez aussitôt ce sceptique sourire, Que je comprends trop bien pour vouloir m'en blesser. J'en souffre, et je vous plains... Tout ce que je puis dire Ne saurait l'effacer.
Voilà bien, voilà bien la douleur éternelle, L'angoisse de l'amour et l'effroyable émoi Où l'on crie, en dépit de l'étreinte chamelle : « Cet être est-il à moi?... s
Pourtant les mots sont doux ; quoique vains, ils vous plaisent Comme un chant dans les bois ou la plainte des mers. Sans vous guérir, qu'au moins les miens parfois apaisent Vos souvenirs amers.
Quand vous ignoreriez combien leur source est vive, Qu'importe!... Je me trouve heureuse simplement De penser que leur note attendrie et plaintive Vous délasse un moment.
%ElMcDEZ-VOUS
Iarfois vous m'expliquez votre philosophie : La vie en tout mêlée à la mort chaque jour. Mais dans ces vérités mon cœur, qui s'y confie, Ne voit que notre amour.
Je songe — devenue entre vos mains savante — A ces temps si prochains où chacun de nos corps, Achevant son destin de matière vivante, Perdra ses fins ressorts.
Je songe à l'infini des formes successives Qu'ensuite vêtira chaque atome éternel, Dans l'avenir, rendu par les âmes pensives A l'élément charnel.
Peut-être — car les jeux de l'immense Nature Suivent, m'avez-vous dit, une inflexible loi — Ce qui fut Vous aura quelque étrange aventure Avec ce qui fut Moi.
REXDEZ-VOUS 145
De votre être effacé peut-être une parcelle Rencontrera, là-bas, là-haut, je ne sais où, Un débris de mon coeur, qui maintenant recèle Son amour tendre et fou.
Peut-être — c'est, je crois, ce qu'apprend la chimie — Quelque combinaison étroite surviendra :
Un peu de votre cœur au cœur de votre amie Tout à coup se fondra.
Et la fatalité des effets et des causes, Bien que cruelle et dure et froide, aura rempli Ce que serments, aveux, promesses, douces choses, N'avaient point accompli.