‹ Poésies de Daniel LesueurChapitre 53 sur 85 · L'<AT)IEU · texte numérisé non relu

L'<AT)IEU

ous partez... Pourtant sur la terre Rien, disiez-vous, n'est vrai qu'aimer.

Hélas ! l'attrait d'une œuvre austère Semble aujourd'hui seul vous charmer.

Vous allez, sondant les vieux mondes, Chercher des vérités profondes Parmi leurs poussières fécondes Que vous aurez su ranimer.

L'ardeur de savoir vous entraîne, L'amour n'a pu vous retenir, Et mon bonheur, éclos à peine, Comme un beau songe a dû finir.

Mais, sous les étoiles sans nombre, Dans vos longs soirs sur la mer sombre, Que poursuit donc votre œil, dans l'ombre i Est-ce un rêve, ou mon souvenir?

L'Inde éclatante et formidable Vous livre ses secrets de feu ; Sous le symbole redoutable Vous évoquez l'àme et le dieu.

Mais votre regard qui se lasse Se lève, et se perd dans l'espace...

Est-ce mon image qui passe Alors, douce, au fond du ciel bleu?

L'exil est lourd, la route est dure, Vous affrontez bien des combats; Quelque dangereuse aventure Vient peut-être entraver vos pas.

Mais une voix tendre et touchante Vous rend l'espoir et vous enchante...

Est<e alors mon amour qui chante Au fond de votre cœur, tout bas?

LETT%E ÉC%ITE E<M ^iUTOM'KE

Vous nous avez quittés, nous laissant la tristesse

De l'hiver qui déjà frissonne sur nos fronts

Et des lugubres soirs tombant brusques et prompts.

Le soleil, qui s'enfuit dans sa morne vitesse,

Ouvre au sein des brouillards des trous sanglants et ronds.

Les peupliers jaunis et les grands ormes chauves Se dressent sur un ciel d'ardoise au dur reflet. Leurs fronts touffus, vers qui le passereau volait, Ne sont plus qu'un horrible amas de feuilles fauves Où le vent furieux joue ainsi qu'il lui plaît.

Les sentiers sont jonchés de leurs dépouilles sèches, Oui sous le pied distrait grincent sinistrement ; Nul n'entend sans frémir leur sourd gémissement. Les livides matins, voilés de brumes fraîches, Dans les cieux, à regret, montent tardivement.

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