‹ Poésies de Daniel LesueurChapitre 56 sur 85 · LE COLLIER DE PERLES · texte numérisé non relu

LE COLLIER DE PERLES

Horreur! vos yeux si beaux se dilatent, hagards... Entre mes doigts tremblants se rompt la fine chaîne, Et les perles soudain roulent de toutes parts.

Alors je m'éveillai dans une étrange peine.

C'était un songe vain... Mais quoi ! j'entends toujours

Le bruit sinistre et doux du collier qui s'égrène.

Il est là, ruisselant sur l'écrin de velours, Intact et pur ainsi qu'en moi la foi jurée ; Les seuls joyaux épars sont mes pleurs lents et lourds.

Ma douleur à sa cause est bien peu mesurée, Mais l'amour rend crédule au présage trompeur Lràme la plus hautaine et la plus assurée...

Et, malgré ma raison, ce rêve me fait peur.

l68 PAROLES D'AMOUR

L'OVBLI

x\insi vous avez cru que l'oubli, vague sombre Dont le flux lourd et lent monte jour après jour, Avait pu dans mon cœur effacer jusqu'à l'ombre De mon divin amour.

La vie est-elle donc, ami, si magnifique Que j'ose me jouer de son meilleur trésor, Et compter que demain sa bonté pacifique Me le rendrait encorî

Hélas! n'est-elle pas si durement amère Que nous restons tremblants du bonheur effleuré : Il ne nous apparaît, dans une heure éphémère, Que pour être pleuré.

Quand nous l'avons touché de nos mains qui frémissent, Pour qu'il demeure, en vain nous prierions les dieux sourds Nos cœurs l'ont reconnu, nos cœurs s'épanouissent... Puis saignent pour toujours.

Et moi qui l'ai saisi, ce bonheur que l'on rêve, Et moi qui l'ai pressé sur mon sein palpitant, Je précipiterais sa course déjà brève Au néant qui l'attend!

Moi qui crains tant pour lui, le sachant périssable, Sur lui j'appellerais le souffle de l'oubli, Semblable au vent de mer qui recouvre de sable Un nom enseveli!

J'oublierais!... Mais quel bien me resterait sur terre, Puisque vous êtes loin, puisque tout doit finir, Puisque aujourd'hui déjà mon âme solitaire N'a plus qu'un souvenir.

J'en réveille l'ivresse et frémis, car je songe Que ce cher souvenir, seul, n'est point incertain; Gardé par le Passé, dans lequel mon œil plonge, Il échappe au destin.

Mais l'espoir, qui vous suit sur votre longue route, Qui vous ramène à moi tel qu'au soir des adieux, Dépend de l'Avenir, dont j'épie avec doute Le mot mystérieux.

C'est pourquoi j'éternise une heure passagère, Où mon cœur doucement a cru vous deviner; J'y vivrai jusqu'au jour où votre voix si chère Viendra m'en détourner.

LETTRE ÊC%ITE ^4U TTH^TEMTS

il ier la neige cncor couvrait les plaines mornes, Les flots étaient changés en cristaux clairs et durs, Et nos cœurs se taisaient, pleins de doutes obscurs, Dans les limpides soirs aux tristesses sans bornes, Quand la lune montait, lente, au fond des cieux purs.

Et ce matin voici comme une molle haleine Flottante autour de nous dans les airs attiédis; L'eau ruisselle en torrents sur les prés reverdis, Et la forêt, de vie et de voix toute pleine, Semble tendre au doux vent ses grands bras engourdis.

C'est un moment rempli d'ineffable surprise. Nous savions que l'hiver devait s'enfuir un jour, Pourtant nous éprouvons, dans le soudain retour De ce baiser d'en haut, de cette chaude brise, Comme l'émoi causé par un naissant amour.

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