LE COLLIE% T>E TELLES
Lorsque votre départ désespéra mon âme, Tandis que je songeais à vos futurs dangers, Un doute vous saisit touchant mon cœur de femme.
Parfois les doux serments deviennent mensongers. Vous prîtes un collier que porta votre mère : Des perles, en trois rangs chatoyants et légers.
« Si vous n'avez pour moi qu'un amour éphémère, » Dites-vous, « si l'absence en vous sème l'oubli, Évitons au retour toute parole amère.
« Si le rêve d'un jour doit être enseveli,
Sans un mot rendez-moi ces perles, et ma lèvre
Xe protestera point contre un fait accompli.
l66 PAROLES D'AMOUR
« Une mâle douleur n'a pas de plainte mièvre. Puisse un jour ce collier, chère âme, à votre cou, M'annoncer le bonheur dont mon exil me sèvre. »
Hélas! et de vos mains je reçus le bijou.
Vous aimiez ma tendresse et vous fuyiez loin d'elle :
Tant l'homme en ses désirs est inconstant et fou.
Mais dans mon triste cœur je la sens éternelle. Qu'on mette en mon cercueil vos perles, si je meurs! Jusqu'au fond du tombeau je vous serai fidèle.
Mes yeux en ce moment les arrosent de pleurs. Tandis que loin de moi vous risquez votre vie, Un songe a, cette nuit, ravivé mes douleurs.
Enfin vous reveniez... La gloire qu'on envie Couronnait votre front, pâli par vos travaux ; Je m'avançais vers vous, interdite et ravie.
Plus sacré qu'un fétiche adoré des dévots,
Sur mon sein le collier, éclatant témoignage,
A notre ancien amour marquait des jours nouveaux.
Et moi je le touchais, le tendre et noble gage ; Vers lui d'un geste fier j'appelais vos regards : Vous comprendriez bien son mystique langage.