L'*A-\COU% JOYEUX
vc o 1 ! vous connaissez votre empire, Et vous pouvez être jaloux !
Ami, ma lèvre ne respire Que pour vous.
Quoi ! vous éprouvez ma tendresse, Et vous redoutez l'avenir !
Vous croyez donc que votre ivresse Peut finir?
Savez-vous que mon cœur frissonne Quand votre front est soucieux?
Mon bonheur s'efface ou rayonne Dans vos yeux.
Un mot de vous change mon âme :
Aussi longtemps qu'il vous plaira, Votre souffle de cette flamme Se jouera.
Cher tyran qui prenez ma vie, Vous me la rendez quelquefois :
C'est lorsque j'écoute, ravie, Votre voix ;
Ou bien lorsque mon regard plonge Dans votre œil au rayon béni, Et que je m'enivre d'un songe Infini.
J'aime inventer des rimes folles Pour vous les murmurer tout bas; Vous n'êtes de leurs sons frivoles Jamais las.
Alors qu'ainsi je vous enchante, Quand vous vous inclinez vers moi, Et que le rythme ailé vous chante Mon émoi,
Nous avons le bonheur suprême, Et tous nos désirs superflus Ne demanderaient à Dieu même Rien de plus.
L HEURE ENCHANTEE 197
L'HEURE EXCff^XTH
IvÊvES de ma jeunesse, ô mes rêves sublimes, Qui jadis habitiez d'inaccessibles cimes,
Mes beaux oiseaux sacrés!
Vous êtes descendus vivants parmi les hommes, Dans la réalité triste et sombre où nous sommes,
Purs vous êtes entrés.
Je vous croyais trop beaux pour ce monde où tout pleure, Et voici que soudain au toit de ma demeure
Se suspend votre vol.
Quand l'aube luit j'entends frémir vos douces ailes, Et le soir vos chansons me font oublier celles
Du divin rossignol.
Mes yeux vous ont suivis, pleins de larmes amères, Lorsque vous sembliez, visions éphémères,
Fuir au sein de l'azur.
Mon cœur de votre adieu se brisait en silence... Et voici qu'aujourd'hui votre nid se balance
A l'angle de mon mur.
Que vous êtes charmants, fiers et joyeux, mes hôtes! Je vous ai vus planer dans des sphères très hautes,
Parmi des rayons d'or; Tremblante, j'admirais votre splendeur farouche ; Mais vous apparaissez, sous ma main qui vous touche,
Plus radieux encor.
L'un de vous est l'Amour, sûr, profond et fidèle, L'Amour au vaste essor, dont le large coup d'aile
Vibre dans l'infini; L'autre est l'Intimité qui fait une deux âmes; L'autre est la Poésie à l'aigrette de flammes,
Chantant son chant béni.
Tous vous êtes venus, chers captifs de ma vie. Un seul eût pu me rendre heureuse à faire envie ;
Pourtant j'aurais souffert, Car mes vœux insensés vous appelaient ensemble. Mais le sort en un jour à mon seuil vous rassemble,
Et mon ciel s'est ouvert.