‹ Poésies de Daniel LesueurChapitre 68 sur 85 · L HEURE ENCHANTÉE · texte numérisé non relu

L HEURE ENCHANTÉE

Amour ! . . . Culte du beau ! . . . Communion suprême ! . . Oh ! sentir qu'on s'élève au-dessus de soi-même,

Que le cœur s'agrandit, Que l'on voit de plus loin la foule et ses mensonges, Parce qu'un œil aimé plein de merveilleux songes

Doucement resplendit!

Oh ! dans un clair esprit lire comme en un livre, Surprendre sa pensée et la faire revivre

En des rythmes légers!

D'un être grave et fort vaincre l'orgueil austère, L'entendre murmurer que rien ne vaut sur terre

Nos aveux échangés !

Découvrir à la fois dans la main que l'on presse La virile énergie et l'exquise tendresse,

Un ferme et cher soutien !

Être deux, se livrer sans jamais se connaître, Et se trouver nouveaux et plus charmants peut-être

Après chaque entretien!

Aimer tous deux les champs où frissonnent les roses, Les flots bleus, les parfums, les puériles choses,

Les bois mystérieux!

Accueillir la gaité qui rit et qui s'éveille, Et fixer sur la vie, étonnante merveille,

Un regard sérieux!

Tout voir, tout admirer, tout chercher, tout comprendre Au fond d'un cœur, miroir qui prend tout pour tout rendre,

Cœur à notre âme uni ; Savoir que rien n'est beau ni grand qu'il ne reflète, Et, comme en s'y peignant l'univers s'y complète,

Y trouver l'infini!

O rêves, rêves d'or que formait ma jeunesse ! Vous êtes devenus, riants et pleins d'ivresse,

Une réalité.

Je ne demande rien que prolonger cette heure : Dieu même n'en ferait pour moi point de meilleure

Dans son éternité.

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