LA NATURE ET L AMOUR
Pourquoi n'avons-nous pas des mots pleins de délire Qui fixent à jamais nos bonheurs fugitifs, Alors qu'un léger mal arrache à notre lyre Des accords si plaintifs?
Pour élever vers vous une voix attendrie, Beaux asiles profonds où mon cœur fut bercé, Non, je n'attendrai point l'heure où la rêverie S'en va vers le passé.
Non, je n'attendrai point de la trouver déserte La place où mon ami se reposa souvent, Et seule d'écouter dans la forêt inerte Les longs soupirs du vent.
Voyez, nous sommes deux, nous savons vous comprendre, Notre aveugle bonheur ne cache point vos cieux, Votre sereine paix rend notre amour plus tendre Et plus mystérieux.
Nous revenons à vous toujours, ô solitude! Votre calme imposant plait à notre fierté; Les bois silencieux, dans leur noble attitude, Ont tant de majesté!
Notre âme, qui remonte aux sources de la vie, D'un monde étroit et vain fuyant les trahisons, S'agrandit tout à coup et s'élance ravie Vers vos purs horizons.
Nos pas en vos chemins errent à l'aventure, Vos aspects imprévus nous font longtemps rêver, Et tout autour de nous la tranquille Nature Semble nous approuver.
Qu'il monte donc vers vous, l'encens de nos hommages, Dans nos félicités il doit vous être offert ; Et puissions-nous encor vous bénir, ô bocages, Quand nous aurons souffert!
Aujourd'hui, l'œil perdu dans vos riants abîmes, Nous sentons les liens qui nous tiennent unis, Se serrant doucement au souffle de vos cimes, Devenir infinis;
Et, songeant que demain les heures envolées, Blancs spectres, flotteront en ces muets séjours. Emus, nous voyons naître en vos vertes allées Les plus beaux de nos jours.
LE VOYAGE 20
LE VOYAGE
Ami,
quand nous avons tous deux quitté la France, Bien que l'exil fût court, volontaire et joyeux. J'ai surpris un reflet de rapide souffrance Qui passait dans vos yeux.
C'est lorsque le rivage, avec ses contours vagues. S'est perdu lentement dans une brume d'or. Rose, au loin la falaise, à l'horizon des vagues, Êtincelait encor.
Vous m'avez avoué qu'une étreinte secrète Toujours vous oppressait le cœur, lorsque au départ Nos bords si familiers, noyant leur fine crête, Echappaient au regard.
Mais pouvais-je éprouver un sentiment d'angoisse, Moi... moi qui m'enfuyais loin du monde avec vous, De ce monde cruel, dont un seul coup d'oeil froisse L'amour furtif et doux?
Ali ! goûter un instant sur la terre étrangère Ces bonheurs par le sort à jamais déniés! Ah ! croire pour un jour — ivresse mensongère — Que vous m'apparteniez !
Marcher à votre bras sans plus d'inquiétude, Parmi tant d'inconnus, qu'au fond des grand bois noirs Qui nous ont si souvent prêté leur solitude Dans la paix des beaux soirs;
Et ne pas me troubler devant tant de prunelles Pénétrant à loisir mon secret précieux, Plus que sous les yeux d'or aux lueurs éternelles Qui nous guettent des cieux ;
Porter haut votre amour ainsi qu'une auréole, Le sentir rayonnant sur mon front, et passer Sans trembler de surprendre une injuste parole Prompte à le rabaisser;
Vous posséder sans cesse : en ouvrant ma paupière A l'aube, et jusqu'au soir où nous rentrerions las; Vous suivre tout le jour, et la nuit tout entière Dormir entre Vos bras :
Voilà l'illusion qu'un rapide voyage Pour un moment changeait en douce vérité, Et qui m'apparaissait quand j'ai vu le rivage S'enfuir dans la clarté.
LE VOYAGE
Car, vous le savez bien, pour toute femme aimante Il n'est qu'une patrie et qu'un vrai sol sacré : La terre qu'embellit la présence charmante D'un seul être adoré.
ÉCHOS 'D'tAV&OUlL
Ji je n'ai pas l'amour, que m'importe la vie? Qu'importe au prisonnier la splendeur d'un beau jour ? Quel bien pourrait remplir mon âme inassouvie Si je n'ai pas l'amour?
Si je n'ai votre cœur, — le vôtre, ô ma chère âme ! — Que m'importe la gloire, enivrante liqueur? Son nectar à ma lèvre est comme une âpre flamme Si je n'ai votre cœur.
Si je n'ai votre espoir, cher, et votre pensée, Qu'importent mes travaux, sous la lampe, le soir? Qu'importent mes efforts et ma lutte insensée Si je n'ai votre espoir?
Si je n'ai vos bonheurs pour enchanter ma course, Qu'importe l'aiguillon des désirs suborneurs? Toute félicité m'est tarie en sa source Si je n'ai vos bonheurs.