LA NATURE ET L AMOUR
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/ainsi donc, ô vallons! 6 lacs purs! ô retraites Où rayonne l'amour sur la bruyère en fleur! Ils ne vous ont chantés, les orgueilleux poètes, Qu'au sein de leur douleur.
Ils ne vous ont parlé, par leurs voix immortelles, Que lorsque en vos abris ils sont revenus seuls, Et qu'ils n'ont plus trouvé sous vos ombres si belles Que d'horribles linceuls.
Leurs vers ont découlé de leur lèvre tremblante Lorsqu'ils ont parcouru votre désert sacré, Y suivant pas à pas la fuite grave et lente D'un fantôme adoré.
Et ce n'était point vous alors que leur tristesse Se plaisait à parer d'un charme déchirant : C'était leur amour mort et c'était leur jeunesse Qu'ils cherchaient en pleurant.
Ils vous ont accusés de rester impassibles Lorsqu'ils marchaient pensifs en sanglotant tout bas, Et que dans vos sentiers leurs rêves impossibles S'envolaient sous leurs pas.
Bien peu leur importaient vos airs gais ou moroses Quand leur bonheur semblait ne pas devoir finir, Mais plus tard ils ont dit que l'éclat de vos roses Blessait leur souvenir.
Ils se sont étonnés que vos grâces divines Devant leur désespoir resplendissent toujours, Et que vous n'eussiez point fait prendre à vos ravines Le deuil de leurs amours.
Que n'ai-je, ô bois charmants, leur sublime génie, Puisque je suis heureuse et que vous m'enchantez, Puisque celui dont l'âme à mon âme est unie S'avance à mes côtés!
Puisque je vois briller parmi vos frêles herbes En paillettes de feu les traits d'or du soleil, Et que sur les sommets de vos arbres superbes Reluit le jour vermeil!
Puisque tout est chansons, que tout est rire et joie Sous vos ombrages frais, dans les cieux, dans mon cœur ! Oh ! pourquoi donc faut-il que l'écho ne renvoie Que l'accent du malheur?