‹ Poésies de Daniel LesueurChapitre 72 sur 85 · LA FAUVETTE · texte numérisé non relu

LA FAUVETTE

Elle aimait, c'est vrai, le feuillage altier Où le libre vent siffle quand il passe. N'effleurant jamais le banal sentier, Elle volait haut dans l'immense espace.

Elle aimait, c'est vrai, le feuillage altier.

Vous vouliez ses chants sans avoir son âme. Pourriez-vous sentir la tiédeur du feu Sans laisser jaillir et danser la flamme? La fauvette part au fond du ciel bleu... Vous vouliez ses chants sans avoir son âme.

Mais quand s'ouvriront pour votre fauvette La cage et le nid désormais déserts, Qui donc chantera pour vous de doux airs? Qui donc vous mettra tout le cœur en fête Quand s'envolera la chère fauvette?

T'K.OMEK^l'DE SOLIT~iI%E

L-'ans les bois frais, en la douceur des nuits, Vous avez seul promené vos ennuis.

Dans nos grands bois, sous la lune d'opale, N'avez-vous point entrevu mon front pâle?

L'air était plein des senteurs du lilas. Vous marchiez seul, pensif et le cœur las.

A l'heure où tout sommeille et tout s'apaise, L'ancien amour, est-ce lui qui vous pèse?

L'esprit peut-être, ou peut-être la chair, Hait en secret ce qui nous est trop cher.

C'est la révolte obscure et douloureuse

De l'âme, en qui plus d'un gouffre se creuse.

PROMENADE SOLITAIRE 2Ij

Mystère étrange... Hélas! notre sein nu Garde à jamais un abîme inconnu.

Nous ignorons l'énigme qu'il recèle,

Un sceau divin pour nous-mêmes le scelle.

Nous le frappons pour en troubler l'écho : L'écho s'éveille et ne rend qu'un sanglot.

Ah ! n'allez plus, ami, dans le bois sombre Des jours perdus compter ainsi le nombre.

N'allez plus seul en nos anciens abris, D'un rêve amer vous y seriez surpris.

Non, n'allez plus à cette chère place Sans que mon bras si tendre vous enlace.

Car le Passé, sphinx aux rires railleurs,

Nous guette aux lieux qui furent les meilleurs.

Et moi, je puis faire encore, ô ma vie! Un doux Présent pour votre àme ravie.

SOUFFLES W^UTOaCME

V>e soir, ô mon ami, sur notre cher village Le premier vent d'automne a tristement soufflé. Nos bois se sont emplis d'un tumulte sauvage, Dont mon trop faible cœur est jusqu'au fond troublé.

Car sous le sombre ciel meurt la saison bénie, La rapide saison de nos bonheurs furtifs, Et c'est un souffle plein d'amertume infinie Qui tord et fait gémir les grands chênes plaintifs.

Reverrons-nous jamais la douce solitude Où les bruits importuns du monde s'éteignaient? Reviendrons-nous errer encor, sans lassitude, Dans ces sentiers étroits où nos mains se joignaient ?

Chérirons-nous longtemps d'une égale tendresse Nos anciens nids d'amour perdus dans le bois frais? Y viendrons-nous puiser toujours la même ivresse, Sans jamais voir pâlir leurs immortels attraits?

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