FEMME ET FLEU%S
Ami, qui raillez mon sourire, Préférez-vous donc à mon rire
Mes pleurs? Je suis trop prompte et trop fantasque, C'est vrai. Mettrez-vous donc un masque
Aux fleurs?
Allez leur dire en la prairie :
« Enfants, il ne faut pas qu'on rie,
En l'air, Au papillon qui rode et vole, Vous effleurant comme un frivole
Éclair.
« Mais si la joie est un vain leurre, Il ne faut pas non plus qu'on pleure.
Or çà, Sur mainte corolle irisée J'aperçois l'eau que la rosée
Versa.
« Fleurs, il faut être philosophe.
Votre âme est de bien mince étoffe,
J'ai peur.
Maint frelon, dans son doux langag De son amour vous offre un gage
Trompeur.
« Le vent qui passe vous irrite.
Si le cœur de la marguerite
Est d'or, Le bleuet manque de logique.
Le souci du moins est tragique
Encor ;
« C'est une fleur grave et pensive, Dont l'humeur est un peu moins vive:
Pour lui, J'estime assez son air morose, Qu'il reprend dès que l'aube rose
A lui. »