FEMME ET FLEURS
Les fleurs, Maître plein de science, Trouvant tous vos sermons, je pense,
Bornés, Sans raison peut-être et sans rime, Vous riront, ô penseur sublime,
Au nez.
Moi, qui suis comme elles légère, Du rire aux larmes passagère,
Rêvant Quand il faudrait être profonde, Livrant mon âme comme l'onde
Au vent,
J'encours encor plus votre blâme, N'étant pas fleur mais étant femme,
Hélas !
La raison ne peut me séduire, Et votre esprit de me conduire
Est las.
Ami, que je pleure ou je chante, Qu'importe?... Mon rêve m'enchante
Un jour.
Méritez-vous qu'on vous écouter C'est vous qui mites sur ma route
L'amour.
SORTILEGE
Ami, pour éloigner quelque mal énervant
Qui m'obsède, Vous avez un pouvoir si tendre que souvent
Je vous cède.
Nonchalante, le soir, près du feu je m'assois,
Sous la lampe.
Grave, alors vous venez, et vous posez les doigts
Sur ma tempe.
Droit au fond de mes yeux vous plongez longuement
Vos prunelles, Astres dont les lueurs sont pour mon cœur aimant
Éternelles ;
Car toujours, dans l'abîme où, par un sort affreux,
Tout retombe, Je les verrai briller au plafond ténébreux
De ma tombe.
SORTILEGE 220.
Elles dardent en moi par leur regard profond
Tant de flammes, Que leur feu lentement dissout, change et confond
Nos deux âmes.
Et sur mon front soumis vos caressantes mains,
Empressées, Glissent en mon esprit par de subtils chemins
Vos pensées.
Moi, je vous laisse faire, et tout bas je bénis
Ma névrose.
Je vois, en ces moments de plaisirs infinis,
Tout en rose.
De vos grands yeux aimés au doux rayon charmeur
Je me grise, Et j'admire en secret de votre art endormeur
La méprise :
Car l'effluve magique en mon sang nuit et jour
Qui ruisselle N'a pas de nom savant, et votre seul amour
M'ensorcelle.
T%^iV^lUX COMMUAS
vJui, de nos deux efforts, oui, de nos deux pensées Jaillira quelque jour un vif et pur rayon. Dans les champs de l'esprit nos âmes enlacées, Bravant l'aveugle nuit et l'âpre tourbillon, Vont tracer jusqu'au bout leur immortel sillon.
Vous, vous aurez la force, et j'aurai l'espérance. Nous serons moins troublés par le néant humain, Nous aurons plus d'ardeur et de persévérance, Ami, puisque ma main serrera votre main Et que nous serons deux dans l'éternel chemin.
Certes, elle est immense et sombre, notre voie ; L'univers la poursuit vers un but décevant. Pourtant c'est la meilleure et la plus noble joie D'y marcher en premier contre l'ombre et le vent Et de crier bien haut et toujours : « En avant ! »