‹ Poésies de Daniel LesueurChapitre 77 sur 85 · FEMME ET FLEURS · texte numérisé non relu

FEMME ET FLEURS

Les fleurs, Maître plein de science, Trouvant tous vos sermons, je pense,

Bornés, Sans raison peut-être et sans rime, Vous riront, ô penseur sublime,

Au nez.

Moi, qui suis comme elles légère, Du rire aux larmes passagère,

Rêvant Quand il faudrait être profonde, Livrant mon âme comme l'onde

Au vent,

J'encours encor plus votre blâme, N'étant pas fleur mais étant femme,

Hélas !

La raison ne peut me séduire, Et votre esprit de me conduire

Est las.

Ami, que je pleure ou je chante, Qu'importe?... Mon rêve m'enchante

Un jour.

Méritez-vous qu'on vous écouter C'est vous qui mites sur ma route

L'amour.

SORTILEGE

Ami, pour éloigner quelque mal énervant

Qui m'obsède, Vous avez un pouvoir si tendre que souvent

Je vous cède.

Nonchalante, le soir, près du feu je m'assois,

Sous la lampe.

Grave, alors vous venez, et vous posez les doigts

Sur ma tempe.

Droit au fond de mes yeux vous plongez longuement

Vos prunelles, Astres dont les lueurs sont pour mon cœur aimant

Éternelles ;

Car toujours, dans l'abîme où, par un sort affreux,

Tout retombe, Je les verrai briller au plafond ténébreux

De ma tombe.

SORTILEGE 220.

Elles dardent en moi par leur regard profond

Tant de flammes, Que leur feu lentement dissout, change et confond

Nos deux âmes.

Et sur mon front soumis vos caressantes mains,

Empressées, Glissent en mon esprit par de subtils chemins

Vos pensées.

Moi, je vous laisse faire, et tout bas je bénis

Ma névrose.

Je vois, en ces moments de plaisirs infinis,

Tout en rose.

De vos grands yeux aimés au doux rayon charmeur

Je me grise, Et j'admire en secret de votre art endormeur

La méprise :

Car l'effluve magique en mon sang nuit et jour

Qui ruisselle N'a pas de nom savant, et votre seul amour

M'ensorcelle.

T%^iV^lUX COMMUAS

vJui, de nos deux efforts, oui, de nos deux pensées Jaillira quelque jour un vif et pur rayon. Dans les champs de l'esprit nos âmes enlacées, Bravant l'aveugle nuit et l'âpre tourbillon, Vont tracer jusqu'au bout leur immortel sillon.

Vous, vous aurez la force, et j'aurai l'espérance. Nous serons moins troublés par le néant humain, Nous aurons plus d'ardeur et de persévérance, Ami, puisque ma main serrera votre main Et que nous serons deux dans l'éternel chemin.

Certes, elle est immense et sombre, notre voie ; L'univers la poursuit vers un but décevant. Pourtant c'est la meilleure et la plus noble joie D'y marcher en premier contre l'ombre et le vent Et de crier bien haut et toujours : « En avant ! »

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