‹ Poésies de Daniel LesueurChapitre 81 sur 85 · A MES VET^S · texte numérisé non relu

A MES VET^S

.Laissez- m 01 vous bénir, douces rimes fidèles, Puisque vos sons, légers comme un battement d'ailes,

Quelquefois l'ont charmé.

Laissez-moi vous bénir, ô mes vers, frais calices, Puisque mon bien-aimé respire avec délices

Votre soufHe embaumé!

Vous l'avez consolé sur la rive lointaine. Sans le quitter jamais dans sa route incertaine,

Vous chantiez sur son cœur.

Un peu de moi par vous vivait sur sa poitrine; Il sentait naître en lui l'espérance divine

A votre accent vainqueur.

Le soir, il s'asseyait, lassé, pour vous relire; La farouche forêt, vibrant comme une lyre,

Tout à coup se taisait.

II n'entendait que vous dans l'immense nature, Et le pesant souci de sa rude aventure

Un instant s'apaisait.

Vous portiez devant lui dans l'ombre et dans l'espace, Afin de diriger ce voyageur qui passe,

L'amour, brillant fanal ; L'affreux péril en vain posait sur lui ses ongles, Votre vive lueur éteignait dans les jungles

L'œil du tigre royal.

Il vous a répétés à l'écho des vieux temples,

Aux portiques déserts, montrant, mornes exemples,

Notre fragilité :

L'homme meurt, et ses dieux, que le temps brise et roule ; L'autel, étant de marbre, un peu plus tard s'écroule

Que la divinité.

Vous partagiez ainsi ses profondes pensées. Vous lui devez la vie, ô strophes cadencées,

Il vous fit naître en moi.

Vous procédez de lui : moi qui suis votre mère, Je ne vous ai donné que la grâce éphémère,

Lui, la force et la foi.

Page 1