‹ Poésies de F. AncelotChapitre 15 sur 67 · en créance · texte numérisé non relu

en créance

iO MAKIK DK liHAnA.NT.

L'ambition, l'espoir de donner à son fils Le rang que la naissance assurait à Louis.

LE SECOND VILLAGEOIS

Si le crime est prouvé, le bûcher la réclame

Sans doute.

LE PREMIER VILLAGEOIS

LE SECOND VILLAGEOIS

Que le ciel ait pitié de son âme!

LE PREMIER VILLAGEOIS

Peut-être ses amis feront taire la loi.

LE SECOND VILLAGEOIS

Périsst^ la coupable, et Dieu sauve le roi î

Eymeri, de surprise et d'horreur immobile, Ecoulait. Tout à coup, dans le joyeux asile, Un cri s'élève : A boire! et des deux villageois, Les ris tumultueux ont étouffé la voix. Partout l'ivresse éclate, et les chants se confondent. Aux accents des buveurs des cris lointains répondent. Et l'aigre cornemuse à leurs heureux transports, Mêle de temps en temps ses rustiques accords. Dans la foule soudain le chevalier s'élance ;

CHANi QlAl HIEME. 41

On se range, ou se lève ; il impose silence.

EYMERI.

Un moment de vos jeux interrompez le cours, Mes amis, écoutez ! Un horrible discours Vient de glacer ici mon âme épouvantée : Je ne sais quelle fable, en ces lieux inventée. D'un infâme soupçon flétrit un nom sacré ; J'en connaîtrai l'auteur et je le punirai! Vous , qui servez d'organe aux fureurs de la haine, Qu'avez-vous osé dire en parlant de la reine? Répondez, malheureux.

LE PREMIER VILLAGEOIS

Nous avons répété Ce qu'au hameau naguère on nous a raconté : On accuse la reine, et je m'étonne encore, Quand nous le savons toiis, qu'un chevalier l'ignore.

EYMERI.

Se peut-il !

LE SECOND VILLAGEOIS

Oui, le prince est mort par le poison; Et j'en atteste ici saint Denis, mon patron!

LE PREMIER VILLAGEOIS

La reine est prisonnière; elle attend quon la juge.

EYMERI.

Mes armes! mon coursier!... Il lui reste un refuge!

\î MAlllE DE BU AU A NT

Mus amis, gaidcz-vous d'un soupçon ciimiiu'l : Je jure devant vous et devant l'Éternel, De venger l'innocence et de rompre sa cluiînc! Parfois l'erreur s'attache à la justice humaine ; La justice de Dieu va marcher sur mes pas : Pleurez sur votre reine, et ne l'accusez pas !

A ces mots, Ejmeri, que la fureur agite, S'éloigne à pas pressés de la foule interdite ; On regarde, on se tait. Ses éperons d'acier S'enfoncent à la fois aux flancs de son coursier. Et, prompt comme l'éclair que va suivre la foudre, 11 court forcer la haine au supplice d'absoudre.

La nuit avait chassé les derniers feux du jour; Le silence régnait en ce royal séjour.

Ouvert naguère encore au tumulte des fêtes; Dans un ciel nébuleux et chargé de tempêtes, Nul astre ne dardait ses rayons, et des vents Le courroux frémissait sur les vitraux mouvants. Seul, pensif, et veillant dans cette nuit obscure, Un homme souriait au deuil de la nature : C'était Luxeuil î Son front reposait sur sa main ; Des sinistres pensers qui roulaient dans son sein, Le choc des éléments, les fureurs de l'orage. En ce moment d'horreur semblaient offrir l'imago. On entre : un chevalier pâle, les yeux hagards, S'approclu'.

CHANT (^(lATUlKMK. 4:i

lAXKlIF..

Est-ce mon (ils qui s'offre à mes regards? Dans quel désordre, ô ciel !

EV.MEIU.

Pardonnez-moi. mcm père '.

LIXELIL.

L'instant qui nous rassemble est un instant prospère. Mais au sein de la cour qui ramène tes pas '? À cette heure, en ce lieu . je ne t'attendais pas.

Vous le savez, iuyant le ciel de ma patrie .

J'allais porter ma lance aux champs de la Syrie,.

Et, suivant au combat les chevaliers chrétiens,

A leurs nobles efforts j'allais unir les miens :

Vain projet! Sur nos bords un bruit fatal m'enchainc

Du malheureux Louis j'apprends la mort soudaine;

On disait son trépas sans parler d'un forfait 1

A ce récit affreux tout change : c'en est fait ,

Je veux, me dérobant à l'ordre qui m'exile,

Et visitant Louis dans son dernier asile ,

Verser sur son tombeau les pleurs de l'amitié.

Sa voix t'avait banni.

H XEllL.

EVMKIU.

Je l'axais oublie

'.i MARIK DK n HA HA. NT

LLXEIIL.

Je m'en suis souvenu !

EYMERI.

Sur les bords de la Seine Je marchais n'appelant, ne voyant que Yincenne ; Jugez de ma fureur, jugez de mon effroi, Quand j'entends accuser l'épouse de mon roi ! Oui, mon père! partout l'impure calomnie Poursuit son nom sacré d'une insulte impunie ; On parle de complots, de bûcher, de poison ; On dit qu'en son palais, devenu sa prison. Outragée, elle n'a d'autre appui que ses larmes ! Où sont nos chevaliers? que font-ils de leurs armes? Les pleurs de l'innocence et la voix du malheur Dans la lice sanglante appellent leur valeur! Une reine gémit, et vous fermez l'oreille! De ses fers douloureux que le bruit vous réveille, Français 1... Mais qu'ai-je dit? Si la main des Barons Naguère m'attacha les nobles éperons ; S'ils ont armé mon bras du glaive et de la lance, A quels lauriers plus beaux prétendrait ma vaillance? Un vengeur a paru, reine, rassure-toi!

Ton lâche accusateur pâlira devant moi ; Oui, j'oppose mon glaive aux forfaits qu'il espère, Oui, je le combattrai !

LIXEUIL.

Combattras-tu ton père?

EYMERI.

Comment ?

LUXEUIL

Naguère admis au rang des chevaliers , Que ta jeune valeur cherche d'autres lauriers.

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