BEAUMONT
Mais qui, dans cette cour, Du prince infortuné put menacer la vie,
«d MAHIE DE rniAlîAM.
Ou niLMiio souhaiter qu'elle lui fût ravie'/
MAIUK.
.le l'ignore.
HKAlMO.Xr.
Chez vous le poison fut trouvé ; Cet arbre dangereux, par vos mains cultivé, A versé son venin dans la coupe perfide Que le prince reçut au banquet régicide.
MAKIE,
Du malheureux Louis j'ai déploré le sort; Un mystère d'horreur environne sa mort, Je le sais, et Dieu seul, touché de ma prière. Peut sur ce crime affreux répandre la lumière! Mais , avant d'invoquer les rigueurs de la loi , Vous n'avez pas songé qu'il est auprès du roi Des hommes que peut-être irritait ma puissance , Et que souvent la haine égorgea l'innocence ! La coupe et le poison me viennent dénoncer? Eh bien ! dans mon palais n'a-t-on pu les placer"? N'a-t-on pu, m'entraînant sur le bord d'un abîme, Dans un piège exécrable enlacer la victime? Et, pour mieux m'arracher le cœur de mon époux.
LUXEIIL.
Qui d\in pareil forfait est soupçonné?
C'est vous
CHANT CINQUIÈME
LUXEIIL.
Moi! qui de mes respects environnant ma reine..
Vos perfides respects cachaient mal votre haine ; Et mon accusateur peut-être dans ce jour Au rang de l'accusé va descendre à son tour.
L'assemblée, à ces mots, s'étonne et semble allendie On observe Marie, on s'apprête à l'entendre; Luxeuil cache avec art ses sentiments secrets , Rien ne vient altérer le calme de ses traits. Et , prévoyant d'avance une victoire aisée, D'un regard dédaigneux il poursuit l'accusée.
Dans le château soudain s'élève un bruit confus ; Des gardes, qu'il repousse, affrontant les refus , Un jeune homme en désordre accourt ,^ se précipite; De son audace en vain le tribunal s'irrite : Il est entré ; Luxeuil regarde, pousse un cri. Et son œil effrayé reconnaît Eymeri :
Il a de ses geôUers séduit la vigilance ; Vers les pairs interdits le chevalier s'élance.
EVMEIII.
Vous, que Terreur assemble en ce lieu solennel ,
MARIE DE UHAUAM
Suspendez à ma voix un débat criminel ! Sous le poids des soupçons la vertu gémissante Succombait ! Tremblez tous ! La reine est innocente î
(Ju'ai-je entendu?
IIAUIE.
LLXEUIL.
Mon fils !
BEAI MONT.
Qu'il parle sans effroi!
EVMERI.
Je connais le coupable !
LIXEUIL.
0 ciel !
BEAI MONT.
Quel est-il V
EVMEUI.
Moi
BEAVMONT.
EYMERI.
Louis m'exila du beau pays de France.
Vous 1
CHANT CLNQLlEMh:. 00
El mon cœur ulcéré s'ouvrit à la vengeance !
BEALMONT.
Mais quand il expira vous aviez fui ces lieux.
EYMERI.
Non 1 Près de lui caché je trompais tous les yeux ; 11 mourut, je partis !... Le remords me ramène ! Tout un peuple égaré dut accuser la reine. Complice de l'erreur, mon père sur son front D'un soupçon, qu'il abjure, a fait peser l'afîront. Vous lisez dans ses traits la douleur qui l'accable, Reine, pardonnez-lui !... Vous, frappez le coupable:
11 dit, et l'œil baissé, le visage serein,
Marche au-devant des fers qui vont charger sa main.
On console Marie, on l'entoure, on l'honore ;
Loin du voile discret, qui le couvrait encore,
Elle a vu dans ses bras s'élancer son époux ;
Les juges détrompés tombent à ses genoux;
Cependant elle pleure, et sa reconnaissance
Cherche le malheureux qui lui rend l'innocence.
A ses chagrins rongeurs Luxeuil abandonné. Immobile et muet penche un front consterné ; Il maudit les complots que sa douleur expie. Mais l'Inspirée est là, dont l'œil ardent l'épie;
7 0 M A l{ il: DE iJHAliAM.
11 s'arrache, tremblant, au feu de son regard.
La sainte le surveille en priant à l'écart ;
Son cœur bat et frémit, son visage s'enilamme;
Sur ses traits a passé le trouble de son âme,
Et, sortie à pas lents de cet auguste lieu,
On l'entend s'écrier : « Inspire-moi, grand Dieu ! »