‹ Poésies de F. AncelotChapitre 2 sur 67 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

Des feux mourants du jour les lueurs incertaines Coloraient faiblement les vitraux de Yincennes , Dans ce royal séjour, témoin de ses loisirs, Philippe avait donné le signal des plaisirs ; Aux accords des hautbois, du luth, de la mandure, Le chant des troubadours se mariait encore, Et des clairons guerriers fuyaient les sons lointains Car alors aux tournois succédaient les festins.

Tout à coup, aux soldats, dont la veille assidue Des vastes corridors parcourant l'étendue Protège les plaisirs et le sommeil des rois, Se présente une femme, et, d'une faible voix : « J'arrive de bien loin, je me soutiens à peine : « Conduisez-moi, dit-elle, auprès de votre reine ; « J'ai besoin de la voir, ne me refusez pas; « Je viens au nom du ciel, il a guidé mes pas. » Ses grossiers vêtements trahissaient sa misère ; Mais la croix suspendue au bout du long rosaire,

0 MARIE DE BRADANT.

Sa démarche imposante et ses traits sillonnés Frappaient d'un saint respect les soldats étonnés. Nul d'entre eux cependant n'exauçait sa prière ; Elle se tait, s'arrête, et s'assied sur la pierre ; Puis, poussant un soupir, muette, l'œil hagard, Sur les murs du château promène un long regard ; Elle écoute!... Soudain aux accents de la joie. Au bruit des instruments que l'écho lui renvoie, Elle pâlit, se lève, et semble avec etfort Laisser tomber ces mots : « Des fêtes et la mort ! »

Philippe, cependant, que sa cour environne. Dérobe un jour heureux aux soins de sa couronne. Des sables de Tunis ramenant ses drapeaux , Héritier du saint Roi, dans un noble repos. Des avis paternels il garde la mémoire ; Le bonheur de son peuple à ses yeux est la gloire! Après de longs revers, sur la France et sur lui. D'un avenir plus doux enfin l'aurore a lui.

Il avait vu périr son épouse et son père : Son peuple, ranimé sous son règne prospère, Avait, durant quinze ans, gémi de ses douleurs ; Un fils seul lui restait pour essuyer ses pleurs : Mais la France, à grands cris, demandait une reine. Et bientôt, du Brabant future souveraine , Marie a prononcé le serment solennel ; Elle vient, s'arrachant à l'amour fraternel, Du fils de saint Louis consoler le veuvage. Et des heureux qu'il fait réclamer le partage.

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