‹ Poésies de F. AncelotChapitre 23 sur 67 · L INSPIREE · texte numérisé non relu

L INSPIREE

Démens le Dieu qui dicte mes accents, Et grave ton forfait sur tes traits pâlissants ! Non, de ce Dieu sur toi la main s'est étendue; Tu cherches ton audace en ton âme éperdue? L'audace a désormais fait place à la terreur: Attache à mes discours la démence et Terreur; Parle de tes vertus, vante ton innocence! Tu ne sais pas encor jusqu'où va ma puissance! Celui de qui la voix m'a nommé l'assassin, Me montre les écrits que recèle ton sein : Soldats, qu'on le dépouille.

LUXEUIL

Arrêtez 1... Dieu t'inspire :

D'un ascendant vai^jucur je reconnais l'empire!

CHAM SIXIKMK. S^î

Oui, le prince mourut empoisonné par moi;

Oui, j'abhorrais Marie, et j'ai trrhi mon roi;

Ce funeste pouvoir, qu'exerçait une épouse,

Alarmait de mon rang l'autorité jalouse :

La Castille en secret avait proscrit ses jours;

Ma haine à la Castille a vendu son secours :

Les voilà ces écrits garants de ma vengeance!

Mon crime dévoilé n'attend point d'indulgence ;

Mais n'exigez de moi ni crainte, ni remord !

Mes honneurs sont détruits!... Qu'on me mène à la morîl

Vainement d'Eymeri la douleur filiale Appelle sur Luxeuil la clémence royale ; Vainement de ses pleurs assiégeant son époux. Marie a de Philippe embrassé les genoux ; D'une reine et d'un fils inutile assistance ! Le tribunal des Pairs a dicté la sentence ; Le traître va périr î... Le jour funèbre a lui. Ce peuple détrompé, qui tremblait devant lui , Remplit déjà l'enceinte où l'échafaud se dresse ; Sur les pas du coupable on accourt, on se presse : La foule a devancé les rayons du soleil. Par quel secret pouvoir, ce sinistre appareil. Ces hideux instruments de l'humaine justice. Traînent-ils les mortels vers le lieu d'un supplice? 11 est au fond des cœurs je ne sais quel désir De voirie malheureux que la mort va saisir.

8 4 MAHIK l)K lîliAP.ANT.

D'épier sur son front sa dernière pensée ; Et, près de l'échafaud, cette foule entassée Qui peut-être le plaint, sans vouloir le sauver. Fixe les yeux sur lui, comme pour observer Dans ses traits convulsifs, où règne la souffrance, Ce qui reste de l'homme à qui perd l'espérancxî.

Mais l'instant est venu : le condamné paraît ; Il s'incline ; à genoux il entend son arrêt. Le marteau retentit sur ses armes brisées, Et, de la populace appelant les risées. De ses titres d'un jour gage récent encor, L'écusson étoile, brillant d'azur et d'or, Où l'aigle étend son vol, et que la croix divise, Suspend au pilori l'orgueil de sa devise.

Le coupable se lève ; et du chanvre honteux Il sent avec horreur se resserrer les nœuds ; L'échafaud sous ses pieds fuit, le bourreau s'élance Il pèse sur le corps qui dans l'air se balance, . Et l'infâme gibet, durant cinquante jours. Va livrer un cadavre à la faim des vautours.

La sainte a regagné ce solitaire asile. Ce clocher protecteur où sa ferveur s'exile. Et, du monde à jamais oubliant les chemins. Ne mêle plus sa vie aux intérêts humains.

en A. NT SIXIKMK. 85

Une année avait fui ; mère, épouse adorée. Reine, chère à son peuple, et des grands honorée, ^Marie en souriant contemplait l'avenir, Et déjà ses malheurs n'étaient qu'un souvenir. Pourtant, loin de Vincenne entraînant sa pensée , Parfois d'un chevaher l'image retracée, Comme en un jour serein un nuage orageux, Attristait son bonheur, interrompait ses jeux; Dans ses yeux obscurcis on vit rouler des larmes. L'infortuné peut-être avait jeté ses armes; Peut-être, déplorant les crimes paternels , De ses pleurs supphants il baignait les autels, Et, courbé sous la cendre, au fond d'un monastère, Cachait d'an nom souillé l'opprobre héréditaire.

Mais, un jour, on conta que, vers Ptolémaïs, Les chevaliers du Temple, entourés et trahis. Aux pieds du musulman allaient tomber sans gloire Quand un jeune guerrier, sous une armure noire, Aux soldats de la foi, qui mouraient en fuyant, Est apparu ! Ses cris, son glaive foudroyant Des chrétiens au combat ramènent la vaillance ; Dans les rangs ennemis à leur tête il s'élance : Il frappe; et, n'écoutant qu'un aveugle transport, Rencontre la victoire en appelant la mort. Sous ses efforts vengeurs l'infidèle succombe ; Il fuit, la croix triomphe, et le chevalier tombe :

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Percé cVun coup mortel il péril inconnu. On ne sut de quels bords ce preux était venu Mais, quand il expira, sur sa lèvre flétrie, On entendit errer le doux nom de Marie.

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