‹ Poésies de F. AncelotChapitre 24 sur 67 · CHANT I · texte numérisé non relu

CHANT I

Je me proposais de donner aux lecteurs un précis historique del'événeraent qui fait le sujet de ce poëme ; mais je pense leur être agréable en empruntant le récit qu'en a fait M. de Marchangy dans le 7^ vol. de la Gaule poétique : ce récit d'ailleurs est un résumé brillant de tout ce qu'ont écrit, sur le procès de J/a>-jV de Brabant , Nangis, Félibien, Daniel, Mézeray, Yelly, et plusieurs autres historiens. Je crois pourtant convenable de mentionner dans cette note une circonstance que l'intérêt dramatique m'a forcé d'omettre dans mon poëme, et que, pour la même raison, M . de Marchangy' a négligée dans son récit.

Nous n'avons parlé que de Louis, fils aîné de Philippe et d'Isabelle d'Aragon, qui mourut empoisonné à l'âge de treize ans ; mais, outre cet enfant, celte princesse avait encore laissé à Philippe le Hardy trois garçons : Philippe le Bel, qui succéda à son père en i-285 ; Charles, comte de Valois , père de Philippe de Valois et tige de la maison de ce nom ; et enfin Robert, comte d'Artois, mort en bas âge. Ces trois garçons étant un obstacle naturel à l'avènement au trône du fils de Marie de Brabant, le lecteur comprendra aisément que nous n'avons pas dû nous occuper d'eux, puisque c'eût été afTaiblir la vraisemblance de l'accusation dirigée contre cette reine qui, dans la situation réelle de la famille royale, aurait été forcée d'empoisonner quatre garçons pour assurer le trône à son fils. Mais il m'est interdit de passer sous silence dans une note historique ce que j'ai pu omettre avec intention dans un ouvrage de poésie.

«^ La France était en paix, même avec l'Angleterre ; Edouard, roi de cette île, était venu à Paris se reconnaître le vassal de Philippe.

SX xNOTES.

Au milieu de cette puissance, et dans le sein d'un noble repos, le iils de saint Louis, veuf depuis quelques années , contracta d'augustes nœuds. Marie, sœur du duc de Brabant, fut unie à Philippe dans le château de Vincennes.

« La France n'avait jamais vu déployer plus de magnificence que dans les huit jours de fêtes qui suivirent cette union, où la grâce, les vertus et la beauté s'unissaient aux grandeurs et à la majesté de l'héritier du trône de saint Louis. Tout concourut à la solemiité; l'église, enrichie et rendue plus imposante encore par les bienfaits et les institutions du feu roi, déploya, en cette occasion, les splendeurs du tabernacle et les ornements sacerdotaux : elle remplit le sanctuaire, où les époux recevaient l'anneau consacré, des pompes les plus attendrissantes et des vœux les plus ardents. La chevalerie, qui était alors dans son plus grand lustre, et dont la loyauté, la bravoure et la candeur, n'étaient point encore altérées par les vices qui la firent dégénérer plus tard, ouvrit des lices, des tournois, des pas d'armes, que chantèrent dans leurs vers et leurs allégories les trouvères et les troubadours, dont la réputation était à son degré le plus brillant. Enfin, le luxe, que toutes les croisades et les progrès du commerce d'outre-mer avaient introduit en France, les emprunts que la mode et le caprice firent aux cours des sultans, le goût des concerts et des illuminations que les Arabes d'Espagne avaient communiqué à nos provinces, l'usage des grands banquets, que les Français pratiquaient à l'imitation des Germains et des Gaulois, leurs ancêtres, tout, nous le répétons, se réunissait pour faire du mariage de Philippe avec la princesse de Brabant une des merveilles historiques de ces siècles éloignés.

« Après tant de cérémonial et de représentations, après tant de fêtes et de jeux, Philippe, jouissant plus intimement de son bonheur, vécut dans une sorte de retraite avec son épouse, et sentait chaque jour s'accroître pour elle un vif et durable attachement. D'abord, charmé de sa douce figure, de ses regards angéliques et de sa taille élégante, il avait éprouvé une passion fortifiée de plus en plus par l'estime que lui inspiraient la sagesse et l'esprit de cette princesse accomplie. Il se plaisait à l'entretenir de ses projets, et trouvait toujours avec elle des avis et des lumières qui bientôt lui firent négliger de consulter ses ministres et ses conseillers.

NOTES. 8t)

rarnii ces aucitiis dépositaires de la coufiance royale, il eu était lia dont la faveur paraissait iuouïe.

« Ce parvenu se nommait Pierre de la Brosse ; il avait été barbier de saint Louis, et, selon l'habitude de ces sortes de gens, il débitait, en rasant son maître, les nouvelles de la ville et des propos facétieux. Il avait un esprit ouvert et fécond, qu'il trouva mainte fois l'occasion de faire connaître durant les familières séances que sa profession lui ménageait chaque matin près de la personne du roi. Cet homme était doué d'une dextérité et d'une adresse admirables pour les opérations manuelles de la chirurgie. C'en fut assez pour acquérir, dans cet art encore grossier, une réputation qui fut le premier degré de sa fortune.

« Philippe, 61s du roi, se l'attacha particulièrement, et goûta si fort ses manières, son langage et ses petits talents , qu'il en fit nonseulement son chirurgien, mais son commensal et son favori.

« Lorsque ce roi , trop facile à surprendre, monta sur le trône de son père, il crut pouvoir accorder toute sa confiance à cet intrigant, qui cachait son hy-pocrisie et son ambition sous un faux zèle et de mensongères protestations de désintéressement et d'intégrité. Le discernement de Philippe était si bien fasciné par les manèges astucieux de son protégé , qu'il le promut au rang de grand chambellan et de premier ministre. Mais à ce faîte des dignités, son âme ne changea pas et garda l'empreinte de sa bassesse et les vices de son éducation première. Cette élévation fut un scandale pour la cour de France ; le crédit et le pouvoir de Pierre de la Brosse firent taire les uns , gagnèrent les autres, et bientôt on finit par ne plus rougir en le flattant et en lui rendant les honneurs attachés à ses éminentes fonctions.

« Le mariage de Philippe avec Marie de Brabant, et surtout l'ascendant légitime que cette belle reine prenait sur le cœur de son époux, alai-mèrent l'ombrageux Pierre de la Brosse. Marie, dans ses entretiens avec le roi, démasquait la turpitude de ce vil usurpateur de la confiance royale ; et déjà les courtisans , qui le voyaient moins accueilli du maître, se vengeaient, par des syrvenles et des bons mots, des déférences et des égards que leur arrachait pour lui un reste d'autorité.

- Pierre de la Brosse songea au moyen de prévenir sa disgrâce. Il

90 NOTKS.

avait encore assez d'empire sur le roi pour espérer s'en faire écouter; et d'ailleurs, il était capable de tout pour arriver à sou but. Sur ces entrefaites, le jeune Louis , fils aîué du premier mariage de Philippe, mourut presque subitement. Quelques écrivains prétendent que Pierre de la Brosse empoisonna cet héritier de la couronne de France, afin d'imputer un si grand attentat à la reine Marie de Brabant. Quoi qu'il en soit, il est certain que cette mort prématurée lui servit de prétexte pour perdre cette auguste princesse.

« Le monstre, comme un serpent qui glisse, rampe et lance un dard envenimé, sut , après bien des circonstances préparatoires, accuser Marie de Brabant d'avoir fait périr le prince du premier lit, pour assurer à ses enfants la couronne qui lui appartenait. A cette fatale délation, Philippe éprouva d'étranges perplexités. Son cœur, séduit par cette femme charmante , se débattait avec force contre le soupçon odieux qui l'enlaçait. Le motif que Pierre de la Brosse attribuait à l'action de la reine ne semblait que trop plausible au malheureux monarque, et nul autre intérêt ne pouvait expliquer la perte du jeune prince.

« Philippe voulut douter que son fils eût été victime du poison ; mais l'infâme calomniateur , sans pitié pour la douleur d'un père, entraîna son roi vers le lit du prince expiré, et lui montra les symptômes du poison : u Voyez-vous, lui disait-il , ces taches livides, ces « lèvres violettes, ces membres contournés et tordus par les convui- « sions et la lutte d'une douleur violente? Remarquez-vous ces yeux « dont la prunelle s'est éclipsée dans un orbite sanglant ? » A cette horrible démonstration, Philippe détournait la vue et sanglotait.

0 Mais Pierre de la Brosse continua en s'écriant : « 0 vérité ! vé- 0 rite ! qu'il estcruel de te faire arriver aux pieds des rois! Jamais je « ne l'éprouvai mieux qu'en ce jour, où mon devoir trop tyrannique n me force de dénoncer un crime. Paraissez donc, témoin irœcusa- « ble, témoin oculaire de ce crime avéré ; venez éclairer mon maître " qu'une passion funeste aveugle encore. » A ces mots il produisit un être corrompu qui, à force d'or et de promesses, déclara avoir \u Marie de Brabant, la nuit, après le tintement du couvre-feu, distiller des plantes vénéneuses et en composer un mets exécrable, la veille de la mort de Louis ; il imacina plusieurs autres circonstances qui w

laissaient aucuu doute bur la culpabilité de la reine, (^e détracteur confirma sa déposition par un serment.

a Cette affaire s'ébruita bientôt. Le peuple, qui juge sur des présomptions et des apparences, prononce tumultueusement que Marie de Brabant est coupable, et que cette marâtre a tué Théritier de la couronne pour faire régner ses enfants. Ces propos , répandus publiquement, ne permettent plus à la justice de paraître indififéreute à cette accusation ; déjà des gardes sont placés aux portes des appartements de cette reine qui, du comble de la prospérité et du bonheur, est tout à coup précipitée dans une angoisse et des chagrins qui fuut de la mort un bienfait libérateur.

" Il y avait dans ces temps-là trois imposteurs qui, par de feintes extases, la singularité de leur vie et les exercices d'une piété hypocrite, avaient usurpé sur leurs contemporains une autorité surprenante.

« On avait déserté pour eux les tombeaux de saint Martin et de saint Denis, la grotte de sainte Madeleine, et toutes les châsses miraculeuses que la piété des fidèles couronnait tous les ans des hautes fleurs du marronnier. On venait vers ces faux prophètes, et souvent le hasard ou l'efTet de l'imagination opérait des guérisons qu'on appela des miracles.

0 La sibylle de Nivelle avait encore plus de vogue et plus de prosélytes que ses deux complices. Elle était somnambule , et , durant ce sommeil éveillé, son esprit actif et mobile s'exhalait en paroles inspirées, que le public accueillait avidement , et chacun s'imaginait y recoimaître des allusions aux événements historiques , et même des avis sur sa propre destinée. Cette femme que les annalistes appellent la béguine de Nivelle , parce qu'elle affectait la conduite mystique et méthodiquement puérile de ces dévotes extrêmes, se tenait dans une espèce de clocher ouvert aux quatre vents ; elle prêtait l'oreille aux cris des corneilles et au roucoulement des ramiers qui voltigeaient autour de cet asile aérien.

« Philippe, crédule comme tous ses sujets, ajoutait foi aux fables -absurdes qu'on racontait sur cette pythouisse, d'autant plus que la douleur et l'anxiété mortelle qui l'agitaient laissaient peu d'accès à la raison. Il envoya donc à Nivelle trois ambassadeurs ; l'un d'eux ctaif

rarchevêque de Baveux, beau-frère de Pierre de la Brosse, auquel il devait la mitre dont l'intrigue l'avait couronné. En partant, il avait eu une conférence avec son protecteur et son parent : aussi ne rapportat-il au roi qu'une réponse ambiguë, dont la perfidie ne faisait qu'appesantir le soupçon sur la malheureuse accusée.

<i Mais plus on cherchait à convaincre Philippe, et plus ce roi faisait des efforts pour justifier au fond de son cœur son épouse adorée. Il députa à la prophétesse de Nivelle trois graves personnages, en leur enjoignant d'interroger cette femme d'une manière claire et précise, afin d'en recevoir une réponse positive.

<i Les envoyés exposèrent le sujet de leur voyage à l'oracle qui leur dit : a Le roi ne doit point ajouter foi à ceux qui lui parlent mal de '< son illustre épouse ; elle est innocente du crime qu'on lui impute, « il peut compter sur sa fidélité tant pour lui que pour les siens. »

« Cette réponse, publiée dans toute la France, révolta contre l'imposteur. On demanda son supplice, et le roi l'allait ordonner, lorsque ce fourbe adroit fait un dernier effort pour perdre sa victime, et pour se soustraire au châtimeut qu'il avait trop bien mérité.

a Sire, dit-il à Philippe, en présence de toute sa cour, si j'en crois « vos froideurs et les murmures qui éclatent autour de moi , je suis « en butte à d'atroces calomnies. La reine, dit-on, fut persécutée « par moi. Où serait le motif de l'horrible conduite dont m'accuse ce « vain peuple ? Un témoin oculaire appela ma vigilance et ma sévé- « rite sur les traces d'un crime qui attentait à Votre Majesté, dans la « personne de son héritier présomptif ; je ne pouvais point ensevelir « dans l'oubli cet horrible secret. Mon zèle craignait qu'un jour la « rage qui avait étouffé l'enfant ne fît périr le père ; car on en voulait « évidemment à la couronne. Quel autre dessein que celui de s'en « emparer aurait fait conspirer la mort d'un prince dont la jeunesse « et l'innocence n'avaient encore fait naître d'autre passion que cellp

0 de l'envie? Le coupable, après avoir abattu le front réservé à votre " diadème, aurait peut-être osé, dans son impatience, porter sa main « sacrilège jusque sur votre personne, pour y saisir ce bel apanage " des aînés de saint Louis. Frissonnant d'horreur à cette idée, je •1 voulus, dussé-je attirer sur moi et les persécutions d'un fortuné

1 coupable, et l'ingratitude de ceux que je servais, sans aucun motif

• personnel ; je voulus donc percer le mystère qui couvrait peut-être

' encore de nouveaux complots ; je réunis toutes les présomptions,

•' toutes les circonstances, toutes les preuves, j'en formai un faisceau

a de lumières d'où jaillit la vérité pour tous les yeux. Aujourd'hui,

u quel nuage vient en obscurcir les rayons? Qu'oppose-t-on à la dé-

« position de ceux qui ont vu, et aux vraisemblances tirées de l'in-

« térêt que l'accusée seule avait à commettre, au profit de ses enfants.

Il un crime qui faisait fructifier pour eux son ambition? On m'oppose

« la réponse d'une femme dont le peuple révère les discours. Eh

fl bien, moi-même j'ai déféré à cet oracle. Deux fois des ambassa-

« deurs l'ont consultée ; les premiers ont rapporté une réponse ac-

« câblante pour la reine ; les seconds en ont, il est vrai, rapporté une

« décision qui lui est favorable. Mais par quelle procédure inusitée

<i veut-on ne choisir, dans les paroles de la prophétesse, que ce qui

a peut tendre à l'absolution de la reine, quand des paroles non moins

« fortes établissent, au contraire, sa culpabilité ? L'homme impartial

Il devrait au moins demeurer incertain entre deux déclarations oppo-

n sées, et qui, se compensant mutuellement, neutralisent l'effet qu'on

Il en attendait. Mais je dis plus, et si l'on veut se prononcer entre

Il ces deux réponses contradictoires, la première seule mérite votre

" confiance ; c'est le premier cri de la vérité, c'est l'impulsion d'une

I' conscience dont nulle réflexion , nulle crainte, nulle séduction,

11 n'a modifié les arrêts spontanés. En revoyant vos seconds émis-

II saires, qu'a dû penser l'être faible qu'on allait consulter ? A-t-il

Il dû croire qu'on venait chercher la vérité? Non, sans doute, puis-

" que la vérité avait été proclamée par lui à de premiers députés. En

a lui en adressant une seconde fois , c'était assez lui apprendre qu'on

" voulait une autre réponse , et que la première n'avait point été goû-

' tée ; et certes , une femme est toujours assez prophétesse pour de-

II viner une semblable leçon. La sibylle de Nivelle a donc cru prévenir

Il le désir des forts et des puissants, en disant le contraire de ce

Il qu'elle avait proféré d'abord, certaine de voir applaudir une ver-

1 sion tout à fait opposée à celle qui avait déplu. »

a Ainsi parle le souple et perfide ministre. Les esprits restèrent flottants, et le triste Philippe , partagé entre l'amour et la haine, sentait se flétrir insensiblement sa vie.

04 NOTKS.

ti Marie de Brabant , sur qui ue s'arrêtaieut plus que des regards défiants, et dout les larmes et les discours n'avaient pu convaincre entièrement son époux, ne voulut plus recourir qu'à Dieu seul. Durant une partie du jour, elle restait prosternée sur le marbre des parvis sacrés ; elle implorait la miséricorde du souverain juge. Ses prières furent exaucées.

« Un soir, un vénérable solitaire se présente aux portes du palais, et demande une audience du roi. Introduit près de Philippe, il lui remit un paquet scellé des armes du grand chambellan, Pierre de la Brosse, en lui disant qu'un religieux prêt à mourir, et à ce grand moment des repentirs, l'avait prié d'apporter au roi le paquet renfermant la preuve des trahisons du premier ministre.

« En effet, ce misérable, dépositaire des secrets de l'État, les avait vendus au roi de Castille, et il résultait, en outre, de ces pièces secrètes, que la perte de la reine était une machination politique dont il s'avouait rinstrument. Cette découverte leva tous les doutes, et jeta enfin une trop tardive lumière sur la vertu de la reine. Pierre de la Brosse fut étranglé, et son corps resta suspendu aux fourches patibulaires. 1)

Il avait vu périr son épouse et son père :

Son peuple, raniuié sous son règne prospère, etc.

Le procès de 3Jarie de Brabant est le seul événement remarquable du règne de Philippe le Hardi : de vastes enti-eprises, de grandes conquêtes ne recommandent point la vie de ce prince à l'attention de la postérité; mais les deux expéditions funestes de saint Louis vers la Terre-Sainte avaient épuisé la France d'hommes et d'argent, et l'administration sage et paternelle de Philippe cicatrisa les plaies de son peupl.^. Sous son règne furent données les premières lettres de noblesse en faveur de Raoul, argentier du roi.

Elle ouvre son palais, studieuse retraite. Aux travaux du docteur, couime aux chants du poète ; Ils accourent : chacun tremble en la consultant ; Son suffrage est la srloire 1 Et niêiue l'on prétend

NOTES. îj.^

Que du gai troubadour serondant le délire, Parfois la main royale a fait vibrer sa lyre.

Digne fille de Henri de Brabant, comme lui, Marie aimait et recherchait les poètes ; elle se livrait avec ardeur à toutes les élucubrations de la science, et elle aida un fameux poëte de ce temps, nommé Ly Rois Adenez, à mettre en bon ordre le roman de Cléomadez. Ce même écrivain avait mis en rhythme les beaux faits des anciens chevaliers, entre autres ceux d'Ogier le Danois, de Bertrand Dubois et de Bue- 7ion de Comarchis.

Et, s'élevant unis près des fleurs qu'elle arrose. Le beau rosier paré des couleurs de la rose. Le pâle acacia, le pudique oranger.

Etendent sur son front leur ombrage étranger.

Le laurier-rose ou nerion ( nerium oleander de Linnée) n'était pas alors très-connu en France ; mais, malg^ré la difficulté des communications, on pouvait cependant le faire venir de la Corse dont il semble originaire. Les croisés pouvaient avoir rapporté de leurs expéditions lointaines le laurier-rose odorant, qui fleurit dans les plaines humides de l'Asie, et l'avoir mis au nombre de leurs conquêtes, comme ils y ont compté Vacacia et la renoncule. Les feuilles du laurier-1'ose, quoique non laiteuses, contiennent un suc caustique et vénéneux qu'on emploie encore aujourd'hui en médecine comme purgatif violent.

Il m'est d'autant plus permis de supposer la présence de ['acacia dans les bosquets royaux de Yincennes, que cet arbre se rencontre à chaque pas en Egypte, et que les Français avaient fait un long séjour dans ce pays avec Louis IX, lors de sa première croisade.

Déjà, vers le balcon du roi Les juges ont guidé le vainqueur du tournoi : On a jonché de fleurs sa marcbe triomphale : On l'entoure, on l'admire, et, de sa main royale Sur le front du guerrier, ivre de son bonheur. Marie a déposé le chapelet d'hoxecr.

nfJ NOTKS.

Lorsqu'arrivail le moment de décerner les pri\ à ceux qui avaient triomphé dans le tournoi, les hérauts d'armes et les maréchaux du camp allaient recueillir les avis des assistants, et principalement des dames, puis venaient en faire un rapport impartial au prince qui présidait la fête. Alors les juges diseurs nommaient les vainqueurs à haute voix, les hérauts les renommaient à leur tour, et cet usage fut l'origine du mot renommée.

A peine a-t-on fait connaître les vainqueurs, que les cloches, les timbales, les flûtes, les trompettes, les chants du troubadour remplissent à la fois les airs des sons et des accords de l'allégresse ; on se hâte, on accourt pour contempler à leur passage les héros qui se rendent aux pieds de la reine qui doit les couronner. Du haut des balcons, on jette à pleines mains des fleurs sur ces demi-dieux que la foule empressée porte en triomphe jusqu'au balcon royal. La reine, prenant des mains de son auguste époux la couronne, ou chapelet d'honneur, la remet au vainqueur prosterné devant elle ; alors le roi lui dit :

0 Sire chevalier, pour le grand eÉTort que chacun vous a vu faire n aujourd'hui, et à raison que, par votre prouesse , votre parti a été « victorieux , par le consentement de tous les meilleurs, avec le voua loir des dames, le prix et los vous en est adjugé, comme à celui à « qui le bon droit appartient, n Le chevalier répond :

n Mon très-honoré seigneur, je vous rends grâces iuQnies, et aux « chevaliers ci-présents , de l'honneur qu'il vous a plu me déférer ; <i et, bien que je connaisse ne l'avoir aucunement gagné, néanmoins, » pour obéir à vos bons commandements et à ceux des dames, puis- « que tel est votre désir, je le prends et accepte.»

Sous la pourpre et l'hermine.

Le roi siëse au banquet : sur sa noble poitrine Brille la chaîne d'or, dont les anneaux polis Retiennent enlacés le genêt et le lis ; Cet ordre, emblème pur d'un avenir prospère. Dans un jour de bonheur fut créé par son père.

Cet ordre avait été iusMtué par saint Louis pour célébrer son ma-

NOTES. y:

riage avec Marguerite de Provence : c'était uu collier d"or où la fleur du genêt s'entrelaçait aux fleurs de lis. Le roi, en passant cette chaîne au cou de ses principaux, seigneurs, les invitait à la pratique des vertus douces et généreuses.

Louis IX avait encore créé un autre ordre de chevalerie appelé diversement l'ordre du >'avire, du Croissant ou des Argonautes. Il avait pour décoration une chaîne d'or entrelacée de doubles croissauts passés en sautoir, et d'où pendait une coquille d'argent. Il avait été destiné à récompenser le courage des chevaliers qui avaient suivi ce prince en Palestine, et qu'attendaient les champs de la Massoure.

Et de Nesle, et Craon, terriers de qui la gloire Doit fatiguer un jour le burin de l'histoire.

Raoul de Xesle, grand connétable, vainquit Pierre III, roi d'Aragon, lorsque Philippe voulut reconquérir le Roussillon.

Dans les vastes salles.

De magiques tableaux viennent, par intervalles. Des convives surpris enchanter les regards.

Les banquets avaient lieu en public dans une place ou dans uu immense vestibule. A chaque service, des ménétriers, montés sur des bœufs qui étaient couverts de pièces d'écarlate, sonnaient trois fois de leur cornet. Entre ces diflereuts services, on donnait aux convives des spectacles aussi merveilleux que tout ce que les romanciers nous ont raconté du palais des fées et des enchanteurs. Pour donner une grande idée de la magniflcence de nos rois, et de l'immensité des salles et des tables où l'on dressait les décorations et les machines destinées à produire des illusions et des surprises qui tenaient du prestige, on faisait paraître tout à coup, avec un art inconcevable, des villes, des campagnes, des châteaux peuplés de divers personnages, des fontaines de vin, des ruisseaux de lait et de miel, des rochers de pâtisserie.

Dans les relations exactes que la Colonibière nous fait d'une ancienne fête, on voit paraître un char mû par de secrets ressorts, et représentant un écueil sur les bords duquel l'espérance languissait aux pieds du désespoir.

Mathieu de Coucv et Olivier de la Marche, témoins oculaires de la fête qu'un duc de Bourgogne donna pour la croisade qu'il voulait entreprendre, racontent que, dans les entremets, on offrit sur la table même des spectacles analogues à l'entreprise qui rassemblait tous les braves chevaliers. On vit entrer un géant armé en Sarrasin, et conduisant un éléphant chargé d'une tour, dans laquelle une femme éplorée et captive versait des larmes et accusait la lenteur de ceux qui avaient juré de la défendre. Sous cet emblème , les convives reconnurent la religion qu'opprimait le joug musulman, et, rougissant de leur inertie, ils sentirent se réveiller en eux l'antique ardeur, et ne demandèrent plus pour partir que le baiser de leurs dames et la bénédiction de leurs évêques.

Christine de Pisan fait aussi la description de plusieurs fêtes données à la cour de France, et où l'on voyait des décorations se mouvoir spontanément dans la salle du festin, et représenter des vergers, des jardins, des cascades formées des plus douces liqueurs. La scène changea tout à coup, et l'on vit sur une mer, dont les vagues étaient figurées par des lames d'argent rapidement agitées, un navire équipé, et dont les pavillons portaient les armes de Jérusalem. Sur le tillac était Godefroy de Bouillon, accompagné de ses chevaliers : le vaisseau navigua sans qu'on vît les ressorts' qui le faisaient mouvoir.

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