‹ Poésies de F. AncelotChapitre 50 sur 67 · LA PERLE · texte numérisé non relu

LA PERLE

Des salons où ta voix prétend me rappeler, J'ai fui les faux plaisirs et les ennuis splendides. Oui, mon ami, j'échappe à ces entretiens vides Où, ne parlant que pour parler.

Des sots, des bavards intrépides.

Pour la centième lois, viendraient me régaler

Des commérages insipides Qu'on ne digère pas et qu'il faut avaler. Mais, diras-tu, dans la cité toscane Où je rêvais le plus doux des climats, Un rude hiver, amassant les frimas, A songer seul, chaque soir, me condamne, Si des salons je détourne mes pas.

Et tu gémis!... Crois-moi, ne me plains pas. Un jour ne change point les goûts, le caractère; Pour vivre loin du bruit, je n'en suis pas moins gai. Si vos danses, vos chants, vos jeux m'ont fatigué, Vieux hibou, misanthrope austère, Devant mon âtre solitaire, L'ennui ne m'a point relégué :

Î5'. ÉPITHES.

Que fais-je donc?... Je vais éclaircir ce mystère

Qui l'a si longtemps intrigué.

Parfois tu visitas ces serres magnifiques Où, dans une atmosphère empruntée aux tropiques, Croît un essaim bâtard d'étincelantes fleurs, Étalant à l'envi, sous des vitraux obliques, Le faste éblouissant de leurs riches couleurs? Sur ces brillants métis, orgueil de la culture, Tes yeux émerveillés, errant à l'aventure, Admiraient!... Est-ce tout? Non! Tu cherchais encor Si parmi tant d'éclat, d'azur, de pourpre et d'or. De quelque doux parfum la caresse imprévue Ne viendrait point charmer d'autres sens que la vue, Et tu cherchais en vain! Puis, ébloui, mais las, Tu t'éloignais alors, et ne revenais pas. Eh bien! lorsqu'au détour de quelque ombreuse allée Dans un obscur buisson, de ses feuilles voilée. Par sa suave odeur soudain se trahissant.

L'humble violette isolée A, dans sa marche, arrêté le passant, Il a peine à quitter le buisson qu'elle embaume. Et revient voir souvent son modeste royaume. Où l'appelle un plaisir sans cesse renaissant. En peu de mots, ami, je t'ai dit mon histoire : Fuyant d'un vain fracas la promesse illusoire, Dans un coin ignoré, loin des bruits importuns, J'ai trouvé le buisson, la fleur et les parfums.

Tu demandes quelle est la retraite enchantée Qui, m'offrant ses calmes plaisirs,

ÉPITKES, 255

Étend l'umbre et la paix sur ma vie agitée, tt, pour moi. quelle Armide a créé ces loisirs.

Armide, si tu veux!... Mais vaine, ni coquette, Qui n'a point de Renaud dans ses fers arrêté, Belle, qui semble encore ignorer sa beauté, Sage sans pruderie, à l'amour qui la guette Opposant le devoir avec simplicité, Et charmant par l'esprit, la grâce et la bonté,

Qui seuls composent sa baguette!

La voilà, mon ami! Te dirai-je son nom?

J'y consens!... Hélas! à quoi bon?

Dans les lieux que le faste a choisis pour demeure, 11 n'éveillerait pas l'écho d'un souvenir, Mais on apprit à le bénir

Aux lieux où Ton souffre et l'on pleure.

Que ne peux-tu la voir, lorsqu'auprès du foyer Qu'enflamme en pétillant la bûche d'ohvier.

Sa douce et fine causerie,

Qui sait avec art allier

La légère plaisanterie

Au savoir sans pédanterie, Presse le vol du temps qu'elle fait oublier! Qjmbien te ravirait la suave harmonie De cet ensemble heureux que le hasard m'offrit !

Cette bonté du cœur unie

A la malice de l'esprit; (^tte sérénité, cette fraîcheur de l'àme. Que nul souffle orageux ne trouble et nctU'trif;

256 ÉPITHES.

La raison se parant des grâces de la femme,

Et cet œil noir qui pense, ou rêve, ou nous sourit!

Ah ! que se dérobant au long oubli qu'elle aime, Dans vos brillants salons elle apparaisse un jour. Et soudain, à ses pieds enchaînant une cour, Elle voit sur son front tomber ce diadème. Qu'ici la mode enlève et donne tour à tour ! C'est la perle inconnue, et dans l'huître cachée, Qui, reprenant enfin sa valeur et ses droits, A son obscurité tout à coup arrachée.

Brille au cou d'une femme ou sur le front des rois.

11 en est trop, hélas! qui, toujours ignorées, Dans l'humide prison où Dieu les confina, Soustraites à l'éclat qui les eût entourées. Meurent, trésor perdu que nul ne devina !

Parfois, pour les trahir, la coquille s'entr'ouvre ; Mais on ne perce point le voile qui les couvre,

Si l'on n'a l'instinct du plongeur,

L'œil curieux du voyageur, Le regard patient du dénicheur de merles ; Et, dans Florence, ainsi que partout ici-bas,

Si les huîtres ne manquent pas.

Il faut savoir trouver les perles.

Florence, 18 50.

A M'"* AGLAE DE CORDAY

Pourquoi, vous qui daignez vous nommer mon élève,

Vous, dont le vol grandit, quand ma course s'achève,

A ma critique encor soumettre vos écrits?

J'ai peut-être oublié ce que je vous appris;

Six ans de vaudeville ont détendu ma lyre;

Mais, au moins, j'ai toujours du bonheur à vous lire.

Merci donc des instants passés auprès de vous.

Dans ce Baudry si frais, où de vos vers si doux

Mon cœur a savouré la pure mélodie ;

Alors que du public vous êtes applaudie,

De celui qui jadis guida vos premiers pas.

L'hommage et les bravos ne vous manqueront pas :

Courage! poursuivez, ma sœur en poésie!

Votre retraite est belle, et Dieu vous l'a choisie

Pour que vous y mêliez, à l'abri des douleurs.

Le parfum de vos vers au parfum de vos fleurs.

Conservez-lui toujours sa couronne embaumée,

Ne quittez pas les lieux où vous êtes aimée !

Mais quoi! vous vous plaignez? le printemps s'est enfui

L'été passe, et des fleurs, qui passent avec lui,

Se penchent tristement les tiges effeuillées;

Les oiseaux vont quitter les branches dépouillées

Où leur chant matinal souvent vous égaya.

Déjà, depuis longtemps, le pâle acacia,

Devant les pas rêveurs de votre Muse errante,

A couvert les sentiers de sa neige odorante ;

Le bosquet jaunissant bientôt sera flétri;

Et qu'importe?... novembre aux arbres du Baudry

Peut, sans nous attrister, enlever leur ombrage,

Et des chantres ailés éteindre le ramage.

Quand, près de l'âtre assis, nous entendons vos vers,

Qui pourrait regretter leurs gracieux concerts?

On les oublie alors ! La phrase cadencée,

Où brille, en se jouant, votre fraîche pensée,

Dans cet asile heureux prolonge les beaux jours;

Le rossignol se tait, mais vous chantez toujours.

Château du Baudry, 1836.

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