A MADAME JEAN... DE C
Arriver au monde en pleurant :
Pleurer sur le sein de sa mère ; Pleurer plus tard, lorsqu'on appreml Que toute joie est éphémère ; Trahi dès qu'on n'est plus fouetté, Après la férule d'un maître, Subir le joug de la beauté ; Était-ce la peine de naître?
D'un nom qui brille et disparaît Payer l'éclat par des souffrances ; Remplacer par un long regret De fugitives espérances :
Flatter ceux qu'on doit mépriser
Sitôt qu'on a pu les connaître ; Serrer des nœuds, pour les briser; Était-ce la peine de naître?
De devoirs, d'intérêts mondains, Comme un sot tourmenter sa vie ; Affronter d'orgueilleux dédains, Afin qu'un plus sot nous envie ; Toujours compter sur l'avenir, Quand cet avenir est peut-être Le jour qui passe et va finir ; Était-ce la peine de naître?
Suivre, par un rude chemin, Chaque illusion qui s'éveille ; Se repentir, le lendemain, Des sottises qu'on fit la veille ; Voir le bonheur s'évanouir, Et n'avoir su le reconnaître Que lorsqu'on n'en peut plus jouir Était-ce la peine de naître?
Enfin, ([uand on a bien couru Vers un but qui sans cesse échappe,
POÉSIES DIVERSES. 27a
Arriver las. brisé, recru, Au bout de la dernière étape ; Puis, un jour, en mauvais latin, Recevoir le congé d'un prêtre Pour un gîte fort incertain ; Était-ce la peine de naître?