A M-"- LA COMTESSE ORSINI D'ORBASSAN
(née orloff)
Eu lui rendant un volume de fables qu'elle m'avait envoyé en communication.
Que j'ai de grâces à vous rendre, A vous, madame, dont l'esprit A voulu me faire comprendre.
En me confiant cet écrit, Ce qu'ici je devais attendre, Malgré tout ce qu'on m'avait dit.
Sur la foi de riants mensonges.
J'avais, quand j'entrai dans ces murs,
Rêvé des jours sereins et purs.
Et je vous racontais mes songes.
Je vous disais : « Quelles douleurs
« Ici ne seraient effacées !
« Je suis dans la ville des fleurs,
« L'éclat de leurs mille couleurs
« Se reflète sur nos pensées.
« Point de ces cieux tristes et lourds
« Froissant les âmes assombries !
« Et comme, en son paisible cours, a L'Arno caresse les prairies, « Ici le fleuve de nos jours « Glisse entre deux rives fleuries, u Jamais de neiges, de frimas 1 « Je vais du plus doux des climats « Goûter les charmes ineffables! >■' Vous prodiguiez, en m'écoutant.
Les sourires les plus affables.
Mais quelque peu malins pourtant ; Puis, pour réponse, en me quittant.
Vous m'avez envoyé des fables ^
Je disais encore : « En ces lieux
« Où l'on sait savourer la vie,
« A mille devoirs ennuyeux
« Vous ne l'avez point asservie ;
« Vous fermez vos cercles joyeux
« A la médisance, à l'envie ;
« Point de sottes rivalités,
« De puériles vanités.
« De bavardages misérables!
« Des arts, des parfums, du soleil,
« C'est votre histoire! » — A mon réveil.
Près de moi j'ai trouvé des fables.
De cet allégorique envoi
' L'hiver de 1S49 à ISoO fut si rig'jureiu et si froid à Florence lu'ou put patiner sur l'Ariio.
J"ai compris le sens ; mais pourquoi M'ôter des songes agréables?
Sont-ils donc tous sans vérité?
Non! Car si je rêve bonté, Grâce, esprit fin, talents aimables, Que pare une douce gaîté, Vous m'offrez la réalité, Je m'y tiens!... Reprenez vos fables.
Florence, décembre 1819.
LK JOUK DK NAISSANCE