‹ Poésies de F. AncelotChapitre 62 sur 67 · DIALOGUE · texte numérisé non relu

DIALOGUE

— Qu'avez-vous, ma chère? Vos yeux Brillent d'un éclat hors d'usage,

Et je vois, sur votre visage.

Moqueur ensemble et soucieux, Les traces d'un récent orage.

— Hélas ! ce n'est pas sans raison Que je vous parais irritée!

— Quelqu'un vous a-t-il insultée?

— C'est une horrible trahison !

Vous connaissez, ma chère Adèle, Ce représentant, des plus laids,

A ses serments très-peu fidèle,

Mais fidèle à ses intérêts,

Qui, par une manœuvre adroite,

Selon que le vent a changé,

Depuis trente ans a voltigé

Du centre à gauche, ou bien à droite?

On dit, sur la loi de l'État,

Qu'il se rendit souvent coupable

Du plus monstrueux attentat.

— C'est le seul dont il soit capable.

POÉSIES DINEUSES. 393

Trêve aux jeux 1 — Pies dici j'ai cru resuir eiicor,

Sous le manteau ducal et la couronne d or,

A ses mille vaisseaux prêt à parler en maître,

Le doge apparaissant à l'antique fenêtre ^

Et, du haut du palais gothique et byzantin-,

Jetant le cri de guerre aux murs de Constanliu.

Sur ces trois mâts, scellés dans le bronze et la pierre*.

Je cherche les couleurs de la triple bannière,

Et mon œil redemande à ces tlots azurés

Le noble Bucenlaure, aux larges tlancs dorés !

Pourquoi rêver la gloire où pèse l'esclavage? L'Adriatique en deuil pleure son long veuvage, Et son flot, dans ces murs mollement balancé, Soupire, en attendant 1 "anneau du fiancé, Il ne tombera plus sur la vague soumise ; Venise est morte !... Adieu, cadavre de Venise!

Un jour pourtant, un jour, — l'Autriche en a frémi ! — Le lion de Saint-Marc, si longtemps endormi.

' La fenêtre du palais ducal qui fait face au inùle, et uù le doge se plaçait daus certaiues occasious soleuuelles.

- Le palais est uu composé dedifJereuts styles d'architecture, parmi lesquels dominent le gothique et le byzantin.

^ Les trois mâts gigantesques élevés sur la place, devant la façade de la basilique de Saint-Marc : on admire les sculptures des piédestaux en bronze de ces trois mâts, au haut desquels se déployaient jadis des drapeaux de Chypre, de Candie et de la Morée, pour indiquer la domination de la république de Venise sur ces trois rovaumes.

S'est réveillé, criant : « Du sang et non des larmes ! » Ses longs rugissements t'ont fait courir aux armes; Mais Dieu n'a point béni ton héroïque effort, Et le lion vaincu se couche et se rendort.

Venise, juin 1850.

— Erreur, ma chère î Ce matin Je reçois le vieux libertin

Sans craindre une folle entreprise De cette ardente passion, Dont la burlesque expression A chaque instant me martyrise.

— Eh bien? — Jugez de ma surprise, Lorsqu'une brusque agression

Me révèle la vaillantise De ce terrible champion !

— Qu'a-t-il fait ? — Belle question !

L'insolent député m'a prise

Pour une constitution.

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