L INSPIREE
Du pied de cet autel je veillerai sur toi.
Laisse-moi ;
Elle dit, et sa main vers le seuil étendue, Montre de loin la route à la reine éperdue, Qui recule, et les yeux attachés sur ses yeux , Obéit à sa voix comme à la voix des cieux.
Au fond de son palais que le deuil environne , Parfois aux noirs soupçons Philippe s'abandonne ; Parfois il les repousse, et son cœur combattu Ne peut trouver le crime où régnait la vertu ; Il hésite, il frémit, il appelle et redoute L'instant qui, l'arrachant au supphce du doute, Doit percer à ses yeux d'une horrible clarté Le nuage sanglant où dort la vérité.
Il est seul. Devant lui se présente Marie : Elle est pâle et tremblante. Il se lève, et s'écrie :
PHILIPPE
Qui vient troubler mon deuir?Ciel ! que vois-je? Est-ce vous" Que cherchez-vous ici ?
■U; MAUIE DE BHABANÏ.
MARIE
J'y cherchais un époux.
l'IIILiPPE.
Un époux !
MARIE
Loin de lui j'ai dévoré mes larmes ; C'est à lui d'apaiser mes secrètes alarmes. Parlez! pourquoimefuir?qu'ai-je à craindre, et pourquoi Tout, jusqu'à votre cour, a-t-il changé pour moi?
PHILIPPE
Vous me le demandez?
MARIE
C'est trop longtemps vous taire.
PHILIPPE
Eh quoi ! mes maux pour vous sont-ils donc un mystère?
MARIE
Mais en les partageant je les puis alléger . Vous pleurez votre fils ?
PHILIPPE
Non, je veux le venger.
MARIE
Que dites-vous? Louis...
PHILIPPE
il est mort par un crime.
MARIE
Quel bras put immoler cette auguste victime ?
PHILIPPE
Je ne sais.
MARIE
Vos regards se détournent de moi 1
PHILIPPE
Premier né de Philippe, il devait être roi 1
MARIE
Eh bien ?
PHILIPPE
Il est tombé sur les marches du trône , Au moment où son front essayait la couronne.
MARIE
Témoin de son trépas, mon cœur en a gémi.
PHILIPPE
Le ciel en le frappant, frappait votre ennemi.
MARIE
Non, il ne l'était plus! J'avais vaincu sa haine. L'ignorez-vous ?
PHILIPPE
J'ai su qu'invité par la reine.
Le jour même où la mort a tranché son destin,
2S MAHIK DE BHAHAM.
Mun (ils, seul avec elle, au banquet du malin, Goûtant, près du cercueil , un bonheur éphémère, Dans mon épouse enfin crut trouver une mère.
MARIE
Oui, j'eusse été sa mère, et mes soins empressés...
PHILIPPE
Pourquoi donc est-il mort?
MARIE
Grand Dieu !
PHILIPPE
Vous pâlissez !
MARIE
Ciel ! ô ciel ! se peut-il !...
Elle tremble, chancelle ; L'exécrable soupçon que ce mot lui révèle , D'une muette horreur a pénétré ses sens; Sa voix exhale encor quelques sons gémissants ; Puis elle tombe pâle, immobile, glacée ! De ses yeux sans regard la lumière effacée Disparaît ; sur ses traits mornes et sans couleur 11 semble que la mort ait fixé la douleur : Ainsi dans nos jardins, par la foudre abattue , Tombe défigurée une blanche statue.
Philippe, à cet aspect saisi d'un sombre effroi ,
CHANT ÏROISIÈMK. ?î)
S'élanco : ce n'est plus un père, un juge, un roi , C'est le plus tendre amant, c'est l'époux de Marie Épiant un soupir sur sa bouche flétrie ! « Sauvez-la 1 criait-il; accourez, accourez! n On vole à ces accents vers ces lieux retirés , On entoure la reine
l'IlILIPPK.
Oh ! reviens à la vie !
Mes injustes soupçons en vain t'ont poursuivie; Pardonne, chère épouse, à mon cœur égaré ! On m'a privé d'un fils... Mais tes yeux l'ont pleuré. Ohî renais au bonheur! que je te voie encore Sourire à ton époux, à l'époux qui t'adore : Va, je n'en croirai plus que toi, que mon amour... Mais que vois-je?... Ses yeux se sont rouverts au jour, Oui , sous ma main déjà son cœur bat et s'agite , Espérons !
A ces mots le roi se précipfle Aux genoux de Marie : elle ouvre un œil hagarrl , Et, jetant sur Philippe un douloureux regard :