‹ Poésies de F. AncelotChapitre 7 sur 67 · CHANT III · texte numérisé non relu

CHANT III

La nuit s'est écoulée au milieu des douleurs :

A genoux, près d'un fils qu'il baigne de ses pleurs,

Philippe au Tout-Puissant redemande une vie

A l'amour paternel si promptement ravie.

Vain désir! l'ombre fuit, et, dans Vincenne on deuil.

Les premiers feux du jour éclairent un cercueil !

Louis n'est plus : l'espoir dans tous les cœurs se glace ;

On s'éloigne , et bientôt il va prendre sa place

Dans ces sombres caveaux, asile du trépas ,

Près des rois ses aïeux , qui ne l'attendaient pas!

D'un père infortuné qui peindra la souffrance ?

En vain dans l'avenir lui montrant l'espérance,

Marie , au noir chagrin qui consume ses jours ,

De l'amour le plus tendre apporte les secours ;

Les sons consolateurs de cette voix chérie

Ont perdu leur écho dans son àme flétrie.

Si , parfois , pour chasser des souvenirs cruels ,

La reine offre son fils aux baisers paternels ,

Muet, les yeux baissés, dans sa douleur amère,

Il embrasse l'enfant sans sourire à la mère ;

Ou, lui cachant des maux qu'elle vient partager,

D'un farouche regard semble l'interroger;

Vers lui, les bras ouverts, tremblante elle s'élance;

12 MÂKIE DE BRADANT.

Il frémit , la repousse et s'éloigne en silence.

Pourquoi ce sombre accueil , qu'elle ne comprend pas ? Pourquoi, loin du château, la reine , sur ses pas, Ne trouve-t-elle plus la foule accoutumée ! Naguère, s'enivrant du bonheur d'être aimée. Auprès des malheureux , accourus pour la voir. Souvent elle oubliait son rang et son pouvoir ; Ou , mêlée avec eux dans les murs de Vincennes , Ne s'en ressouvenait que pour finir leurs peines. Devant elle, aujourd'hui, dans le royal séjour, Un morne effroi succède aux doux transports d'amour : On se détourne, on craint jusqu'à sa bienfaisance. Et l'indigent lui-même évite sa présence ! La reine s'en étonne : à son cœur affligé , D'affreux pressentiments nuit et jour assiégé , S'offrent dans l'avenir des maux plus grands encore , Et, frémissant déjà d'un destin qu'elle ignore, Délaissée , elle pleure auprès de son enfant ; Cependant que Luxeuil , heureux et triomphant, Redresse un front superbe et sourit à ses larmes. Du jour où sur le trône , embelli par ses charmes , Elle eut conquis l'amour de la France et du roi , Jusque-là sans rival, il vit avec effroi, Pâlir de son pouvoir la splendeur insolente Devant cette beauté, dont la voix consolante A la douleur royale offrant un doux appui , Élevait ses vertus entre Philippe et lui. Mais, depuis que la mort a frappé la victime , De son pouvoir fatal la splendeur se ranime.

Tel , en ces jours de deuil qu'envoie un Dieu vengeur, Se rallume à nos yeux cet astre voyageur Qui, poursuivant sa course en misères féconde, De sa clarté sanglante épouvante le monde.

Sans cesse auprès du roi qu'assiège son orgueil ,

De discours captieux le perfide Luxeuil

Le poursuit , et sa voix, fertile en impostures ,

De son cœur paternel irrite les blessures.

Marie, à son aspect, tremble : souvent ses yeux,

Pour trouver un appui se tournent vers les cieux :

Là, du moins, le mortel vaincu par la souffrance

Près de chaque douleur rencontre une espérance.

Dès qu'elle a vu pâlir l'éclat mourant du jour,

La reine se dérobe aux regards de la cour.

Un soir, seule et pleurant, de la chapelle sainte

Ses pas religieux avaient touché l'enceinte :

Sa prière déjà montait vers l'Éternel !...

Aux lueurs des flambeaux qui veillent sur l'autel ,

Elle aperçoit debout, sous les arceaux gothiques ,

Cette femme au front chauve, aux accents prophétiques,

Qui , du jeune Louis révélant les destins ,

Clianta l'hymne de mort au milieu des festins :

Sur ses lèvres soudain la prière s'arrête...

Des volontés de Dieu , vénérable interprète , 0 vous , dont les regards lisent dans l'avenir, Parlez! Pourquoi ce Dieu semble-t-il me punir? Lxpiant aujourd'hui sa faveur passagère.

24 MARIE DE DRAIJANT.

Loin dos bras d'un époux, dans ma cour l'irangère, Je gémis sur un trône entouré de malheurs : Ce peuple, qui jadis, m'apportant ses douleurs, Dans mes soins consolants semblait trouver des charmes, Me nomme encor sa reine , et me cache ses larmes : Mes beaux jours pour jamais sont-ils évanouis? Qui put me les ravir?

l'inspirée.

Le trépas de Louis.

MARIE

Longtemps il écouta les conseils de l'envie, Et son injuste haine empoisonna ma vie ; Mais enfin, le jour même où je l'ai vu périr, A d'autres sentiments son cœur parut s'ouvrir ; . Sa haine s'éteignait ! j'espérais !... 11 succombe !

l'inspirée.

Sa haine lui survit, et veille sur sa tombe.

MARIE

Mes regrets douloureux ont accueilli sa mort.

l'inspirée.

Quelquefois les regrets passent pour le remord.

marie.

Le remords! ciel! qu'entends-je?et quelest ce langage? Le remords !

l'inspirée.

Ton époux t'en dira davantage :

Malheureuse, il l"altond !

MARIE

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