Étéocle ei Polymce
100.— [Cette strophe est fort belle. Les deux derniers Vers sont
C'est en la paix que toutes choses Succèdent selon nos désirs ; Comme au printemps naissent les roses, En la paix naissent les plaisirs ; Elle met les pompes aux villes, lCo
Donne aux champs les moissons fertiles, Et de la majesté des lois Appuyant les pouvoirs suprêmes, Fait demeurer les* diadèmes Fermes sur la tête des rois. lio
parfaits. Un ne saurait exprimer un sens plus mâle et plus énergique d'une manière plus simple et plus franche. Ce tour est à imiter. A. Ché-nief..]
101. — [Voilà une strophe divine, et qui suit bien la précédente. Cela est plein de vie et de mouvement. Comme ce tableau de la paix est plein et achevé! comme les quatre premiers vers, délicieux et pleins de grâce, contrastent aisément avec le ton noble et L'image frappante de la fin! 11 faut voir dans Tibulle un tableau de la paix, d'une couleur moins forte, et qui n'est pas aussi vif ni aussi rapide, mais charmant et parfait dans son genre. A. Chémeiî.] Voyez un autre tableau de la paix dans Malherbe, XX, 66, et le passage cité de Ronsard; cf. A. Chénier, la Liberté, 69 et les notes.
104. — Ronsard, Odes, 1. i, a dit en parlant de la paix: Car, partout où volait la belle Les amours volaient avec elle.
Si nous citons Ronsard, c'est que Malherbe s'en souvenait certainement. Dans la strophe qui suit ces deux vers, Ronsard parle d'Ilion que dévora le feu grec, ce qui nous reporte à la strophe précédente de Malherbe.
110. — « Quelle auguste et souveraine image de la stabilité! (a dit Sainte-Beuve, N. L ., XIII, p. 305). On a, dans ces beaux endroits de Malherbe, le bon sens politique élevé à la poésie. André Chénier, qui admire ce tableau de la paix, plein et achevé, renvoie à cet autre tableau qu'en a tracé Tibulle, d'une couleur moins forte, également vrai et parfait dans son genre : Interea Paxarva colat, etc. Mais Malherbe n'est pas un bucolique ni un élégiaque; c'est un poète royal. » Voici, dans André Chénier, le Jeu de paume, l'image contraire, mais également belle :
Les tyrans ébranlés en hâte à leurs fronts blêmes, Pour retenir leurs tremblants diadèmes Portèrent leurs royales mains.
Ce sera dessous cette égide Qu'invincible de tous côtés
Tu verras ces peuples sans bride
Obéir à les volontés ;
Et, surmontant leur espérance, lib
Remettras en telle assurance
Leur salut qui fut déploré,
Que vivre au siècle de Marie,
Sans mensonge et sans flatterie.
Sera vivre au siècle doré. 120
Les Muses, les neuf belles fées, Dont les bois suivent les chansons, Rempliront de nouveaux Orpbées
114. — (Délie image! A. CmhjiEB,] Ronsard a dit, dans l'ode déjà citée :
Ton peuple justement tu guides, Appris au mesticr comme il faut Lui lâcher et serrer les brides.
llo. — [Surmontant pour surpassant. A. Chéxier.]
117. — [Déploré est là dans le sens de (Ovide, Mêlant., I, 272) :
Deplorata coloni Vola jncent.
Je ne doute pas qu'on ne pût trouver quelque subterfuge pour le faire passer aujourd'hui. A Ceémer.] « Déploré, dans le sens de désespéré, « ï 1 1 M. Littré, est un latinisme, et présentement peu usité; mais il l'a été beaucoup au dix-septième siècle, et, en l'employant bien, on pourrait encore s'en servir; il faudrait surtout se régler sur les exemples de Massillon. » 122. — [Cela est charmant et d'une poésie exquise :
Blanduiu et auritas fidibus canoris Ducere quercus.
dit Horace (Odes, I, xu), en parlant d'Orphée. Et plus haut :
Unde vocalem temere inseeutœ Orphea sylvae.
Boileau dit [Épitre VIII : au roi) :
Je crois voir les rochers accouiir pour m'entendre.
La troupe de leurs nourrissons ;
Tous leurs vœux seront de te plaire ; 1-25
Et, si ta faveur tutélaire
Fait signe de les avouer,
Jamais ne partit de leurs veilles
Rien qui se compare aux merveilles
Qu'elles feront pour te louer. 130
En cette hautaine entreprise,
Commune à tous les beaux esprits,
Plus ardent qu'un athlète à Pise,
Je me ferai quitter le prix ;
Et quand j'aurai peint ton image, 15J
Ailleurs (Épître XI ; A mon jardinier) il appelle les Muses du même nom que Malherbe leur donne ici :
Sans cesse poursuivant ces fugitives fées. Toute cette strophe est d'une harmonie charmante; je le remarque rarement, parce qu'il faudrait le remarquer à chaque pus. A. Cui- MEr;.] Voyez André Ghénier lui-même, dans l'Art d'aimer, fragment XII.