V. la pièce XXXV
xi.iv TALLEMANT DES RÉAUX, BALZAC.
dame dos Logos1, et la visitoit règlement de deux jours l'un. On de ces jours-là, ayant trouvé sur la table du cabinet le gros livre du ministre du Moulin contre le cardinal du Perron, et l'enthousiasme l'ayant pris à la seule lecture du titre, il demanda une plume et du papier sur lequel il escrivit ces dix vers :
Quoique l'auteur de ce gros livre
Semble n'avoir rien ignoré,
Le meilleur est tousjours de suivre
Le prône de nostre curé.
Toutes ces doctrines nouvelles
Ne plaisent qu'aux folles cervelles;
Pour moi, comme une humble brebis,
Sous la houlette je me range :
Il n'est permis d'aimer le change
Qu'en fait de femmes et d'habits.
Madame des Loges ayant lu les vers de Malherbe, piquée d'honneur et de zèle, prit la même plume, et de l'autre côté écrivit ces autres vers :
C'est vous dont l'audace nouvelle A rejeté l'antiquité, Et du Moulin ne vous rappelle Qu'à ce que vous avez quitté.
Vous aimez mieux croire à la mode :
C'est bien la foi la plus commode Pour ceux que le monde a charmés.
Les femmes y sont vos idoles; Mais à grand tort vous les aimez Vous qui n'avez que des paroles.
Extrait de Balzac [Entretien xxxvn).
Il disoit les plus jolies choses du monde ; mais il ne les disoit point de bonne grâce, et il étoit le plus mauvais recitateurde son temps2. Nous l'appelions l'anti-mondory. Il gàtoit ses beaux vers en les prononçant; outre qu'on ne l'entendoit presque pas, à cause de l'empêchement de sa langue
1. La même anecdote est racontée par Tallemant des Réaux. Mais Ménage attribue à Piacan et à Gombaud les vers que Balzac et Tallemant prêtent à Malherbe et à madame des Loges.
'2. Aussi, dans le cercle de la reine, il ne lisait pas lui-même ses vers; il les faisait lire. 11 s'établissait dans un coin où il ne pouvait pas toujours maîtriser ses mouvements d'impatience. Voyez page xuv.
EXTRAITS DIVERS. XLY
et de l'obscurité de sa voix. Il crachoit pour le moins six; luis en récitant unestance de quatre vers, et ce fut ce qui obligea le cavalier Barin à dire de lui qu'il n'avoit jamais vu d'homme plus humide ni de poète plus sec1.
Extrait de Balzac [Entretien xvm).
Malherbe se piquoit extraordinaircment de noblesse; et ce n'est pas sans peine qu'il consentit à traiter pour son Jils d'un office de conseiller au parlement de Provence. Ses amis lui représentèrent en cette occasion que M. de Foix, nommé à l'archevêché de Toulouse, étoit auparavant conseiller au parlement de Paris ; et qu'après un gentilhomme parent di srois, et alli»'- de toutes les maisons souveraines de l'Europe, le fils d'un gentilhomme de Caen, quoique de la race de ceux qui suivirent en Angleterre Guillaumme le Conquérant, pouvoit sans scrupule exercer une charge de conseiller : cet exemple le décida.
Extrait de Balzac [Entretien xxxvu).
On lui parla d'accomodements2, et un conseiller de Provence, son ami particulier, lui porta paroles de dix mille écus; il en rejeta la proposition, et nous dit l'après-dinée ce qui s'étoit passé le matin, entre lui et son ami. Mais nous leur fîmes considérer que la vengeance qu'il désiroit étant apparemment impossible, à cause du crédit que sa partie avait à la cour, qu'il ne devoit pas refuser cette légère satisfaction qu'on lui présentoit que nous appelâmes :
Solatia luctus Exigua ingentis, misero sed débita patiï.
« Hé bien ! dit-il, je croirai [vostre conseil , je pourrai prendre de l'argent puisqu'on m'y force : mais je proteste que je ne garderai pas un teston pour moy de ce qu'on me baillera : j'employerai le tout à faire bastir un mausolée à mon filz. » Il usa du mot de mausolée, au lieu de celui de tombeau, et fit le poëte partout.
1. Rapportée aussi par Tallemant des Réaux, qui ajouie que « à cause de sa crachotterie il se mettoit tousjours auprès de la cheminée. »
±. Au sujet des meurtriers de -son fds. La même anecdote dans Tallemant des Réaux.
\lvi TALLEMANT DES BEAUX, BALZAC. Extrait de Balzac [Socrate chrétien).
Vous vous souvenez du vieux pédagogue de la cour qu'on appeloit autrefois le tyran des mots et des syllabes, et qui s'appeloit lui-même, lorsqu'il étoit en belle humeur, le grammairien en lunette et en cheveux gris. N'ayons point dessein d'imiter ce que l'on conte de ridicule de ce vieux docteur, Notre ambition se doit proposer de meilleurs exemples. J'ai pitié d'un homme qui fait de si grandes affaires entre pas et point; qui traite l'affaire des participes et des gérondifs comme si e'étoit celle de deux peuples voisins l'un de l'autre et jaloux de leurs frontières. Ce docteur en langue vulgaire avoit accoutumé de dire que depuis tant d'années il travaillait à dégasconner la cour et qu'il n'en pouvoit venir à bout. La mort l'attrapa sur Larondissement d'une période, et l'an climatérique l'avoit surpris délibérant si erreur et doute étoient masculins ou féminins. Avec quelle attention vouloit-il qu'on l'écontât quand il dogmatisoit de l'usage et de la vertu des particules ?
Extrait de mademoiselle de Gournay l.
0 que bien étoit payé de sa defférence et soubrnission à cette docte parcelle de la cour celuy qui, faisant lire au cercle du cabinet royal une pièce parlant à la Renommée qu'elle louoit de ses veilles continues, oyoit trente belles bouches sonner ce mot de haut prix aux oreilles d'une grande princesse : « Mon Dieu, Madame, qu'il vous connoist bien ! vous ne dormez guères. » Il battoit du pied tout enflammé de furie à trois pas de là, grommelant d'un ton le plus aspre qu'il pouvoit sans estre ouy de telles panégiristes : « Foin des bêtes ! » Mais quelle bestise devoit-il plus accuser que la sienne de chercher, comme il faisoit sur tous, la visée et la touche de son art poétique en tels lieux ?
Extrait de Pelisson Hist. de l'Académie .
Malherbe tenoit pour maxime que les adjectifs terminés en e masculin ne dévoient jamais estre mis devant un substantif, mais après ; qu'on pouvoit dire : Ce redoutable monarque,
1. Les Ad vis ou les Presens de la demoiselle de Gournay, Paris, 1611, p. 421, dans le chapitre intitulé : Défense de la poésie et du langage des poètes. 11 s'agit de la pièce lvii : « Nymphe qui jamais ne sommeilles... »
EXTRAITS DIVERS. xi.yii
mais non ce redouté monarque. J'ay souvent ouy dire à M. de Gombaud qu'avanl qu'on eust encore fait cette reflexion, M. de
Malherbe et luy se promenant ensemble un jour, et parlant de
certains vers de mademoiselle Anne de Rolian où il y avoit :
Quoy! faut-il que Henry, ce redoubté monarque...
M. de Malherbe asscura plusieurs fois que cette fin lui desplaisoit, sans qu'il pust dire pôurquoy: que cela l'obligea d'y penser avec attention, et que sur l'heure, en ayant descouvert la raison, il la dit à H. de Malherbe qui en fut aussy aise que s'il eust trouvé un trésor, et en forma depuis cette règle générale1.
Extrait de Se g rais:
Madame de Rambouillet avoit pour lui beaucoup d'estime: « Il parle peu, disoit-elle; mais il ne dit rien qui ne mérite d'être écrit. »
Ex'rait du recueil de Moisant de Brieux.
Un jour que Malherbe se promenoit à Caen avec M. le Picard, conseiller au baillage de cette ville, un pauvre vient à passer et leur demanda l'aumône. Malherbe, qui avoit l'àrpe assez tendre, et qui étoit charitable, le rebuta en disant : a Voyez-vous bien ce coquin ; il est velu depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tète, velu par le cou, velu par les bras et les mains, velu par les jambes, velu par tout le corps: Ergo aut robustus, aut dives, aut lascivus ; s'il est fort, qu'il travaille; s'il est riche, il n'a besoin de rien; s'il est libertin, je ne dois pas fournir à ses débauches. »