a tenu parole pour Desportes
EXTRAITS DIVERS. xxxvn
alloit mettre aux rives françaises de Paris. » Ne voylà-t-il pas une belle objection ?
E. De tous leurs ouvrages [des Italiens] il ne pouvoit souffrir que YAminte du Tasse.
F. Lingendes, qui estoit pourtant assez poly, ne voulut jamais subir la censure de Malherbe, et disoit que ce n'estoit qu'un tyran et qu'il abattoit l'esprit aux gens.
G. Il estoit fort vieux quand sa mère mourut ; il délibéra longtemps s'il devoit en prendre le dueil, et disoit : « Je suis en propos de n'en rien faire; car regardez le gentil orfelin que je ferois! » Enfin pourtant il s'babilla du dueil.
II. A Thotel de Rambouillet, on amena un jour je ne scay quel homme qui disloquoit tout le corps aux gens et les remettoit saus leur faire mal. On l'esprouva sur un laquais. Malherbe, qui y estoit, voyant tout cela, luy dit : « Demettezmoy le coude. » Il ne sentit point de mal ; après il se le fit remettre aussy sans douleur. « Cependant, dit-il, si cet homme fiist mort, tandis que j'avois comme cela le coude desmy, on auroit crié au curieux impertinent. »
I. Allant disner chez un homme qui l'en avoit prié, .il trouva à la porte de cet homme un valet qui avoit des gants dans ses mains; il estoit onze heures. « Qui estes-vous, mon amy? luy dit-il. — Je suis le cuisinier, monsieur. — Vertu Dieu ! reprit-il en se retirant bien viste, que je ne disne pas chez un homme dont le cuisinier, à onze heures, a des gants dans ses mains ! »
Estant allé avec feu du Moustier et Racan aux Chartreux pour voir un certain père Chazerey, on ne voulut leur permettre de luy parler qu'ils n'eussent dit chacun un Pater; après, le Père vint et s'excusa de ne pouvoir les entretenir-. « Faittes-moy donc rendre mon Pater, » dit Malherbe.
Racan le trouva une fois qui comptoit cinquante sols. Il mettoit, dix, dix et cinq, et après dix, dix et cinq. <x Pourquoy cela? dit Racan. — C'est, respondit-il, que j'avois dans ma teste cette stance :
Que d'épines, Amour, etc.
où il y a deux grands vers et un demy vers, puis deux grands vers et un demy vers. »
xxxvin TALI.EMANT DES BEAUX, BALZAC.
Chez M. de Bellegarde on servit un jour un faisan avec la teste, la queue et les aisles; il les prit et les jetta dans le feu. Le maistre-d'hostel luy dit : ■ Eli bien : — Mort-dieu ! respondit Malherbe, mettez-y donc un escriteau et nou pas toutes ces viédazeri s.
Une autre lois il osta les ehesnets du feu. C'estoient des chesnets qui représentaient de gros satyres barbus : i Mortdieu ! dit-il. ces gros bougres se chauffent tout à leur aise, tandis que je meurs de froid. »
J. Ici Tallemant des Beaux a intercalé V anecdote sur madame des Loges, rapportée par Balzac.)
K. Il appeloit M. de Mezeriac, M. de Miseriac.
L. On président de Provence avoit mis une méchante devise sur sa cheminée, et croyant avoir l'ait merveilles, il dit à Malherbe : Que vous en semble? — Il ne falloit, répondit Malherbe, que la mettre un peu plus 1 s.
Il dit à un homme qui lui monstra un îneschant poëme où il y avoit pour titre : Poème au rot, qu'il n'y avoit qu'à adjouter : pour se torcher le c...
Quand il soupoit de jour, il faisoit fermer les fenestres et allumer de la chandelle. Autrement, disoit-il, c'est disner deux fois. »
M. On luy disoit qu'il n'avoit pas suivy dans un pseaume le sens de David. Je le croy Pion, dit-il; suis-je le valet de David ? J'ay bien fait parler le bonhomme autrement qu'il n'avoit lait.
>'. 11 u'estoit pas tousjours si fâcheux, et il a dit de luymesme qu'il estoit de Balbut en Balbutie. Ici des Beaux,
a propos de In mauvaise récitation de Malherbe, emprunte à Balzac un passage qu'on trouvera plus loin.)
Il disoit a M. Chapelain qui luy demandoit conseil sur la manière d'escrire qu'il falloit suivre : LPoz le; livres imprimez, et ne dites rien de ce qu'ils disent.
Ce înesme M. Chapelain le trouve un jour sur un lict de repos qui chantoit :
D'où venez-vous, Jeanne?
Jeanne, d'où venez...?
EXTRAITS DIVERS. xxxix
et no se leva point qu'il n'eust achevé : « J'aimerois mieux, luy dit-il, avoir fail coin que toutes les oeuvres de Ronsard, s Racan dit qu'il luy a ouy dire la mesme chose d'une chanson ou il va à la fin :
Que me donnerez-vous?
— Je feray l'endormie.
0. Il disoit qu'il se connoissoit en deux choses, en musique et en gants.
P. Chez madame des Loges, il monstra un jour quatorze tant que chemises, chemisettes ou douhlures.
Tout l'esté il avoit de la panne, mais il ne portoit pas trop régulièrement son manteau sur les deux épaules.
Q. Une fois, estant malade.il envoya quérir Thevenin, l'oculiste, qui estoit à M. de Bellegarde. Thevenin lui proposa de faire venir quelque médecin, et luy ayant nommé M. Robin : « Voylà un plaisant Robin! dit Malherbe, je neveux point de cet homme-là. — Hé bien ! voulez-vous M. Guenebaut ? — >'on, c'est un nom de chien courant : Guenebaut! toi toi Guenebaut ! — Voulez-vous donc M. d'Acier? — Encore moins, il est plus dur que le fer. — Il faut donc M. Provin? » Il y consentit.
M. Morant, trezorier d'Espagne, qui estoit de Caen, promit à Malherbe et à un gentilhomme de ses arnys, qui estoit aussy de Caen, de leur faire toucher à chacun quatre cents livres pour je ne sçay quoy, et en cela il leur faisoit une grande grâce. Il les convia mesme à disner. Malherbe n'y voulut point aller, s'il ne leur envoyoit son carrosse. Enfin le gentilhomme l'y fit aller à cheval. Après disné, on leur compte leur argent. En revenant, il prend une vision à Malherbe d'achepter un coffre-fort. « Et pourquoy? dit l'autre. — Pour serrer mon argent. — Et il coustera la moitié de vostre argent ! — N'importe, dit-il, deux cents livres sont autant, à moy, que mille à un autre. » Et il fallut lui achepter un colfre-fort.
Patris le trouva une fois à table : « Monsieur, luy dit-il, j'ai tousjours eu de quoy disner, mais jamais de quoy laisser rien au plat. »
R. Pour aborder M. de la Vieuville, surintendant des finances, et luy Jrendre |grâces de quelque chose, il s'avisa d'une
xi. TÀLLEMANT DES BEAUX, BALZAC.
belle précaution. Dez qu'on disoit à cet homme : Monsieur, je vous... il croyoit qu'on alloit adjouster demande, et il ne veuloit plus escouter. Malherbe y alla, et luydit: « Monsieur, remercier je vous viens.»
Retournons à sa poésie. Il luy arrivoit quelque fois de mettre une pensée en plusieurs lieux différents, et il vouloit qu'on le trouvast bon : « Car, disoit-il, ne puis-je pas mettre sur mon buffet un tableau qui aura esté sur ma cheminée?»
Mais Racan lui disoit que ce portrait n'estoit jamais qu'en un lieu à la fois, et que cette mesme pensée demeuroit en mesme temps en diverses pièces.
On luy demanda une fois pourqtfoy il ne faisoit pas d'élégies : « Parce que je fais des odes, dit-il, et qu'on doit croire que qui saute bien pourra bien marcher. »
S. A un homme qui luy vint monstrer des anagrammes, il le pria, pour se moquer de luy, de luy en faire pour un de ses amis qui s'appelle Oddo d'à.
T. Il se prenoit pour le m'aistre de tous les autres, et avec raison. Balzac, dont il faisoit grand cas et dont il disoit : « Ce jeune homme ira plus loin pour la prose que personne n'a encore esté en France, » luy apporta le sonnet de Voiture pour Uranie, sur lequel on a tant escrit depuis. 11 s'estonna qu'un aventurier qui n'avoit point été nourry sous la discipline, qui n'avoit point pris attache ny ordre de luy, eusl l'ait un si grand progrez dans un pays dont il disoit qu'il avoit la clef.
Y. Il escrivoit à madame d'Auchy sous le nom de Caliste, et il mettoit au bas qu'il luy baisoit les piez. Les rieurs disoient que c'étoit à cause qu'elle portoit le nom d'un pape.
Quand il eut fait cette chanson qui commence :
Cette Anne si belle, etc.
qui est une chanson pitoyable, Bautru la retourna ainsy :
Ce divin Malherbe, Cet esprit parfait, Donnez-lui de l'herbe :
N'a-t-ilpas bien fait?
Pour s'excuser, il disoit, tantost qu'on l'avoit trop pressé, tantost que c'estoit pour les empescher de luy demander
EXTRAITS DIVERS. xli
sans cesse des vers pour des récits de ballet; puisqu'il les falloit ainsy pour s'accommoder à l'air ; et il enrageoit de n'avoir pas une bonne raison à dire.
On a aussy retourné ces couplets où il y a à la reprise :
Cela se peut facilement,
et puis :
Cela ne se peut nullement;
Mais c'estoient des couplets que madame de Bellegarde avoit laits, et que Malherbe avoit seulement r'accommodez. La parodie en est plaisante ; elle est dans le Cabinet satirique1.
V. Mais à une autre pièce qu'il fit pour ce prince amoureux, il a observé exactement de finir le sens au troisiesme vers ; c'est :
Que d'espines, Amour, etc.
X. On voit par une de ses lettres que c'estoit im amoureux un peu rude» Il a avoué à madame de Rambouillet, qu'ayant eu soupçon que la vicomtesse d'Auchy (c'est Caliste dans, ses Œuvres) aimoit un autre autheur, et l'ayant trouvée seule sur son lict, il lui prit les deux mains d'une des siennes, et de l'autre la soufletta jusqu'à la faire crier au secours. Puis quand il vit que le inonde venoit, il s'assit comme si de rien n'estoit. Depuis il luy en demanda pardon.
Y. Madame de Rambouillet dit qu'elle n'a jamais ouy parler de Rodante, mais qu'un jour Malberbe luy dit : «Ah ! madame, si vous estiez femme à faire des vers, j'ay trouvé le plus beau nom du monde en retournant le vostre. » Elle adjouste que quelque temps après il luy dit qu'il estoit fort en colère contre Racan, qu'il luy avoit volé ce beau nom, et qu'il vouloit faire une pièce qui commenceroit ainsy :
Celle pour qui je fis le beau nom d'Artenice,
Afin qu'on sceust que c'estoit luy qui l'avoit trouvée dans
1. On la trouvera dans l'édition de Tallemant des liéaux, donnée par M. Paulin Paris, I, p. 5*20.
xlii TALLEMAST DES REAUX, BALZAC.
ses lettres. Elle dit que dans cette petite élégie qui commence :
Et maintenant encore à cet âge penchant
Où mon peu de lumière est si près du couchant, etc .,
Malherbe vouloit parler d'elle, quand il dit :
Cette jeune bergère à qui les Destinées Sembloient avoir donné mes dernières années, etc.-
Elle ma assuré que ce sont les seuls vers qu'il avt fait pour elle.
Elle m'a conté que Malherbe ne l'ayant pas trouvée, s'estoit amusé un jour à causer chez elle avec une fille, et qu'on tira par hazard un coup de mousquet dont la balle passa entre luy et cette demoiselle. Le lendemain, il revint voir madame de Rambouillet, et comme elle luy faisoit quelque civilité sur cet accident : « Je voudrois, luy dit-il, avoir esté tué de ce coup. Je suis vieux, j'ay assez vescû ; et puis on m'eust peutestre fait l'honneur de croire que M. de Rambouillet l'auroit fait faire. »
Z. Environ en ce temps-là, son iilz fut assassiné à Aix, où il estoit conseiller. Malherbe ne vouloit pas qu'il le fust ; cela luy sembloit indigne de luy. Il ne s'y résolut qu'après qu'on luy eut représenté que M. de Foix, nommé à l'archevesché de Thoulouse, estoit bien conseiller au Parlement de Paris, luy qui estoit allié de toutes les maisons souveraines l'Europe. Yoicy comme ce pauvre garçon fut tué. Deux hommes d'Aix ayant querelle prirent la campagne; leurs amys coururent après ; les deux partis se rencontrèrent en une hostellerie ; chascun parla à l'avantage de son amy. Le fils de Malherbe estoit insolent, les autres ne le purent souffrir; ils se jetteront dessus et le tuèrent. Celuy qu'on en aceusoit s'appeloit Piles. 11 n'estoit pas seul sur Malherbe, les autres l'aidèrent à le despescher. Or on soupçonnoit celuy, pour qui Piles estoit, d'estre de race de juifs ; c'est ce que veut dire Malherbe en un sonnet qu'il a fait sur la mort de son filz.
ZZ. Le bonhomme gagna à ce voyage le mal dont il mourut à son retour à Paris, un peu devant la prise de la Rochelle.
EXTRAITS DIVERS. xlih
Exir. de Tallemant des Beaux [Hist de Senneterrc).
Il [le comte de Soissons] avoit eu quelque inclination pour elle [la reine d'Angleterre], fondée sur l'espérance de l'espouser et ce fut pour elle que Malherbe fit, au nom de monsieur le comte, ces vers qui commençoient ainsi :
Ne délibérons plus, allons droit à la mort1...
Ext. de Tallemant des Réaux {Hist. de la Vesse d'Auchy). Il y a des vers de Malherbe pour elle, où il dit :
Amour est dans ses yeux, il y trempe ses dards -.
Madame de Rambouillet disoit qu'il avoit raison, car ses yeux pleuroient presque toujours, et l'Amour y pouvoit trouver de quoy tremper ses dards tout à son aise...
Comme elle estoit fort vaine, tous les auteurs, et principalement les poètes, estoient receus à luy en conter. Lingendes fit des vers sur sa voix ; mais il ne faut prendre cela que poétiquement, car elle n'a jamais eu la réputation de bien chanter. Malherbe, nouvellement arrivé à la cour, comme le maistre de tous, estoit le mieux avec elle.
Ex. de Tallemant des Réaux [Hist. de Melle de Gournay).
Elle sçavoit et elle faisoit des vers, mais meschans. Malherbe s'estant mocqué de quelques-uns de ses ouvrages, elle, pour se venger, alla regratter la traduction qu'il avoit faite d'un livre de Tite Live qu'on trouva en ce temps-là, où il avoit traduit : Fecere ver sacrum par ils firent V exécution du printemps sacré.
Exir. de Tallemant des Réaux [Historiette de Balzac).
Malherbe dit un jour à Gomberville, à propos des premières lettres de Balzac : « Pardieu ! pardieu! toutes ces badineries-là me sont venues à l'esprit ; mais je les ay rebuttées. »
Extrait de Rahac [Entretien xxxvm).
Malherbe étoit un des courtisans les plus assidus de ma-