Ceux qu'il a célébrés dans la pièce LXII
153. — « On voit, remarque avec raison M. Lalanne, que Malherbe a été le premier à dire le fameux mot : « II n'y a plus de Pyré- '( nées, » si gratuitement prêté à bonis X1Y. »
222 TOÉSIES DE F. MALHERBE.
Et. -ans l'usage des charrues, Nos plaines jaunir de moissons ? igo
Quelle moins hautaine espérance
Pouvons-nous concevoir alors,
Que de conquêter à la France
La Propontide en ses deux bords,
Et. vengeant de succès prospères 1C5
Les infortunes de nos pères
Que tient l'Egypte ensevelis,
Aller si près du bout du monde.
Que le soleil sorte de l'onde
Sur la terre des fleurs de lis ? 170
Certes ces miracles visibles,
Excédant le penser humain,
Ne sont point ouvrages possibles
A moins qu'une immortelle main ;
Et la raison ne se peut dire 175
De nous voir en notre navire
A si bon port acheminés,
Ou sans fard et sans flatterie,
C'est Pallas que cette Marie
Par qui nous sommes gouvernés. iso
Quoi qu'elle soit, nymphe ou déesse.
De sang immortel ou mortel,
161. — Hautaine, liante, élevée. M. Littré remarque que ce sens, qui est le plus près du sens primitif, vieillit.
163. — Conquêter, conquérir C'est un des derniers exemples, en date, de l'emploi du vieux mot Français conques 1er.
174. — A moins que, pour à moins que de, par une main moindre qu'une immortelle main. Littré : « A moins que, sans de, ce qui est la locution correcte, est devenu un archaïsme. »
Il faut que le monde confesse Qu'il ne vit jamais rien de tel ; Et quiconque fera l'histoire De ce grand chef-d'œuvre de gloire, L'incrédule postérité Rejettera son témoignage, S'il ne la dépeint belle et sage Au deçà de la vérité.
Grand Henri, grand foudre de guerre,
Que, cependant que parmi nous
Ta valeur étonnoit la terre,
Les Destins firent son époux ;
Roi dont la mémoire est sans blâme, iŒ
Que dis-tu de cette belle âme,
Quand tu la vois si dignement
Adoucir toutes nos absinthes,
Et se tirer des labyrinthes
Où la met ton éloignement ?
Que dis-tu, lorsque tu remarques Après ses pas ton héritier De la sagesse des monarques Monter le pénible sentier, Et, pour étendre sa couronne, Croître comme un faon de lionne ?
Que s'il peut un jour égaler
li)0. — Au deçà, pour au delà.
oi>> Après ses pas, c'est-à-dire à sa suite. 25' - Eaaler, rendre égale. Égaler une chose avec une autre, auHeu de I est très-rare. L'exemple de Malherbe est unique dans S. de LitUé. Racine en offre un ex. dans ses H<*i fe*
Sa force avecque sa furie,
Les Nomades n'ont bergerie
Qu'il ne suffise à désoler. 210
Qui doute que, si de ses armes
Ilion avait eu l'appui,
Le jeune Atride avecque larmes
» s'en fût retourné chez lui,
Et qu'aux beaux champs de la Phrygie, 215
De tant de batailles rougie,
Ne fussent encore honorés
Ces ouvrages des mains célestes
Que, jusques à leurs derniers restes,
La flamme grecque a dévorés ! 220
211. — [Tournure vive et lyrique. Toute cette strophe est trèsbelle, fort bien écrite et termine l'ode à merveille. C'est une source inépuisable et sure de poésie que de savoir ainsi désigner les événements par leurs circonstances et par les conséquences qifils entraînent. J'ai oublié comment les rhéteurs appellent cela. A. Ciiéxiek.I
214. — Le jeune Atride, Ménéîas. — Avecque larmes. Malherbe pouvait mettre avec des larmes, mais il traite certains substan-^ tifs comme des termes abstraits, tels que larmes, vœux. André Chénier a dit, en prose (p. 518) : « Ils repassent dans leur mémoire avec larmes, ce qu'ils y ont ib'jà repassé cent fois avec la > mes. »