PARAPHRASE DU PSAUME CXLY
STANCES 162C
N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde ; Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde
10. — Chapeaux, couronnes. Ronsard, dans un sonnet à Henri II réclame pour les poêles :
Des cltoppeaux de laurier, de myrte et de lierre.
CY1I. — Ces stances lurent publiées en 1627, a dit H. Lalanne dans le Recueil des plus beaux vers. C'est le psaume : Lauda anima mea, Dominum, etc., que Racan a traduit aussi (éd. Jannet, 11, p. 577). Il est curieux de lire dans les Observations de Ménage à quelles vaincs subtilités descend la critique de Costar et du P. Boubours. — « .Malherbe était religieux eorame lyrique, sinon comme homme, a dit Sainte-Beuve (N. L., XIII, p. 415). 11 est entre, non sans grandeur, dans l'impétueux essor vers Dieu et dans l'ardente aspiration du Psalmiste ; et même, si l'on compare, on verra qu'ici il a prêté au texte sacré des ailes. Ces stances, d'un plein souille et d'une entière perfection, ont été mises en musique, de
Que toujours quelque vent empêche de calmer. Quittons ces vanités, lassons-nous de Les suivre :
C'ësi Dieu qui nous fait vivre, 5
C'est Dieu qu'il faut aimer.
En vain, pour satisfaire à nos lâches envies,
>"ous passons près des rois tout le temps de nos vies
A souffrir des mépris et ployer les genoux :
Ce qu'ils peuvent n'est rien; ils sont, comme nous sommes,
Véritablement hommes,
Et meurent comme nous.
Ont-ils rendu l'esprit, ce n'est plus que poussière Que cette majesté si pompeuse et si Itère Dont l'éclat orgueilleux étonnoit l'univers ; 15
Et dans ces grands tombeaux, où leurs aines hautaines
Font encore les vaines,
Ils sont mangés des vers.
nos jour?, par M. Reber, et sont d'un grand effet. » Après avoir cité une partie de ces stances, Sainte-Beuve ajoute : « Quelques strophes de ce ton suffisent pour réparer une langue et pour monter une lyre; >, et il cite la belle expression de M. Nisard : « Certaines paraphrases des Psaumes ne sont pas seulement des modèles de poésie, ce sont, en quelque sorte, des institutions de langage. » 3. — Publius Syrus :
Fortuna vitrea est : lum mm splcndit frangitur.
Corneille, dans Polyeucte, en parlant aussi de la fortune :
El comme elle a l'éclat du verre Elle en la fragilité.
La Fontaine a comme paraphrasé le troisième vers dans sa touchante élégie aux Nymphes de Vaux.
18. — Cette image, empruntée aux réalités de la mort, et sur laquelle Malherbe revienl souvent, ne semble-t-elle pas évoquer le souvenir du Triomphe de la Mort d'Orcagna, au Campo-Santo de Pise?
Là se perdent ces noms de maîtres de la terre, D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre; 20
Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de flatteurs ; Et tombent avec eux, d'une chute commune,
Tous ceux que leur fortune
Faisoit leurs serviteurs.