‹ Poésies de F. MalherbeChapitre 199 sur 219 · Hiatus · texte numérisé non relu

Hiatus

]»<• te souhaiter tout bonheur Pour tes qualités uonpareilles.

Tu sais bien que je suis de ceux

Qui ne sont jamais paresseux

A louer les vertus des hommes; 15

Et dans Paris, en mes vieux ans,

Je passe en ce devoir mon temps.

Au malheureux siècle où nous sommes,

Mais, las! la perte de mon fils.

Ses assassins d'orgueil bouffis, 20

Ont toute ma vigueur ravie ;

L'ingratitude et peu de soin

Que montrent les grands au besoin

De douleur accablent ma vie.

Je ne désiste pas pourtant 25

D'être dans moi-même content

D'avoir bien vécu dans le inonde.

Prisé (quoique vieil abattu)

Des gens de bien et de vertu;

Et voilà le bien qui m'abonde. 30

Nos jours passent comme le vent ; Les plaisirs nous vont décevant, Et toutes les faveurs humaines Sont héméroialles d'un jour :

30. — C'est-à-dîre : et voilà le genre de bien (l'estime des gens de bien et de vertu) que j'ai en abondance.

34. — Hémérocalles, fleurs qui ne sont belles, c'est-à-dire qui ne s'épanouissent que le jour ; belles de jour, qui ne durent qu'un

rOÉSIES DE F. MALHERBE, 399

Grandeurs, richesses et l'amour 53

Sont (leurs périssables et vaines.

Nous avons tant perdu d'amis,

Et de biens par le sort transmis

Au pouvoir de nos adversaires ;

.Néanmoins nous voyons du port 40

D'autrui le débris et la mort,

En nous éloignant des corsaires.

Ainsi puissions-nous voir Longtemps

Nos esprits libres et contents

Sous l'influence d'un bon astre ! 4o

Que vive et meure qui voudra !

La constance nous résoudra

Contre l'effort de tout désastre.

Le soldat remis par son chef.

Pour se garantir de méclief. bu

En état de faire sa garde,

ÎVoseroit pas en déloger

Sans congé, pour se soulager,

Nonobstant que trop il lui tarde;

Car s'il procédoit autremenl, 55

il seroit puni promptement Aux dépens de sa propre vie.

Le parfait chrétien, tout ainsi,

jour, dit Malherbe; il n'y a donc point rigoureusement de pléonasme.

iiU. — Mèche f, terme vieilli, mésaventure, malheur.

Créé pour obéir ici,

Y tient sa fortune asservie. co

Il ne doit pas quitter ce lieu

Ordonné par la loi de Dieu ;

Car l'âme qui lui est commise

Félonne ne doit pas fuir

Pour sa damnation n'encourir, f».H

Et n'être en PÉrèbe remise.

Désolé, je tiens ce propos,

Voyant approcher Atropos

Pour couper le nœud de ma trame ;

Et ne puis ni veux l'éviter, 70

Moins aussi la précipiter ;

Car Dieu seul commande à mon came.

Non. Malherbe n'est pas de ceux

Que l'esprit d'enfer a déceus

Pour acquérir la renommée 15

De s'être affranchis de prison

Par une lame, ou par poison,

Ou par une rage animée.

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