‹ Poésies de F. MalherbeChapitre 2 sur 219 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

François de Malherbe naquit à Caen enlooo. Il appartenait à une ancienne famille de magistrats, et son père étnit conseiller du roi au siège présidial de Caen. Il fit ses premières études dans sa ville natale et alla achever son éducation à Paris, puis à l'étranger, dans les universités de Bàle et de Ueidelberg. Il revint près des siens en 1576, à l'âge de vingt et un ans; mais, peu de temps après, il s'éloigna pour de longues années, sans qu'on sache exactement la cause de ce départ. Racan dit que ce fut le déplaisir qu'eut Malherbe de voir son père abjurer la religion catholique, qui lui suggéra cette résolution. Mais cette abjuration est entourée d'obscurité; la date en est incertaine, et même elle a pu être révoquée en doute. La famille de Malherbe était nombreuse et dans une position de fortune médiocre ; il est donc probable que l'aversion de Malherbe pour la magistrature.

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jointe à la nécessité «if se pourvoir d'une profession en rapport avec sa condition, fut la cause unique d'un éloignement qui devait durer dix ans.

il fut attaché, comme secrétaire, à Henri d'Angoulême, fils naturel de Henri II, grand prieur de France et gouverneur de Provence. Nous ne possédons que peu de renseignements sur le long séjour qu'il fit en Provence; cette partie de sa vie ne fut sans doute marquée par aucun événement considérable. Malherbe se livra d'abord, il faut l'en croire, à tous les écarts d'une jeunesse forte et fougueuse ; puis, vers la fin de 158 1 , il se maria : il épousa une veuve, à peu près de son âge, nommée Madeleine de Carriolis, dont le père était président au parlement de Provence. Il eut trois enfants ; Henri, l'aîné, naquit en 1585.

L'année suivante. Malherbe était en Normandie, lorsqu'il apprit la mort tragique de Henri d'Angoulême. Avec son protecteur, il perdait en même temps ses espérances de fortune. 11 résolut de rester à Caen, et fit venir sa femme auprès de lui.

Treize années s'écoulèrent, années peu connues, que remplissent seuls quelques événements de famille : la mort de son fils Henri, en 1587. et, en 1591, la naissance de sa fille Jourdaine. Mais cette enfant n'était pas non plus destinée à vivre. Elle mourut de la peste, à Càen, en 1599. Son père seul était auprès d'elle, sa mère était dans ce moment à Aix. Malherbe regretta et pleura cette fille, mais sa douleur ne fut pas toujours sans faste. Quelques mois après, Malherbe quitta de nouveau la Normandie et alla s'établir en Provence., où, l'année suivante, sa femme lui donna un troisième enfant, Marc

INTRODUCTION. ni

Antoine, auquel Malherbe devait encore avoir la douleur

• le survivre.

Ce fut à cette époque, 1600, que Malherbe présenta à Marie de Médicis, à son passage à Aix. une ode Sur sa

bienvenue en France. Dès lors, l'histoire de sa vie se confond avec celle de ses œuvres. Du Perron parla à Henri IV, avec les plus grands éloges, de Malherbe, qu'il lui dépeignit comme le rénovateur de la poésie française. Le roi s'en souvint; et, quatre ans plus tard, il pria M', des Yveteaux de lui présenter Malherbe, qui venait d'arriver à Paris. Il lui commanda des vers, et Malherbe composa la belle ode intitulée: Prière pour le roi Henri le Grand allant en Limousin. La fortune littéraire du poëte était assurée. Le roi l'attacha à M. de Bellegarde, qui lui fit une pension de mille livres. Malherbe ne quitta plus la cour. Sa femme était restée en Provence, et ne devait le revoir que deux fois,. a d'assez longs intervalles. Leurs relations continuèrent, furent même affectueuses ; mais enfin Malherbe s'arrangeait aisément d'une séparation. Il est certain qu'il manquait de tendresse; il remplissait mieux le rôle d'un chef de famille que celui d'un époux ou d'un père. D'ailleurs, s'il aimait les femmes, il n'aima réellement jamais.

A la mort de Henri IV, Marie de Médicis lui continua ses faveurs, et se montra plus généreuse même que le feu roi. Malherbe, au surplus, réglait sa conduite sur celle des courtisans les plus attentifs ; son service de gentilhomme de la chambre l'attachait à la reine; il suivait la cour dans tous ses voyages et il était de toutes les lûtes. Enfin les suprêmes éclats de sa muse furent

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consacrés à illustrer la prise de la Rochelle par le roi Louis XIII et la grandeur naissante de Richelieu.

Ses dernières années furent empoisonnées par la mort de son fils, Marc-Antoine, alors conseiller au parlement d'Aix. Ce jeune homme, d'humeur assez querelleuse, s'était vu frapper par une sentence capitale à la suite d'un duel où il avait tué son adversaire. On assoupit l'affaire, et des lettres de grâce permirent à Marc-Antoine de retourner en Provence. Peu de temps après, ce fut lui - qui succomba dans une rencontre avec Paul de Fortia, seigneur de Piles, et son beau-frère. Gaspard de Bovet, baron de Bonnes. La douleur de Malherbe fut grande, mais surtout bruyante, et manqua de dignité. Après avoir poursuivi de sa vengeance les meurtriers de son fils, et les avoir traînés devant les tribunaux, il fut sur le point d'accepter une honteuse transaction pécuniaire.

Ce fut dans un voyage qu'il fit pour se rendre a la Rochelle, auprès du roi, au sujet de cette malheureuse affaire, qu'il tomba malade. A son retour à Paris, le mal dont il avait été atteint fit de rapides progrès, et il mourut le 16 octobre 1628, à l'âge de soixante-treize ans, ayant auprès de lui un de ses parents, Porchères d'Arbaud et le poète Yvrande. Racan, retenu au siège de la Rochelle, ne put assister à ses derniers moments.

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