Le ekétif, le malheureux. Ronsard, Amours, I, clv
En ma douleur, las! chétil. je me plais. 27G. — Vagabond, avec le sons latin, qui va çâ et là Voyez A. Chénier, Lexique (1" édit.) — Où le pied le conduit, précision toute grecque; Ronsard a dit: Sonn. pour Ilélène, LXVII : Ali ! ht- lie liberté, qui me servois d'eseorle. Quand le pied rue portoit où libre je voulois! 283. — Ce passage nous donne exactement le degré de force qu'avait alors le mot dolent. [Contraire pour ennemi. A. Chéniei;.] De même au vers 222.
285. — Plaindre quelque chose. Corneille, Horaces, II, m: j'pime ce qu'il me donne et je plains ce qu'il m'ôle Chénier l'a employé plusieurs fois ainsi; voy. Lexique, 1" edit.
L'ennui renouvelé plus rudement l'outra$ En voyant le sujet à ses yeux revenu;
Le vieillard, qui n'attend une telle rencontre,
Sitôt qu'au dépourvu sa fortune lui montre 290
Le lieu qui fut témoin d'un si lâche méfait,
De nouvelles fureurs se déchire et s'entame.
Et de tous les pensers qui travaillent son âme
L'extrême cruauté plus cruelle se fait.
Toutefois il n'a rien qu'une tristesse peinte ; 205
Ses ennuis sont des jeux, son angoisse une feinte,
Son malheur un bonheur, et ses larmes un ris,
Au prix do ce qu'il sent quand sa vue abaissée
Remarque les endroits où la terre pressée
A des pied-; du Sauveur les vestiges écrits. 300
C'est alors que ses cris en tonnerre s'éclatent, Ses soupirs se font vents qui les chênes combattent, Et ses pleurs, qui tantôt descendoient mollement, Ressemblent un torrent qui, t\c> hautes montagnes, Ravageant et noyant les voisines campagnes, 505
Vent que tout l'univers ne soit qu'un élément.
301. — • On no dit point : il s'éclate, mais : il éclate. » Ainsi s exprime Malherbe lui-même dans son commentaire sur Desportes [Œuvres de Malherbe, IV, p. 459). Archaïque et inusité dans cet emploi, dit M. Littré. On s'en s irvait avant Malherbe ; voy. unexeinplede Ronsard, Sonnets pour Hélène, XXI.
3n4. — Ressembler, verbe actif. Ronsard, Odes, II, vm : « Ton beau temt ressemble 1< •; lys. ■> Voy. Littré. L'historique nous montre l'emploi de ressembler, verbe actif, très-ancien dans la langue.
3 6 — [Ces trois vers, mettant à part ce qui les précède, sont beaux et d'une harmonie pleine el sentie. A. Ciibxier.]
Il y fiche ses yeux, il les baigne, il les baise,
Il se couche dessus el seroil à son aise,
S'il pouvoit avec eux à jamais s'attacher.
Il demeure muet du respect qu'il leur porto ; sio
Mais enfin la douleur, se rendant la plus forte,
Lui l'ait encore un coup une plainte arracher.
« Pas adorés de moi, quand par accoutumance
Je n'aurois, comme j'ai, de vous la connoissance,
Tant de perfections vous découvrent assez ; sis
Vous avez une odeur des parfums d'Assyrie ;
Les autres ne l'ont pas: et la terre flétrie
Est belle seulement où vous êtes passés. * „ q .
« Beaux pas de ces seuls pieds que les astres connoissent. Comme ores à mes yeux vos marques apparoissenf ! :<20 Telle autrefois de vous la merveille nie prit, Quand, déjà demi-clos sous la vague profonde, Vous ayant appelés, vous affermîtes Tonde, Kl m'assura ni les pieds, m'étonnâtes l'esprit.
u Mais, ô de tant de biens indigne récompense ! :...*;
0 dessus les sablons inutile semence !
Une peur, ô Seigneur ! m'a séparé de toi ;
Et d'une âme semblable à la mienne parjure,
Tous ceux qui furent tiens, s'ils ne t'ont l'ait injure.
Ont laissé ta présence et t'ont manqué de foi. ôoO
ôOT. — Ficher, fixer. Cf Ronsard, Amours, I, xxvi.
ô!5. — Accoutumance ; sur les fortunes diverses de ce mot, voyez la remarque de M. LitLré.
ô20. — Ores, are, maintenant, actuellement, vieux mot français. Malherbe l'a blâmé dans son commentaire surDesportes
« De douze, deux luis cinq étonnés décourage,
Par une lâche fuite évitèrent l'orage,
El tournèrent le dos quand tu fus assailli;
L'autre qui fut gagné d'une sale avarice,
Fit un prix de ta vie à l'injuste supplice ; 35:;
Et l'autre, en te niant, plus que tous a failli.
« C'est chose à mon esprit impossible à comprendre*
Et nul autre que toi ne me la peut apprendre,
Comme a pu ta honte nos outrages souffrir.
Et qu'attend plus de nous ta longue patience, 3-iO
Sinon qu'à l'homme ingrat la seule conscience
Doive être le couteau qui le fasse mourir?
« Toutefois tu sais tout, tu connois qui nous sommes, Tu vois quelle inconstance accompagne les hommes, Faciles à fléchir quand il faut endurer. 343
Si j'ai fait comme un homme en faisant une offense, Tu feras comme Dieu d'en laisser la vengeance, Et m'ôter un sujet de me désespérer.
h Au moins, si les regrets de ma faute avenue
M'ont de ton amitié quelque part retenue, 330
Pondant que je me trouve au milieu de tes pas,
Désireux de l'honneur «l'une si belle tourne,
Afin qu'en autre part nia dépouille ne tomhe,
Puisque ma fin est prés, ne la recule pas. »
"i — Sate, au sens moral. Bossuet a dit (ex. cité par M. Littré) : « Les sales gains il'1 l'avarice. » Et l'on peut ajouter ce vers de Ronsard, Elégies, XXIII :
Et le sale appétit il'.imonceler des biens.
510. — Dans ce vers et le suivaul le verbe faire est employé trois lois, dont deux avec la signification de agir.
Kji ces propos mourants ses complaintes se meurent, 355
Mais vivantes sans lin ses angoisses demeurent,
Pour le l'aire en langueur à jaunis consi P.
Tandis la nuit s'en va, ses lumières s'éteignent,
Et déjà devant lui les campagnes se peignent
l>u safran que le jour apporte de la mer. 560
L'Aurore d'une main, en sortant de ses portes, Tient un vase de fleurs languissantes et mortes, Elle verse de l'autre une cruche de pleurs, Et d'un voile tissu de vapeur et d'orage Couvrant ses cheveux d'or, découvre en son visage 365 +~.à Jout ce qu'une àme sent de-.rruelles douleurs. â . t
Le soleil, qui dédaigne une telle carrière, Puisqu'il faut qu'il déloge, éloigne sa barrière ;
358. — Tandis avec la signification de pendant ce temps-là. Locution ancienne qui s'est longtemps maintenue dans la langue. Voyez dans le Lexique de Corneille de M. Godefroy les nombreux exemples qu'il cite, non-seulement de Corneille, mais de Marot, de Saint-Amant, de la Fontaine, etc. M. Lillré remarque que « l'exemple de Corneille devrait autoriser à le faire revivre, car il n'y a pas de mot unique qui le remplace convenablement. «
560. — [Il est fâcheux que l'impossibilité d'employer ce mot de safran nous force de renoncer à une image agréable et que les anciens aimaient. A. Ciié.meh.] Cette image avait aussi tente Ronsard. Il a dit dans la Franciade, chant I : « L'aube ensaffranée ; » et, chant IV : « L'aurore à la main safranée. » Voy. les exemples de Régnier et de Bernardin de Saint-Pierre, cités par M. Littré aux mots Safran, Safrane, et vu troisième exemple de Ronsard au mot Ensafrané.
564. — [Ce quatrième vers est un des plus poétiques et des plus heureux qu'il y ait dans notre langue et dans aucune langue. A. Ciiémeh.] />V»«,/Vrr' •:/ »«.'< h ttrt SU t,'tM >rc:t'.,j>-
308. —Éloigner quelqu'un ou quelque chose, pour s'éloigner de quelqu'un ou de quelque chose, appartient à la langue la plus correcte du seizième el du dix-septième siècles. Ménage a tort de dire qu'elle était ancienne par rapport à Malherbe. Corneille en offre de nombreux ex< mples.
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Mais comme un criminel qui chemine au trépas, Montrant que dans le cœur ce voyage le fâche, 570
11 marche lentement et désire qu'on sache Que, si ce n'étoit force, il ne le feroit pas.
Ses yeux par un dépit en ce monde regardent ;
Ses chevaux tantôt vont, et tantôt se retardent.
Eux-mêmes ignorants de la course qu'ils font; 375
Sa lumière pâlit, sa couronne se cache;
Aussi n'en veut-il pas, cependant qu'on attache
A celui qui l'a l'ait des épines au front.
Au point accoutumé, les oiseaux qui sommeillent Apprêtés à chanter dans les bois se réveillent; 580
M;iis voyant ce matin des autres différent, Remplis d'étonnement, ils ne daignent paroitre, Et font à qui les voit ouvertement connoitre De leur peine secrète un regret apparent.
Le jour est déjà grand, et la honte plus claire 585
De l'apôtre ennuyé l'avertit de se taire,
575. — [Expression latine dont notre langue a été enrichie par l'usage heureux qu'en a l'ait Despréaux [Epitre v) :
Mais sans cesse ignorants de nos propres besoins. Corneille a dit (Nicomède, I, v) :
Savant à ses dépens de ce qu'il savait faire. Et c'est légèrement que M. de Voltaire l'en a repris. A. Ciiémeh.) Glu' nier a dit dans une de ses élégies (1, xn) : « La conscience igno rante du crime. »
576. — On reconnaît aisément dans tout ce passage un souvenir des portes latins, de Lucain entre autres, ainsi que l'a remarqué Chevreau.