Conseil, résolution
131. — Prononcez dédagne. Au seizième siêcte) on confondait souvent, et surtout en parlant, les sons a et ai.
1~2. — Je suis avec Saint-Marc les anciennes éditions. — Ed. 1802 : » Quitte-moi, je le prie, je ne veux plus de toi. » Ménage, pour tourner la difficulté, écrivit en 16GG : « Je te pri', je, etc. » Je te quitte, ne signifie pas je me sépare de toi, ce qui ne seraii pas admissible dans la bouche de saint Pierre (voy. v. "2i.il , mais je te donne quittance, je te tiens quitte du veste.
12 POESIES DE i. MALHERBE.
La 11 ni l déjà prochaine à ta courte journée, Je demeure en danger que l'âme, qui est née
Pour ne mourir jamais, meure éternellement!
« .Non, ne m'abuse plus d'une lâche pensée;
Le coup encore Irais de ma chute passée 1 10
Me doit avoir appris à me tenir debout,
Et savoir discerner de la trêve la guerre,
Des richesses du ciel les langes de la terre,
Et d'un bien qui s'envole un qui n'a point de bout.
« Si quelqu'un d'aventure en délices abonde, 145
11 se perd aussitôt et déloge du monde;
Qui te porte amitié, c'est à lui que tu nuis ;
Ceux qui te veulent mal sont ceux que tu conserves ;
Tu vas à qui te luit, et toujours le réserves
A souffrir, en vivant, davantage d'ennuis. 150
« On voit par ta rigueur tant de blondes jeunesses.
Tant de riches grandeurs, tant d'heureuses vieille^
En fuyant le trépas, au trépas arriver :
Et celui qui chétif aux misères succombe,
Sans vouloir autre bien que le bien de la tombe, 15b
N'ayant qu'un jour à vivre, il ne peut l'achever !
1" - Bia
144. — Qui n'a point de boni, c'est-à-dire qui n'a point do fin, qui est éternel. [Ridicule assemblage de deux similitudes ineohérentes. 11 accouple de même ailleurs (XXXIII, 1) deux métaphores qui n'ont aucun rapport :
Quel astre nnlheureux ma fortune a bâtie!
C'est pourtant un défaut dont il se moquait beaucoup chez les autres. A. Cuémi.i; ] 15G. — [Voilà trois beaux vers, surtout le dernier qui est divin.
POESIES l)L F. MALHERBE. 13
a Que d'hommes fortunés, en leur âge première, Trompés de l'inconstance à nus ans coutumière,
Du depuis se sont vus en étrange langueur;
Qui fussent morts contents, si le ciel amiable, iGO
Ne les abusant pus en ton sein variable,
Au temps de leur repos eût coupé ta longueur
« Quiconque de plaisir a son âme assouvie,
Plein d'honneur et de bien, non sujet à l'envie,
Sans jamais en son aise un malaise éprouver, 1C5
S'il demande à ses jours davantage de terme,
Que fait-il, ignorant, qu'attendre de pied terme
De voir à son beau temps un orage arriver ?
« Et moi, si de mes jours l'importune durée
Ne m'eût en vieillissant la cervelle empirée, ITU
A Cdékieb.] « 11 souille, a dit Sainte-Beuve (N. L., XIII, p. 575), qu'André Chénier est un peu jeune dans toute cette admiration de détail.»
158. —[Je regrette beaucoup ce mot-là surtout après l'usage qu'en a fait Corneille dans Polyeucte (IV, u) :
Et mes yeux éclairés des célestes lumières
Ne trouvent plus aux siens leurs grâces coutumières.
A. CoÉMIBR.]
Racan a ce beau vers (Ps., LXXVI) :
Les astres nous cachaient leur clarté coutumière. Ronsard, Odes, IV, n, avait dit :
Cessez, flambeaux, là haut, Vus clartés coutumières.
« Voltaire, de son temps, dit M. Littré, regrettait que ce mot ne lût plus d'usage. Il a repris faveur et est très-bon aujourd'hui. »
159. — Du depuis, « est une locution, dit H. Littré, qui est tout à fait tombée en désuétude, et hors du bon usage. On la trouve dans des auteurs de la première moitié du dix-septiéme siècle. » Voyez Jaubert, Glossaire du centre de la France.
166. — Terme, délai, comme dans ce vers de Corneille, Médée, IV, n :
Je n'ai prescrit qu'un jour de terme à son départ.
Ne devois-je être sage, el me ressouvenir D'avoir vu la lumière aux aveugles rendue, Rebailler aux muets la parole perdue, Et faire dans les corps les âmes revenir?
« De ces faits non communs la merveille profonde, 175
Oui par la main d'un seul étonnoit tuul le monde,
Et tant d'autres encor, me dévoient avertir
Que, si pour leur auteur j'endurois de rouira-!'.
Le môme qui \e^ fit, en Taisant davantage,
Quand on m'offenseroil me pouvoit garanti]-. 180
« Mais, troublé par les ans, j'ai souffert que la crainte,
Loin encore du mal, ait découvert ma feinte.
Et sortant promptement de mon sens et de moi,
Ne me suis aperçu qu'un destin favorable
li'offroii en ce danger un sujet honorable 1&5
D'acquérir par ma perte un triomphe à ma foi.
« Une je porte d'envie à la troupe innocente
De ceux qui. massacrés d'une main violente,
Virent dès le malin leur beau jour accourci !
Le fer qui les tua leur donna cette grâce, 190
Que si île faire bien ils n'eurent pas l'espace,
Ils n'eurent pas le temps de faire mal aussi.
173. — Rebailler, redonner, rendre. « Il semble, dit Ménagé, que Malherbe ail toujours préféré en prose et en vers le mot de bailler à celui de donner. »
189. — [Cette image charmante, et devenue commune, est exprimée de la manière la plus fraîche et la plus heureuse. 11 suttit presque de ce mauvais poëme-là pour voir que Malherbe était né à la poésie française. A. Ciiékieu.]
191. — Espace, temps, délai, comme en latin. Voici une strophe
« Do ces jeunes guerriers la (lotte vagabonde
Alluit courre fortune aux orages du monde,
Et déjà pour voguer abandonnent le bord, 105
Quand l'aguet d'un pirate arrêta leur voyage ;
Mais leur sort fui si bon que d'un même naufrage
Ils se virent sons l'onde et se virent au port.
(( Ce furent de beaux lis, qui mieux que la nature Mêlant à leur blancheur L'incarnate pointure -203
Que tira de leur soin lo couteau criminel, Devant que d'un hiver la (empote et l'orage A. leur teint délicat pussent taire dommage, S'en allèrent fleurir au printemps éternel.
« (.es enfants bienheureux (créatures parfaites, 205
Sans l'imperfection de leurs bouches muettes) Ayant Dieu dans le cœur ne le purent louer, Mais leur sang leur en fut un témoin véritable ; Ht moi, pouvant parler, j'ai parlé, misérable,
-avouer. 210
« Le peu qu'ils ont vécu leur fut grand avantage, Et le trop que je vis ne me fait que dommage.
de Ronsard (Odes, III, iv) qui a quelque rapport à celle de Malherbe et où le mot espace est employé de même :
Ainsi ton oncle, en naissant,
Périssant Fut veu presque en mesme espace.
Et, comme fleur du printemps,
En un temps Ici dit la vie et la grâce.
191. — Courre, infinitif ancien du verbe courir. 199. — Charmante comparaison que Racine a développée et embellie, dans un chœur d'Athalie (II, ix.) 201. — Allusion un massacre des Innocents. 209 — Misérable, malheureux. Cf. A Chénier, Aveugle, 57 et 98.
Cruelle occasion du souci qui me nuit ! Quand j'avois de ma foi l'innocence première,
Si la nuit de la mort m'eût privé de lumière, 213
Je n'aurois pas la pour d'une immortelle nuit.
Ce fut en ce troupeau que. venant à la guerre Pour combattre l'enfer et défendre la terre, Le Sauveur inconnu sa grandeur abaissa : Par eux il commença la première mêlée, 220
El lurent eux aussi que la rage aveuglée Du contraire parti les premiers offensa.
b Qui voudra se vanter avec eux se compare.
D'avoir reçu la mort par un glaive barbare,
Et d'être allé soi-même au martyre s'offrir ; -22a
L'honneur leur appartient d'avoir ouvert la porte
A quiconque osera, d'uneà me belle et forte.
Pour vivre dans le ciel, en la terre mourir.
" 0 désirable fin de leurs peines passées !
Leurs pieds, qui n'ont jamais les ordures pressées, 2*(j
In superbe plancher des étoiles se font;
Leur salaire payé les services précède ;
Premier que d'avoir mal ils trouvent le remède,
Ht devant le combat ont les palmes au front.
2lrt. — [Trois beaux vers. A Chéhier.]
224. — Desmaretz, dans la préface du Clovis (ainsi que le remarque Ménage), blâme ceux qui trouvent le mot glaire trop vieux et dédaignent de s'en servir. Voilà un de ces mots qu'au dix-ssptièrae siècle la mu-- tragique a rajeunis.
232 — Imité de ces deux vers «lu Tasse, dit Ménage :
Nova cosa parer devra per certo Clie précéda à 1 servigi il guiderdone.
233. — Premier que. avant que Voy. Génin, Lexique de Molière.
« Que d'applaudissements, «le rumeur et de presses, 235
Que de feux, que de jeux, que de traits de caresses,
Quand là-haut on ce point on les vit arriver!
Et quel plaisir encore à leur courage tendre,
Voyant Dieu devant eux en ses Lias les attendre,
Kl pour leur faire honneur les Anges se lever ! 210
e El vous,, femmes, trois fois, quatre fois bienheureuses,
De ces jeunes amours les mères amoureuses,
One faites-vous pour eux, si vous les regrettez?
Vous tachez leur repos, et vous rendez coupables,
Ou de n'estimer pas leurs trépas honorables, 245
Ou de porlei' envie à louis félicités.
« Le soir fut avancé de leurs belles journées; Hais qu'eussent-ils gagné par un siècle d'années ?
23G. — Traits de caresses, élans de caresses. Dans beaucoup d'éditions la virgule, après traits, forme non-sons.
257. — En ce point, en cet état, c'est-à-dire ayant mérité les
palmes avant le combat Point a ici la même signification que
dans les expressions en bon point, mal en point. Voyez Littré,
Point. 42".
240. — [Beau tableau en deux vois ! C'est ïassitrgere des Latins.
L'tq'jc viro ri.ocbi chorus assurrexcrit on nis.
A. Chkmer.]
Ce beau tableau tracé par Virgile (Egl, VI, 07) était lui-même une imitation d'un passage de l'Iliade (I, 55",).
241 — Vous fâchez, vous offensez, vous troublez. M. F.Godefroy, dans son Lexique de Corneille, remarque qu'au dix-septième siècle, fâcher avait un sens plus énergique qu'il ne l'a aujourd'hui.
247. — [Le même vers que j'ai noté p. 12. Peut-être à cette sourca nous devons le vers divin de la Fontaine :
Rien ne trouble sa tin, c'est le soir d'un beau jour. Pétrarque a dit en un vers délicieux, par la bouche de Laure :
E compi mia giornala innanzi sera.
Ft moi, dans un.1 de mes élégies :
Je rieurs : avant le soir j'ai fini ma journée.
A. CiiKNi::r:.|
18 POESIES DK Y. MALHERBE.
Ou que leur avinl-il en ce vite départ,
Que laisser promptement une basse demeure, 250
Qui n'a rien que du mal, pour avoir de bonne heure Aux plaisirs éternels une éternelle part ?
« Si vos yeux pénétrant jusqu'aux choses futures
Vous [louvoient enseigner leurs belles aventures.
Vous auriez tant de bien en si peu de malheurs. 255
Que vous ne voudriez pas pour l'empire du monde
N'avoir eu dans le sein la racine féconde
D'où naquit entre nous ce miracle de fleurs.
i Mais moi. puisque les lois me défendent l'outrage Qu'entre tant de langueurs me commande la rage, 2eo Et qu'il ne faut soi-même éteindre son flambeau ; Que m'est-il demeuré pour conseil et pour armes, Que d'écouler ma vie en un fleuve de larmes, P^t la chassant de moi l'envoyer au tombeau!
« Je sais bien que ma langue ayant commis l'offense, 265 Mon cœur incontinent en a fait pénitence. Mais quoi ! si peu de cas ne me rend satisfait. Mon regret est si grand, et ma faute si grande.
Voy. A Chénier, Élégies, I, ix (p. 176), où se trouve cité ce vers de Ronsard, Ain.. I, xix :
Avant ion soir se clorra la journée,
256. — Voudriez est de deux syllabes dans ce vers. lez, ou ier étail toujours alors d'une seule syllabe, même précédé de deux consonnes dont une liquide. Ce l'ut Corneille qui le premier, dans le Cid, rompit avec l'usage en taisant meurtrier de trois syllabes. Voyez Ménage. Molière a t'ait encore de deux syllabes ouvrier et sanglier
Qu'une mer éternelle à mes yeui je demande
Pour pleurer à jamais le péché que j'ai fait. » 270
Pendant que le chétif en ce point se lamente,
S'arrache les cheveux, se bat et se tourmente,
En tant d'extrémités cruellement réduit,
Il chemine toujours; mais, rêvant à sa peine,
Sans donner à ses pas une règle certaine, 275
Il erre vagabond où le pied le conduit.
A la fin égaré (car la nuit qui le trouble
Par les eaux de ses pleurs son ombrage redouble),
Soit un cas d'aventure ou que Dieu l'ait permis,
Il arrive au jardin, où la bouche du traître, 280
Profanant d'un baiser la bouche de son maître.
Pour en priver les bons aux méchants l'a remis.
(lomme un homme dolent que le glaive contraire
A privé de son fils et du litre t\r père,
Plaignant deçà delà son malheur avenu, 2So
S'il arrive en la place où s*e>t t'ait le dommage,