‹ Poésies de F. MalherbeChapitre 5 sur 219 · Madeleine de Carriolis, déjà veuve de deux maris · texte numérisé non relu

Madeleine de Carriolis, déjà veuve de deux maris

xiv II A C AN.

tils qui fut tué malheureusement à l'âge de [vingt-sept] ans

par H. de Piles.

Les actions les plus remarquables de sa vie et dont je me puis souvenir, sont que, pendant la Ligue, lui et un nommé La Roque, qui faisoit joliment des vers et qui est mort à la suite de la reine Marguerite, poussèrent M. de Sully deux ou trois lieues bi vertement, qu'il en a toujours gardé du ressentiment contre le sieur de Malherbe, et c'étoit la cause, à ce qu'il disoit. qu'il n'avoit jamais su avoir de bienfaits du roi Henri IV pendant que le sieur de Sully a été dans les finances.

* Je lui ai aussi ouï conter plusieurs fois qu'en un partage de fourrage ou biitin qu'il avoit fait, il y eut un capitaine d'infanterie assez fâcheux qui le maltraita d'abord jusques à lui ôter son épée, ce qui fut cause que ce capitaine eut, pour un temps, les rieurs de son côté ; mais enfin ayant fait en sorte de ravoir son épée, il obligea ce capitaine insolent d'en venir aux mains avec lui, et d'abord lui donna un coup d'épée au travers du corps qui le mit hors du combat, et fit tourner la chance, et tous ceux qui l'avoient méprisé retournèrent de son côté.

* Il m'a encore dit plusieurs fois qu'étant habitué à Aix, depuis la mort de Monsieur le Grand-Prieur, son maître, il fut commandé de mener deux cents hommes de pied devant la ville de Martigues. qui étoit infectée de contagion, et que les E?pagnols assiégeoient par mer et les Provençaux par terre, pour empêcher qu'ils ne communiquassent le mauvais air, et qui la tinrent assiégée par lignes de communication si étroitement qu'ils réduisirent le dernier vivant à mettre le drapeau noir sur la ville devant que de lever le siège. Voilà ce que je lui ai ouï dire de plus remarquable en sa vie avant notre connaissance1.

Sun nom et son mérite furent connus de Henri le Grand par le rapport avantageux que lui en lit M. le cardinal du Perron. Un jour le roi lui demanda s'il ne faisoit plus de vers; il lui dit que depuis qu'il lui avoit fait l'honneur de l'employer en ses affaires, il avoit tout à fait quitté cet exercice, et qu'il ne falloit point que personne s'en mêlât après M de Malherbe, gentilhomme de Normandie, habitué en Pro

1. On ne trouve aucune trace de ces événements dans les historiens du ternis.

VIE BE MALHERBE. xv

vence; qu'il avoit porté la poésie françoise à un si haut point que personne n'en pouvoit jamais approcher. B.

* Le roi se ressouvint de ce nom de Malherbe; il en parloit souvent à H. des Yveteaux, qui étoit alors précepteur de M. de Vendôme Ledil sieur des Yveteaux, toutes les fois qu'il lui eu parloit, lui offroil de le faire venir de Provence ; niais le roi, qui étoit ménager, craignoit que le faisant venir de si loin, il seroit obligé de lui donner récompense, du moins de la dépense de son voyage ; ce qui fut cause que M. de Malherbe n'eut l'honneur de faire la révérence au roi que trois ou quatre ans après que M.le cardinal du Perron lui en eut parlé; et par occasion étant venu à Paris pour ses affaires particulières, M. des Yveteaux prit son temps pour donner avis au roi de sa venue, et aussitôt il l'envoya quérir. C'étoit en l'an 1005. Connue il étoil sur son parlement pour aller en Limousin, il lui commanda de faire des vers sur son voyage; ce qu'il lit, et les lui présenta à son retour. C'est cette excellente pièce qui commence :

0 Dieu, dont les bontés de nos larmes touchées...

* Le roi trouva ces vers si admirables qu'il désira de le retenir à son service, et commanda à M. de Bellegarde de. le garder jusques à ce qu'il l'eût mis sur l'état de ses pensionnaires. M. de Bellegarde lui donna sa table, et l'entretint d'un homme et d'un cheval, et mille livres d'appointements.

" Ce fut où Racan, qui étoit lors page de la chambre sous M. de Bellegarde, et qui commençoit à rimailler de méchants vers, eut la connoissance de M. de Malherbe, de qui il a appris ce qu'il a témoigné depuis savoir de la poésie françoise, ainsi qu'il l'a dit plus amplement en une lettre qu'il a écrite à M. Conrart.

Cette connoissance et l'amitié qu'il contracta avec M. de Malherbe dura jusques à sa mort, arrivée en 1628, [treize] jours avant la prise de la Rochelle, comme nous dirons ciaprès.

* A la mort d'Henri le Grand, arrivée en 1010, la reine Marie de Médicis donna cinq cents écus de pension à M. de Malherbe, ce qui lui donna moyen de n'être plus à charge à M. de Bellegarde. Depuis la mort d'Henri le Grand, il a fort peu travaillé, et je ne sache que les odes qu'il a faites pour la reine-inèrc, quelques vers de ballet, quelques sonnets au

xvi RACAN.

roi, à Monsieur el à des particuliers, et la dernière pièce qu'il fit avant que de mourir, qui commence :

Donc un nouveau labeur...

* Pour parler de sa personne et de ses mœurs, sa constitution étoit si excellente que je me suis laissé dire par ceux qui 1 ont connu en sa jeunesse que ses sueurs avoient quelque chose d'agréable comme celles d'Alexandre.

' Sa conversation étoit brusque; il parloit peu, mais il ne disoit mot qui ne portât; en voici quelques-uns :

l'endant la prison de monsieur le prince, le lendemain que madame la princesse, sa femme, fut accouchée de deux enfants morts, pour avoir été incommodée de la fumée qu'il faisoit en sa chambre au bois de Yincennes, il trouva un conseiller de Provence, de ses amis, en une grande tristesse chez M. le garde dos sceaux du Vair; il lui demanda la cause de son affliction. Le conseiller lui répond que les gens de bien ne pouYoient avoir de joie après le malheur qui venoit d'arriver de la perte de deux princes du sang par les mauvaises couches de madame la princesse. M. de Malherbe lui répartit ces propres mots : « Monsieur, Monsieur, cela ne vous doit point affliger ; ne vous souciez que de bien servir, vous ne manquerez jamais de maître. » I.

' Une autre fois, un de ses neveux l'étoit venu voir au retour du collège, où il avoit été neuf ans. Après lui avoir demandé s'il étoit bien savant, il lui ouvrit son Ovide, et convia son neveu de lui en expliquer quelques vers ; à quoi son neveu se trouvant empêché, après l'avoir laissé tâtonner un quart d'heure avant que de pouvoir expliquer un mot de latin, M. de Malherbe ne lui dit rien, sinon: « Mon neveu, croyez-moi, soyez vaillant : vous ne valez rien à autre chose. »

* lu jour, dans le cercle l, quelque homme prude, en l'abordant, lui lit un grand éloge de madame la marquise de Guercheville, qui étoit lors présente comme dame d'honneur de la reine, et après lui avoir conté toute sa vie et la constance qu'elle avoit eue aux poursuites amoureuses du feu roi Henri le Grand, il conclut son panégyrique par ces mots, en la montrant à M. de Malherbe : « Voilà ce qu'a fait la vertu. » M. de Malherbe, sans hésiter, lui montra de la même sorte

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