Dans le cercle de la reine
VIE DE MALHERBE. xvn
la connétable de Lesdiguières, qui avoit son placet1 auprès de la reine, et lui dit : « Voilà ce qu'a fait le vice. »
' De gentilhomme de ses parents faisoit tous les ans des enfants à sa femme, dont H. de Malherbe se plaignoit, en lui
disant qu'il craignoit que cela n'apportât de l'incommodité à se- affaires, et qu'il n'eût pas le moyen de les élever selon leur condition; à quoi le parent lui répondit qu'il ne pouvoit avoir trop d'enfants pourvu qu'ils fussenl gens de bien. M. de
Malherbe lui dit tort sèchement qu'il n'étoit point de cet avis, et qu'il ainioit mieux manger un chapon avec m\ voleur qu'avec trente capucins.
' Quand son lil- lut assassiné par M. de Piles, il alla exprès au siège de la Rochelle eu demander justice au roi, de qui n'ayant pas eu toute la satisfaction qu'il espéroit, il disoil tout haut dans la cour d'Estrées, qui ('toit alors le logis du roi, qu'il vouloit demander le combat contre M. de Piles. Des capitaines des gardes et antres gens de guerre qui étoient là se sourioient de le voir à cet âge parler d'aller sur le pré, et le sieur de Racan, comme son ami, le voulut tirer à part pour lui donner avis qu'il se faisoit moquer de lui, et qu'il étoit ridicule, à l'âge de soixante-treize ans qu'il avoit, de se battre contre un homme de vingt-cinq ans. Sans attendre qu'il achevât sa remontrance, il lui répliqua brusquement: o C'est pour cela que je le fais : je hasarde un sol contre une pistôle. » ZZ.
lue année que la Chandeleur avoit été un vendredi, ayant gardé quelque reste de gigot du mouton du jeudi, dont il faisoit une grillade le samedi matin, sur les sept à huit heure-, et comme après la Chandeleur l'Église ne permet plus de manger de viande le samedi, le sieur de Racan, entrant dans sa chambre à l'heure qu'il faisoit ce repas extraordinaire, lui dit : « Quoi, Monsieur, vous mangez de la viande ? >"otre- Dame n'est plus en couche. » M. de Malherbe se contenta de lui répondre assez brusquement à son ordinaire, que les dames ne se levoient pas si matin. J.
* Sa façon de corriger son valet étoit assez plaisante. Il lui donnoit dix sols par jour, qui étoient honnêtement en ce temps-là, pour sa vie, et vingt écus de gages; et quand son valet l'avoit fâché, il lui faisoit une remontrance en ces trimes : « Mon ami, quand on a offensé son maître, on offense