OUF
^Peuples, qu'on mette sur la tête '.
Tout ce que la terre a de fleurs ; Peuples, que cette belle fête A jamais tarisse nos pleurs;
XIV. — Cette ode fut présentée à Mario de Médieis lors de son passade à Aix, le 16 novembre 1600. La première édition est de 1601; elle parut ensuite en 1605 dans le Parnasse des plus excellents podes de ce temps. A eu juger par les nombreuses variantes que présentent les il [férenles éditions ri par celles de l'édition de 1601, retrouvée par l'éditeur de 1802. c'est une des pièces que. Malherbe a le plus travaillées.?/»*. //^,ff, f^^/,v(. ,« ,/<.*/.-''- /^i '* a,/,'/.v6
[Coite ode est bien écrit,', pleine d'images el d'expressions lieu- »>"* *i£ reuses, mais un peu froide ef vide de choses, comme presque tout " ce qu'à fait Malherbe, car il faut avouer que le poète n'est guère recommandable que pour le stylo. Au lieu de cet insupportable amas de fastidieuse galanterie dont il assassine cette pauvre reine, un poète fécond el véritablement lyrique, on parlant à une princesse du nom de Médicis, n'aurait pas oublié de s'étendre sur les louanges de cette famille illustre qui a ressuscité les lettres et les
Qu'aux deux bouts du monde se voie 5
Luire le feu de notre joie;
Kl soienl dans les coupes noyés
Los soucis de lous ces orages,
Que pour nos rebelles courages
Les dieux nous avoient envoyés. 10
A ce coup iront en fumée
Les vœux que faisoient nos mutins,
En leur aine encore affamée
De massacres et do butins.
Nos doutes seront éclaircies, 15
arts en Italie, et de là en Europe. Comme elle venait régner en France, il en aurait tiré un augure favorable pour les arts et la littérature de ce pays. Il eût fait un tableau court, pathétique et ebaud de la barbarie où nous étions jusqu'au règne de François Ier. Ce plan lui eût fourni un poëme grand, noble, varié, plein 'd'âme et d'intérêt, et plus flatteur pour une jeune princesse, surtout s'il eût su lui parler de sa beauté moins longuement et d'une manière plus simple, plus vraie, plus naïve qu'il ne l'a fait. Je demande si cela ne vaudrait pas mieux pour la gloire du poète et pour le plaisir du lecteur. 11 eût peut-être appris à traiter l'ode de celte manière, s'il eut mieux lu, étudié, compris la langue et le ton de Pindare, qu'il méprisait beaucoup, au lieu de chercher à le connaître un peu. A. Chénier.] « Tout cela est vrai et le paraîtra surtout si on relit cette ode, dit Sainte-Beuve (Nouv. Lundis, XIII, p. 377). Mais il y a une raison principale pour laquelle Malherbe n'a pas fait ainsi et n'a pas marché dans la voie de Pindare : c'est qu'il n'était pas, en composant, dans les mêmes conditions publiques et sociales, en présence des mêmes exigences et des mêmes attentes ti) que Pindare. » — Le début est lyrique ainsi que l'a remarqué A. Chénier dans cette autre note : — [Début noble et beau. La répétition du mot peuples est vive et animée. A- Chénier.] fl . JHvtnih nî/t (tt*oi<
5. — [Chargé. A. CUÉ.MEI!.] ** mÂitfJt /rswinf(J (<-/ff »*•'«' „
7 et 8. — [La Fontaine. A. Cuénieii.] Le passage de la Fontaine qu'André Chénier avait en vue forme le début de la fable intitulée le Soleil et les Grenouilles (VI, xu) :
Aux noces d'un tyran tout le peuple en liesse Noyait son souci dans les pois.
15. — Doutes, au féminin. Voyez ci-dessus, X, 10. |«JUu, r. '•■:.:■',• ,,n uuml .t*\uA u\< .v*4unt*>-\ U\ti ■■'■■ ■
Et mentironl les prophéties De tous ces visages pâlis, Dont le vain étude s'applique A chercher Tan climatérique De l'éternelle fleur de lis. âo
Aujourd'hui nous est amenée
Cette princesse, que la foi
D'Amour ensemble et d'Hyménée
Destine au lit de notre roi.
La voici, la belle Marie, 25
Belle merveille d'Étrurie,
Qui fait confesser au soleil ,
Quoi que l'âge passé raconte.
Que du ciel, depuis qu'il y monte,
Ne vint jamais rien de pareil. 50
Telle n'est point la Cythérée, Quand, d'un nouveau feu s'allumant,
18. — Le vain étude. Le mot étude, neutre en latin, a été longteraps masculin en français. Malherbe, clans son Commentaire sur Desporles, p. "4.'i, formule ainsi la règle: «Élude pour un lieu où l'on étudie est féminin; étude pour travail d'étudier est masculin; qui fait au contraire n'y entend rien. » Chifflet a fait la même observation. Voy. LUtré. Rem., et. dans l'JIist. du mot, un exemple de Montaigne contraire à la règle posée par Malherbe. / rp/ '^/£/4/V
19. — L'an climatérique, l'an critique, répoque de décadence. Ce **f*nl**eft\ passage choquait beaucoup le cardinal de la Valette.
I Balzac a bien longuement cherché chicane à Malherbe sur cette fleur de lis, (pu figura dans les armes de la maison de I eau.:', et que 1<- p >ête personnifie. Voyez les observations de lîalzac dans les notes de Ménage.
5:2. — Éd. 1862 : » Quand un nouveau feu s'allumant. » .Nous avons conservé la leçon de 1601; celle qu'a admise M. Lalanne nous paraît former contre-sens et semble ne provenir que d'une faute d'impression dans le recueil de 1603, faute qui s'est propagée dans les éditions suivantes.
Elle sorl pompeuse et parée
Pour la conquête d'un amant:
Telle ne luit en sa carrière "».">
Dos mois l'inégale courriére;
El toile dessus l'horizon
L'Aurore au matin ne s'étale,
Quand les yeux mêmes de Céphale
En feroient la comparaison. 4U
Le sceptre que porte sa race,
Où l'heur aux mérites est joint,
Lui met le respect en la face.
Mais il ne l'enorgueillit point.
Nulle vanité ne la touche ; il,
Les Grâces parlent par sa bouche;
El son Iront, témoin assuré
Qu'au vice elle est inaccessible,
Ne peut que d'un coeur insensible
Etre vu sans être adoré. 50
Qnantes fois, lorsque sur les ondes Ce nouveau miracle flot toit,
55. — Comparaison familière aux poètes. Chevreau et Saint-Mare onl rapproché de ce passage des vers d'Horace, de Stace, de Sénêque.
39. — Au point de vue de l'exactitude mythologique, on a pu trouver à redire à ce passage, puisque Céphale sans doute eût préféré Procris à l'Aurore. Mais la faute est peu considérable ; la pensée du poète est très-claire et c'est ici l'important.
45. — Le poète veut dire que le visage majestueux de la reine inspire le respect.
51. — Quantes fois, combien de fois; c'est une forme vieillie. Quant, quantes,, avec leurs divers composés, étaient très-usités dans l'ancienne langue française, au treizième siècle; voy Burguy, Grain, de la tangue d'oïl, I. p. 186.
Neptune en ses caves profondes
Plaignit-il le feu qu'il sentoil !
Et quantes fois en s : pensée, 53
lie vives atteintes blessée,
Sans l'honneur de la royauté
Qui lui lit celer son martyre,
Eût-il voulu de sou empire
Faire échange à cette beauté! 60
Dix jours, ne pouvant se distraire
Du plaisir de la regarder,
11 a par un effort contraire
Essayé de la retarder.
Mais à la fin, soit que l'audace Ou
Au meilleur avis ait fait place.
Soit qu'un autre démon plus fort
Aux vents ait imposé silence,
Elle est hors de sa violence,
Et la voici dans notre port. 70
La voici, peuples, qui nous montre
Tout ce que la gloire a île prix ;
Les fleurs naissent à sa rencontre
Dans les cœurs et dans les esprits;
Et la présence des merveilles Tu
Qu'en oyoient dire nos oreilles,
53. — Ses caves, ses creux, ses cavernes. Amyot, Sylla, a dil « la cave de Trophonius « pour « l'antre de Trophonius. » Voyez Ci-dessus, VII, '11. tarer employé pour creuser.
63. —lue tempête força Marie de Médicis de relâcher à Portofmo, le 19 octobre, el d'y séjourner jusqu'au 28, dit l'édit. de 180-2 , d'après le Journal de l'Estoile.
Accuse la témérité
De ceux qui nous l'avoient décrite,
D'avoir Gguré son mérite
Moindre que n'est la vérité. so
0 toute parfaite princesse, L'étonnement de l'univers !
Astre par qui vont avoir cesse Nos ténèbres et nos hivers ;
Exemple sans autres exemples, 85
Future image de nos temples,
Quoi que notre foible pouvoir
En votre accueil ose entreprendre.
Peut-il espérer de vous rendre
Ce que nous vous allons devoir ? 90
Ce sera vous qui de nos villes
Ferez la beauté refleurir,
Vous qui de nos haines civiles
Ferez la racine mourir ;
Et par vous la paix assurée 15
N'aura pas la courte durée
Qu'espèrent infidèlement,.
Non lassés de notre souffrance,
Ces François qui n'ont de la France
Que la langue et l'habillement. 100
Par vous un dauphin nous va naître, Que vous-même verrez un jour De la terre entière le maître, Ou par armes ou par amour ;
Et ne tarderont ses conquêtes, H5
Dans les oracles déjà prêtes, Qu'autan! que le premier coton, Qui «le jeunesse est le message,
Tardera d'être en son visage
Et de faire ombre à son menton. no
x Oh! combien lors aura de veuves
La gent qui porte le turban !
One de sang rougira les fleuves
Qui lavent les pieds du Liban !
Que le Bosphore en ses deux rives n->
HO. — Ménage cite un vers (63) <l»^s Phéniciennes d'Euripide où se rencontre en effet la même expression. Les poètes grecs et latins
fourniraient de nombreux exemples. Racan, Ode à M. de Bellegarde :
A peine le coton ombrageoit son visage.
111 . — [Strophe admirable, pleine de poésie, dans le vrai goût d'Horace; c'est cette géographie poétique, pleine de tableaux, que Malherbe rend supérieurement, et en cela il était inventeur parmi nous, et forcé de créer son expression. Il faut donc lui pardonner si ce travail amortit souvent son feu et s'il n'éprouve que par intervalles la véritable ivresse lyrique. A. Ciiknieu.] Comparez cette strophe avec la dernière de la pièce VII.
112. — Gent, nation, race; « cet emploi dans le style noble, dit avec raison M. Littré, tombe en désuétude; cela est fâcheux, a
115. — [Ces images toutes' neuves avaient séduit tous les poètes. Tous se travaillaient à les enchaîner dans leurs ouvrages à tort et à travers. C'est ce dont Boileau se moque plaisamment en plusieurs endroits de ses satires. A. Chénier.] Voyez la ixe satire de Boileau. Ménage cite un passage très-curieux de Théophile, dont nous ne pouvons résister au plaisir de citer quelques ver- :
Imite'qui voudra les merveilles d'aulrui. Malherbe a très- bien fait, mais il a fait pour lui. Mille petits voleurs l'écorclient tout en vie.... Ces esprits mendiants, d'une \eine infertile, Prennent à tout propos ou sn rime ou son si) le:... Ils travaillent un mois à chercher comme ;'i fils Pourra s'apparier la rime de Memphis.
Ce Liban, ce turban, etc.
Aura de sultanes captives !
El que <lc mères à tfemphis,
En pleurant, diront la vaillance,
De son courage et «le sa lance,
Aux funérailles de leur fils ! i-20
Cependant nuire grand Mcide,
Amolli parmi vus appas,
Perdra la fureur qui sans bride
L'emporte à chercher le trépas ;
Et cette valeur indomptée \-i->
Do qui l'honneur est l'Euristhée,
Puisque rien n'a su L'obliger
A no nuus donner plus d'alarmes,
Au muins pour épargner vus larmes,
Aura peur do nuus affliger. 130
Si l'espoir qu'aux bouches dos hommes
.Nus beaux faits serunl récités,
Esl l'aiguillon par qui nous sommes
Dans les hasards précipités :
Lui, de qui la gloire semée 15o
1*20. — Ce passage esl imité, connut' l'a remarqué Ménage, de Catulle, Kpithalame de Thétis et de Pelée, 549 :
llh'us (AchilleiJ egregias virtutes, claraque facta
Ssepc falebuntur gr.atorum in fuiierc maires.
123. — [Vers obscur et tourmenté. C*est un de ers vers qui sentent l'huile. A. CuéfciER.] Malherbe veut dire que sa valeur accompli! tons les travaux que lui commande son honneur, comme Hercule exécutait tous cvwx que lui imposait Eurysthée.
loi. — Malherbe a voulu rendre le virum pér ora de Virgile {Géorg.JU, 8)
45a. — Racine a dit dans Phèdre, II, u :
Qu'à b ii droit votre gloire eu (uns lietii est semée!
60 PU E bit: S DE t. MALHERBE.
Par les voix do la Renommée,
En tant de parts s'est fait ouïr.
Que tout le siècle en est un livre.
N'est-il pas indigne de vivre,
S'il ne vit pour se réjouir ? uo
Qu'il lui suffise que l'Espagne
Réduite par tant «le combats
A ne l'oser voir en campagne,
A mis Tire et les armes bas ;
Qu'il ne provoque point l'envie 145
Du mauvais sort contre sa vie,
J.t puisque, selon son dessein,
11 a rendu nos troubles calmes,
S'il veut davantage de palmes.
Qu'il les acquière en votre sein. ISO
C'est là qu'il faut qu'à son génie.
Seul arbitre de ses plaisirs.
Quoi qu'il demande, il ne dénie Rien qu'imaginent ses désirs ;