AUX OMBRES TŒ DAMON
STANCES \v. 1603
L'Orne comme autrefois nous reverroil encore, Ravis de ces pensers que le vulgaire ignore, Égarer à l'écart nus pas et nos discours; El couchés sur les fleurs comme étoiles semées, Rendre en si doux ébal les heures consumées, Que les soleils nous seroient courts.
Mais, ô loi rigoureuse à la race des hommes !
C'esl un point arrêté, que tout ce que nous sommes,
XVI — Ces stances composées par Malherbe, alors qu'il était encore en Provence, c'est-à-dire avant 1605, ne furent publiées pour la première fois que dans L'édition do 1030. Kilos ne lurent point terminées.
1-G. — Au sujet de cette belle stance de Malherbe sur l'Orne et ses campagnes, Sainte-Beuve observe (C. du L., VIII, p. 59) que c'est le seul endroit où il ait exprimé avec vérité et largeur le sentiment de la nature champêtre.
o. — Égarer, laisser aller à l'aventure; sens poétique. Cf. André Ghénier, Élégies, I, iv, 84. Voy. dans Littré des exemples de C. Delavigne, Lamartine et Y. Hugo.
4. — Ménage a remarqué que Columelle, dans son poème des Jardin», 90, a appelé aussi les fleurs, les étoiles de la terre, terrestria sidéra.
5. Rendre, faire devenir. Yoy. Littré : Rendre, 1 i°. Cf. le Lexique de Corneille M. Génin, Lex. de Molière, remarque que l'emploi de ce tour est fréquent dans Bossuet. Rendre les heures consumées est l'équivalent de consumer les heures.
G. — Soleils pour jours. Sic Virgile, Egl., IX La Fontaine a employé soleils pour années dans son Disc, à madame de ta Sablière.
Issus de pères rois et de pères bergers, La Parque également sous la tombe nous serre ; 10
El les mieux établis au repos de la terre N'y sont qu'hôte? et passagers.
Tout ce que la grandeur a de vains équipages. D'habillements de pourpre et de suite- de pages, Quand le terme est échu, n'allonge point nos jours ; 13 Il faut aller tout nus où le destin commande ; El de toutes douleurs la douleur la plus grande, C'esl qu'il faut laisser nos amours :
Amours qui. la plupart infidèles et feintes. Font gloire de manquer à nos cendres éteintes, 20
Et qui. plus que l'honneur estimant les plaisirs. Sous le masque trompeur de leurs visages blêmes,
9. — Comparez cette strophe avec la pièce CIX. — Ménage cite - ers de Bacan, Ode à il. Maynard, imités de ceux de Malherbe
Tous nos jours sont sujets aux Parques. Ceux des bergers, ceux des monarques Sont coupés des mêmes ciseaux.
10, Ronsard, Odes, IV, xxxn :
Nul ne desrobe son trespas ; Caron serre tout en sa nasse, l'.oys et pauvres tombent là bas.
Comme l'ont remarqué les commentateurs, les strophes n et ni -ont une imitation de l'ode à Posthume d'il- ira.:- (II, xi?) :
Quicumque terrae muncre vescimur, Enaviganda. sives reges, Sive inopes erimus coloni.
Linquenda tellas. et domus. et placens Uxor: neque harum, quas colis, arborum Te prêter invisas eopressos.
Ulla brevein dominum sequetur.
Éd. lvfi-2 • • I.e plaisir. »
Acte digne du foudre! en nos obsèques mêmes Conçoivent de nouveaux désirs.
Elles savenl assez alléguer Artémise, 2:;
Disputer du île voir et de la foi promise : Mais tout ce beau langage est de si peu d'effet, Qu'à peine en leur grand nombre une seule se treuve De qui la foi survive, et qui fasse la preuve
Que ta Garinice te fait. no
Depuis que tu n'es plus, la campagne déserte A dessous deux hivers perdu sa robe verte, Et deux fois le printemps l'a repeinte de fleurs, Sans que d'aucuns discours sa douleur se console. Et que ni la raison ni le temps qui s'envole z:j
Puisse faire tarir ses pleurs.
24. — C'est, remarque Ménage, la pensée même d'Ovide, Art d'aimer, III, 431 :
Funere s:.epe viri vir quaerîtur.
25. — Voyez ei-dessus la même comparaison au début de la pièce XI.
28. — Treuve, pour trouve, archaïsme. Molière l'a encore employé dans le Misanthrope, I, i.
"-■ — Sa robe verte; voyez dans le commentaire de Chevreau et dans l'édition de Saint-Marc une riche nomenclature d'exemples tirés des auteurs grecs, latins, italiens, fiançais où cette métaphore est employée. Nous ajouterons ce vers de Marot :
Du manteau vcitles prés se dévestitent.
et nous rappellerons les vers charmants de Charles d'Orléans :
Le temps a laissé son manteau De vent, de froidure et de pluye, Et s'est vêtu de broderye De soleil raiant, cler et beau.
et ce joli vers d'André Chéniër, Élégies, I, i :
Les champs ont revêtu leur robe d'hyménée:
Le silence dos nuits, l'horreur dos cimetières,
De son contentement sont les seules matières;
Tout ce qui plaît déplaît à son triste penser;
ht si tous ses appas sont encore en sa face, 40
C'est que l'amour y loge et que rien qu'elle fasse N'es! capable de l'en chasser.
Mais quoi ! c'est un chef-d'œuvre où tout mérite abonde. Un miracle du ciel, une perle du monde, In esprit adorable à tous autres esprits ; ià
Et nous sommes ingrats d'une telle aventure, Si nous ne confessons que jamais la nature N'a rien fait de semblable prix.
J'ai vu maintes beautés à la cour adorées. Qui des vœux des amants à l'envi désirées. ?.<j
Aux plus audacieux otoient la liberté : Mais de les approcher d'une chose si rare, Ces! vouloir que la rose au pavot se compare, Et le nuage à la clarté.
Celle à qui dans mes vers, sous le nom de Nérée, ;i5
J'allois bâtir un temple éternel en durée,
Si sa déloyauté ne l'avoit abattu.
Lui peut bien ressembler du front ou de la joue :
Mais quoi! puisqu'à ma honte il faut que je l'avoue.
Elle n'a rien de sa vertu. 60
55 — Nérée, suivant Ménage, serait ici l'anagramme du nom de Renée, qui étail celui d'une dame de Provence. 56-57 — Ces vers présentent deux images contradictoires.
L'ânie do relie ingrate est une mue de cire, Matière à toute forme, incapable d'élire, Changeant de passion aussitôt que d'objet : Et de la vouloir vaincre avecque des services, Après qu'on a tout fait, on trouve que ses vices 65
Sont de L'essence du sujet.
Souvent «le les conseils la prudence fidèle
M'avoil sollicité de nie séparer d'elle, El de m'assujettir à de meilleures loi- : Mais l'aise de la voir avoit tant de puissance, 70
Que eet ombrage faux m'ôtoit la connoissanee Du vrai bien où tu m'appeloïs.
Enfin après quatre ans une juste colère
Que le flux de ma peine a trouvé son reflux ; 78
Mes sens qu'elle aveugloit ont connu leur offense. Je les en ;ii purgés, et leur ai l'ait défense De me la ramentevoir plus.
La femme est une mer aux naufrages fatale;
Rien ne peut aplanir son humeur inégale ; w
Ses fiammes d'aujourd'hui seront glaces demain ;