SUR L'HEUREUX SUCCÈS DU VOYAGE DE SEDAN
Enfin après les tempêtes Nous voici rendus au port ; Enfin nous voyons nos tètes Hors de l'injure du sort.
Nous n'avons rien qui menace De troubler notre bonace:
XXIII. — En mars 1606, Henri IV était parti à la tête de son armée pour réduire le duc de Bouillon retranché dans Sedan. En apprenant l'arrivée du roi. Sedan se rendit dans les premiers jours d'avril. Cette ode parut, en 1607, dans le Parnasse des plus excellents poètes de ce temps. — Selon Racan, cette ode était une de celles que Malherbe estimait le plus. « Elle est, remarque Sainte-Beuve (.V. L . XIII, p. 5S7) dans ce rhythme vif et pressé (la strophe de dix vers et le vers de sept syllabes) qui donne à la pensée toute son impulsion et qui semble fait pour sonner la charge ou pour chanter la victoire. Pendant toute la durée du chant, Malherbe se montre comme saisi et possédé d'une légère ivresse, jusqu'à conseiller à Henri IV la reprise des guerres et des conquêtes. » Vov. plus loin au vers III. //•/,//)'
Et ces matières de pleurs, Massacres, feux et rapines, ])<■ leurs funestes épines Ne gâteronl plus nos fleurs. 10
Nos prières sont ouïes,
Tout est réconcilié;
Nos peurs sont évanouies,
Sedan s'esl humilié.
A peine il a vu le foudre 1s
Parti pour le mettre en poudre,
Que, faisan! comparaison
De l'espoir et de la crainte,
Pour éviter la contrainte
Il s'est mis à la raison. . 20
Qui n'eût cru que ses murailles,
Que défendoit un lion,
N'eussent fait des funérailles
Pins que n'en fit Ilion ;
Et qu'avant qu'être à la fête 2.-i
De si pénible conquête,
7. — Matières, causes. Les images des quatre derniers vers de cette strophe sont incohérentes. « Ces quatre derniers vers ne sont que du galimatias, » dit Saint-Mare ; et l'on ne peut le contredire.
22. — « La maison des seigneurs de la Marck, ducs de Bouillon, portail dans s. 's armes un lion issantde gueules en chef. » Éd. 1862.
25. — L'Académie a blâmé avec raison l'emploi, pourtant superbe, du mot funérailles dans ce vers du Cid :
Se faire un beau rempart de mille funérailles; mais c'est à tort que Chevreau le critique dans ce vers de Malherbe, la mort de héros devanl nue place de fmerre éveillant immédiatement l'idée de funérailles.
Los champs se fussent vêtus
Deux fois de robe nouvelle,
Et le fer eût en javelle
Deux fois les blés abattus ? 00
Et toutefois, ô merveille !
Mon roi, l'exemple des rois,
Dont la grandeur nonpareille
Fait qu'on adore ses lois,
Accompagné d'un génie, 35
Oui les volontés manie,
L'a su tellement presser
D'obéir et de se rendre,
Qu'il n'a pas eu pour le prendre
Loisir de le menacer. 40
Tel qu'à vagues épandues
Marche un fleuve impérieux,
De qui les neiges fondues
Rendent le cours furieux :
Rien n'est sûr en son rivage ; 43