‹ Poésies de F. MalherbeChapitre 93 sur 219 · Divertir, détourner · texte numérisé non relu

Divertir, détourner

Je vais bien éprouver qu'un déplaisir extrême E>t toujours à la fin d'un extrême plaisir!

Quel tragique Mutés ne dois-je redouter

Du funeste voyage où vous m'allez ôter

Pour un terme si long tant d'aimables délices, 15

Puisque, votre présence étant mon élément,

Je pense être aux enfers et souffrir leurs supplices,

Lorsque je m'en sépare une heure seulement !

Au moins si je voyois cette fiére beauté,

Préparant son départ, cacher sa cruauté 20

Dessous quelque tristesse, ou feinte ou véritable;

L'espoir, qui volontiers accompagne l'amour,

Soulageant ma langueur, la rendrait supportable,

Et me consoleroit jusques à son retour.

Mais quel aveuglement me le fait désirer ? 25

Avec quelle raison me puis-je figurer

Que cette âme de roche une grâce m'octroie,

Et qu'ayant l'ait dessein de ruiner ma foi,

Son humeur se dispose à vouloir que je croie

Qu'elle a compassion à s'éloigner de moi ? 30

Puis, étant son mérite infini comme il est, Dois-je pas me résoudre à tout ce qui lui plaît, Quelques lois qu'elle fasse et quoi qu'il m'en advienne,

11 et 12. — La chute du sonnet d'Oronte, dans le Misanthrope, a quelque rapport à cela :

Belle Philis, on désespère Alors qu'on espèie toujours.

17 — Il se répète; voy. ci-dessus XXXIII, 14.

Sans faire cette injure à mon affection,

D'appeler sa douleur au secours de Ja mienne, 55

Et chercher mon repos en son affliction?

Non, non, qu'elle s'en aille à son contentement,

Ou dure ou pitoyable, il n'importe comment ;

Je n'ai point d'autre vœu que ce qu'elle souhaite ;

Et quand de mes souhaits je n'aurois jamais rien, 40

Le sort en est jeté, l'entreprise en est faite,

Je ne saurois brûler d'autre feu que du sien.

Je ne ressemble point à ces foibles esprits

Qui, bientôt délivrés comme ils sont bientôt pris,

En leur fidélité n'ont rien que du langage; 40

Toute sorte d'objets les touche également.

Quant à moi, je dispute avant que je m'engage ;

Mais quand je l'ai promis, j'aime éternellement.

4o. — Comparez avec la cinquième strophe de la pièce XVI.

48. — « J'ai appris de M. de Racan, dit Ménage, que cette stance et celle qui commence par Voilà comme je vis, voilà ce que j'endure, qui est de la plainte d'Alcandre pour la captivité de sa maîtresse (XL1X), étaient les deux de toutes les poésies de Malherbe que Malherbe estimait davantage. » Ces deux stances ne son pas de celles gui nous plaisent aujourd'hui.

A LA VICOMTESSE D'ÀUCHY

SONNET

Beauté, de qui la grâce étonne la nature, Il faut donc que je cède à l'injure du sort, Que je vous abandonne, et. loin de votre port, M'en aille au gré du vent suivre mon aventure !

Il n'est ennui si grand que celui que j'endure ; l>

Et la seule raison qui m'empêche la mort, C'est l,i doute que j'ai que ce dernier effort Ne fût mal employé pour une âme si dure.

Caliste, où pensez-vous? qu'avez-vous entrepris ?

Vous résoudrez-vous point à borner ce mépris, 10

Qui de ma patience indignement se joue?

Mais, ô de mon erreur l'étrange nouveauté! Je vous souhaite douce, et toutefois j'avoue Que je dois mon salut à votre cruauté.

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