‹ Poésies de Félix ArversChapitre 41 sur 60 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

Amen !

FRANÇOIS ler.

Votre voix consolante

A fait mon sein plus libre et ma fièvre plus lente.

— Puis donc que Dieu me fait cette grâce, et qu'il rend

Quelque lueur de vie à votre Roi mourant.

Ecoutez donc! Et vous que la loi de naissance

Appelle à recueillir ce faix de ma puissance,

Henri, car vous m'avez toujours été bon fils

Dans le fond, jurez-moi sur le saint crucifix,

L'heure étant arrivée où Dieu veut que je meure,

De m'obéir encore à cette suprême heure,

D'avoir la crainte en Dieu, de fuir tous manquemens.

Par-dessus toute chose, à ses commandcmens.

D'être ferme en sa voie, et d'avoir en l'idée

Son Eglise pour sainte, et bien recommandée.

Soyez père, en ma place, à tous ceux qu'en naissant

La loi du ciel a faits vos proches par le sang:

Je remets à vos soins Madame Marguerite ;

Elle me fut toujours bonne et tendre, et mérite

De retrouver en vous l'amitié de celui

Que le Dieu tout-puissant va rappeler à lui.

LE DAUPHIN

Je le jure à vos pieds, mon père.

FRANÇOIS F''

Je vous laisse Tous mes vieux serviteurs et ma bonne noblesse ; Songez d'être pour eux juste en toute saison ; Car ils sont, à vrai dire, enfans de la maison.

Ne vous assurez trop en messieurs de Lorraine

Toutefois ; un besoin de pouvoir les entraîne :

Si vous n'y pourvoyez, je prévois qu'ils iront

A vouloir essayer la couronne à leur front;

Et puis, si vous m'aimez d'amitié véritable,

Mon fils, ne rappelez jamais ce connétable

Qui m'a fait plus de mal en un jour qu'en vingt ans

Charles, Sforce, Luther et tous les protestans !

— je vous laisse le soin de mes peuples; j'espère

Que vous remplacerez auprès d'eux votre père :

Mon fils, ayez souci d'assurer leur repos.

D'alléger, s'il se peut, la charge des impôts ;

Ce pauvre peuple, il souffre, et ne pourrait plus guère

Porter encor le poids d'une nouvelle guerre ;

Soyez-lui doux et bon; et si j'ai renversé

L'ouvrage qup ^ rois mes aïeux m'ont laissé,

Qu'une volonté . rme, et sage politique,

Restitue au clergé sa vieille pragmatique :

Voilà pour le dedans, — Au dehors, l'empereur

Combat les adhérens du schisme et de l'erreur ;

Ne croyez point en lui : vingt fois ma confiance

A fait de ce cœur faux la rude expérience.

Du reste, croyez-moi, tenez pour entendu

Que Milan pour la France est désormais perdu :

Moi, j'ai trop compromis la fortune publique

A poursuivre sans fruit cette perle italique.

Du côté de l'Anglais, on peut avec honneur Conclure une alliance avec le roi mineur. En somme, je dépose entre vos mains la France Toute pleine de vie et de bonne espérance ; Songez à ne tenter que sur ses ennemis L'usage du pouvoir que je vous ai remis.

(A, tous.)

A présent, écoutez ! — S'il est vrai que ma vie

D'un scandale éclatant trop souvent fut suivie,

Si je fus grand pécheur, et si l'humanité

A gémi de l'excès de ma sévérité,

Je supplie humblement .à cette heure dernière

Ceux que j'ai pu blesser d'une ou d'autre manière.

De m'octroyer pardon du mal que j'ai commis,

Comme moi je pardonne à tous mes ennemis.

— Mais mon œil s'obscurcit... la fièvre ne me laisse.

LE DAUPHIN, prenant une de ses mains.

Mon père! parlez-moi.

d'annebaut.

Sire...

AMBROISE PARÉ

11 tombe en faiblesse.

FRANÇOIS F"", d'une voix mourante.

Mon fils, êtes-vous là?... je ne veux pas finir Mon voyage en la vie, Henri, sans vous bénir.

(Il étend ses mains sur le Dauphin, et retombe sur son lit.)

Je ne distingue plus... et ma vue affaiblie...

Je puis entendre... Allez quérir... une homélie...

Jésus !... j'ai dit: Jésus ! (*)

(Il meurt.)

d'annebaut.

Qu'on sonne le beffroi.

LE HÉRAUT D' ARMES, prenant le Dauphin parla main.)

Le roi François premier est mort. — Vive le roi! Juin i8^i .

(•) Premier sermon funèbre fait et prononcé es obsèques du feu roy très chrétien François premier du nom, en l'église de Notre-Dame de Paris, le vingttroisième jour de may 1547. P^'' ï*'*"^ Duchâtel, évéque de Mâcon, grand aumônier de France. (A'o/e de l'Auteur.)

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